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THOMAS ISIDORE NOEL SANKARA DU BURKINA FASO

Thomas Isidore Noël Sankara est né le 21 décembre 1949 à Yako en Haute-Volta, actuelle Burkina Faso, de Sambo Joseph Sankara et de Marguerite Sangara.

Thomas Sankara est d’ethnie Silmimandé ou Peul-Mossi.

Son père, Joseph Sankara, tirailleur voltaïque, décédé le 4 août 2006 à Ouagadougou à la clinique Saint Jean, avait été fait prisonnier pendant la deuxième guerre mondiale.

Joseph Sankara, né dans une famille musulmane, s’est converti au catholicisme au cours de la guerre mondiale et a servi comme infirmier lors de cette guerre.

Revenu au pays, il soignait gratuitement ses voisins et notable de son quartier ; Le quartier Paspanga et il contribuait au règlement des conflits de voisinage.

Le 5 août 1960, la Haute-Volta obtient son indépendance et Maurice Yaméogo devient le premier Président du nouvel Etat.

Maurice Yaméogo tente d’imposer l’«Union démocratique voltaïque » (UDV) comme unique Parti politique en Haute Volta mais n’y parvient pas et mène une politique d’austérité. Il diminue les salaires des fonctionnaires et augmente les impôts.

Ces mesures entraînent des soulèvements et bien qu’ayant été réélu avec 99 % des voix, il démissionne le 3 janvier 1966.

Le lieutenant-colonel Aboubacar Sangoulé Lamizana prend le pouvoir et instaure un pouvoir autoritaire également.

Le nouvel homme fort de la Haute-Volta supprime les Partis politiques.

Thomas Sankara fréquente l’école primaire et est enfant de cœur à l’Eglise catholique.

Son père, sa mère et les prêtes espèrent le voir intégrer le séminaire mais, il choisit le Lycée Ouezzin Coulibaly de
Bobo-Dioulasso.

Déjà à l’école primaire, Thomas Sankara avait pris conscience de l’injustice coloniale.

En octobre 1966, il est admis à son « Brevet d’Etudes du premier Cycle » (BEPC) et à son concours d’entrée au « Prytanée Militaire du Kadiogo » (PMK) de Ouagadougou.

Au PMK, son professeur Adama Touré, d’idéologie communiste, donne le goût de la politique, à Thomas Sankara.

Le 1er octobre 1969, après le Baccalauréat, Thomas Sankara part à Madagascar pour une formation d’Officier à l’Académie militaire d’Antsirabé et de 1971 à 1972, il est témoin des soulèvements de la population Malgache contre le régime colonial.

Rentré en Haute Volta en 1973, Thomas Sankara, Henri Zongo et Jean-Baptiste Lingani créent le « Rassemblement d’Officiers Communistes » (ROC) pour former les recrues des écoles militaires étrangères qui se trouvent être encore sous les ordres d’anciens officiers de l’Armée coloniale.

Thomas Sankara est affecté, le 19 mars 1974, à la Compagnie de génie de Ouagadougou.

Une crise parlementaire en Haute Volta emmène le Chef de l’Etat, le lieutenant-colonel Aboubacar Sangoulé Lamizana à suspendre la Constitution et à dissoudre l’Assemblée nationale le 08 février 1974.

Les 16 et 17 décembre 1974, un problème foncier engendre un affrontement entre le Mali et la Haute Volta et Thomas Sankara réussit à faire une percée avec ses hommes.

En 1976, il est affecté au « Centre National d’Entraînement Commando » (CNEC) à Pô, dans la province du Nahouri, à 150 km au sud de la capitale.

Thomas Sankara et Blaise Compaoré partent ensemble faire un stage au « Centre de Formation de Parachutistes » de Rabat au Maroc de janvier 1978 à mai 1978.

Au Maroc, Thomas Sankara et Blaise Compaoré se lient d’amitié.

Pour contenter son nouvel ami, Thomas Sankara fait une entorse à la procédure d’avancement au CNEC et demande à ses camarades, Henri Zongo, Boukary Kaboré, Jean-Baptiste Lingani et Abdul Salam d’accepter que Blaise Compaoré saute des étapes dans sa promotion.

Ainsi, en mai 1978, Blaise Compaoré devient l’adjoint de Thomas Sankara.

Devenus plus que des amis, Blaise Compaoré est adopté par le vieux Joseph Sankara, le père de Thomas Sankara qui traite ce dernier comme son propre « fils ».

Blaise Compaoré est l’invité des parents de Sankara, toutes les fois qu’il est de passage à Ouagadougou.

Le 21 juillet 1979, Thomas Sankara épouse Mariam Sermé et le couple conçoit deux (2) enfants, Philippe Sankara né le 10 août 1981 et Auguste Sankara né le 21 septembre 1982.

Le 25 novembre 1980, un coup d’Etat renverse le lieutenant-colonel Aboubacar Sangoulé Lamizana et porte au pouvoir, le Colonel Saye Zerbo.

Le Colonel Saye Zerbo dirige le « Comité militaire de Redressement pour le Progrès National » (CMRPN) mis en place.

Thomas Sankara est affecté à l’Etat-major, à la division opérationnelle en février 1981 et est promu Capitaine quand Blaise Compaoré est affecté au « Centre national d’Entraînement Commando » de Pô.

Le 13 septembre 1981, Thomas Sankara accepte, presque sous la contrainte, d’être nommé Secrétaire d’Etat chargé de l’Information et pour la première réunion de Cabinet, il se rend au travail à vélo.

Seulement huit (8) mois après sa nomination, le 21 avril 1982, Thomas Sankara démissionne de son poste de Secrétaire d’Etat chargé de l’Information et dit à la télévision : « Malheur à ceux qui bâillonne le peuple. »

Blaise Compaoré et Henri Zongo démissionnent également du « Comité militaire de Redressement pour le Progrès National » (CMRPN).

Le 14 mai 1982, Thomas Sankara, Blaise Compaoré et Henri Zongo sont arrêtés et emprisonnés ; Le premier cité est emprisonné à Dédougou, le deuxième à Fara et le troisième à Ouahigouya.

Le 7 novembre 1982, un autre coup d’Etat survient en Haute Volta et le Colonel Saye Zerbo est contraint de céder le pouvoir au « Conseil provisoire de Salut du Peuple » (CSP) dirigé par le médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo.

Des Observateurs voient la main de Thomas Sankara dans ce coup d’Etat.

Le 11 janvier 1983, Thomas Sankara est nommé Premier ministre et tout au long de son discours, l’on note le mot « Peuple » cinquante neuf (59) fois.

Thomas Sankara effectue plusieurs voyages, dans les pays dits du « Tiers-monde » qui l’emmèneront au Niger, en Lybie et en Corée du Nord.

Au Sommet de New Delhi du 7 mars au 13 mars 1983 des Pays non-alignés, Thomas Sankara se fait remarquer par son discours. Il dit : « …Nous ne pourrons jamais mettre sur le même pied d’égalité celui qui opprime un peuple, le pille et le massacre quand il lutte pour sa libération et celui qui aide de façon désintéressées et constante ce peuple dans sa lutte de libération. Nous ne pouvons nous tenir à équidistance de celui qui arme, fortifie, soutient diplomatiquement et économiquement une clique raciste qui assassine froidement et depuis des décennies tout un peuple et celui qui aide ce peuple à mettre une fin par les armes au régime raciste qui le massacre… » (L’intégralité du discours en fin de page).

Thomas Sankara expose devant la face du monde, ses accointances avec des progressistes, des révolutionnaires et des personnes qui mènent la lutte « anti-apartheid », Chris Hani et Winnie Mandela de l’Afrique du Sud ; Le Colonel Kadhafi de la Libye, Fidel Castro de Cuba, José Edouardo Dos Santos de l’Angola, Samora Machel du Mozambique, John Garang du Soudan, Sam Njoma de la Namibie…

Un coup d’Etat contre le « Conseil provisoire de Salut du Peuple » (CSP) organisé par un groupe de militaires est déjoué le 28 février 1983.

Lorsque Thomas Sankara invite le Guide Libyen Mouammar Kadhafi à Ouagadougou, le 30 avril 1983, les puissances étrangères n’apprécient pas cette politesse.

De même, les meetings de nature panafricaniste organisés par Thomas Sankara à Ouagadougou les 26 mars et 15 mai 1983 ne plaisent pas au Président Jean-Baptiste Ouédraogo.

Effectuent une visite à Ouagadougou, le 16 mai 1986, Guy Penne, Conseiller du Président Français François Mitterrand et
Jean-Christophe Mitterrand, fils du Président Français surnommé «Papamadit», parce qu’il avait l’habitude de s’abriter derrière l’autorité de son père Président lorsqu’il commentait la politique africaine.

Le 17 mai 1983, à deux (2) heures du matin, sur instruction du Colonel Somé Yoriam Gabriel et sur accord du Président Jean Baptiste Ouédraogo, le Capitaine Jean Claude Kamboulé, Commandant de la division de blindés, encercle le domicile de Thomas Sankara et l’arrête.

Henri Zongo et Jean-Baptiste Lingani sont également arrêtés.

Blaise Compaoré prend la fuite, se réfugie à Pô au « Centre national d’Entraînement Commando » et organise la résistance.

Le rapprochement entre la visite du Conseiller Français à Ouagadougou et l’arrestation de Thomas Sankara et ses camarades est dénoncé par des Observateurs.

Des confidences de personnes bien introduites dans la sphère diplomatique Française avancent que le Président Français, par le biais de son Conseiller avait promis 22 milliards de Francs CFA, sans conditions à la Haute Volta après l’arrestation de Thomas Sankara.

Des manifestations de protestation pour exiger la libération de Thomas Sankara et ses compagnons sont organisées les 20 et 21 mai 1983 à Ouagadougou par les lycéens, les membres du « Parti africain de l’Indépendance » (PAI) et l’«Union des luttes Communistes Reconstruites » (ULCR).

La réunion du « Conseil provisoire de Salut du Peuple » (CSP) tenue le 25 mai 1983 enregistre une grande fracture au sein de l’Armée et deux (2) jours après, le Président Jean-Baptiste Ouédraogo annonce la libération très prochaine des prisonniers politiques.

Thomas Sankara et Jean-Baptiste Lingani sont libérés et placés en résidence surveillée le 29 mai 1983.

Bien qu’en résidence surveillée, Thomas Sankara, Jean-Baptiste Lingani et Blaise Compaoré font un coup d’Etat en juin 1983 avec le soutien des Para-commandos de Pô.

Blaise Compaoré exfiltre discrètement environ 5.000 jeunes du camp Para-commandos de Pô et la France informée de cette opération, livre cinq (5) tonnes d’armes au Président Jean-Baptiste Ouédarogo.

Le 31 juillet et le 02 août 1983, Blaise Compaoré et son groupe annulent deux (2) assauts sur Ouagadougou mais donnent le top départ au petit matin du 4 août 1983.

Les putschistes marchent sur Ouagadougou, tuent un automobiliste et prennent son véhicule.

Le Président Jean-Baptiste Ouédraogo est arrêté et les armes livrées par la France sont confisqués par les assaillants.

Après négociations entre les leaders du coup d’Etat, Thomas Sankara prend le pouvoir et prononce, à 22h45, son premier discours radio-télévisé. Il dit : « Peuple de Haute-Volta, aujourd’hui encore, les soldats, les sous-officiers de l’armée nationale et les forces paramilitaires se sont vus obligés d’intervenir dans des affaires de l’Etat pour rendre à notre pays son indépendance et sa liberté, et à notre peuple, sa dignité… ».

Les 7 et 8 août 1983, dans une liasse populaire, le coup d’Etat est fêté mais le 9 août, le Colonel Somé Yoriam Gabriel, l’un des putschistes est assassiné.

Le « Conseil National de la Révolution » (CNR) est mis en place et composé de cinq (5) membres du « Parti africain de l’Indépendance » (PAI), trois (3) membres de l’« Union des luttes Communistes Reconstruites » (ULCR).

Quatre (4) militaires dont Thomas deviennent les Chefs de la Révolution.

Thomas Sankara utilise une petite « Renault 5 » pour ses déplacements. Il vend les voitures de luxe des ministres, « Limousines » et « Catillacs ».

Thomas Sankara s’habille en tenues fabriquées en Haute Volta et demande à ses ministres de ne plus porter des vestes mais plutôt des « Dan Fani », un tissu en coton fabriqué en Haute Volta.

Surnommé « Tom Sank » par une partie de la population, Thomas Sankara ne veut pas s’enrichir sur le dos de son peuple, bien que Président et un journaliste ne manque pas de dire de lui dire : « Vous êtes un des Chefs d’Etat les plus pauvres du monde. »

Avec les changements entrepris qui paraissent insignifiants, la Haute Volta réussit à réduire de manière spectaculaire le train de vie de l’Etat.

Thomas Sankara déclare ses biens et exige de ses ministres qu’ils en fassent autant.

Le 19 septembre 1984, le Président fait passer les frais de scolarité au primaire de 10.000 FCFA à 4.000 FCFA et de
85.000 FCFA à 45.000 FCFA pour le secondaire.

Il rend les logements gratuits pour l’année 1985.

Il mène la lutte contre l’excision, réglemente la polygamie et améliore les conditions de vie des femmes et pour obliger les maris à connaître le prix des condiments pour ne plus imposer des sommes dérisoires à leurs femmes, une journée des maris au marché est organisée le 22 septembre 1984.

Le slogan de Thomas Sankara est : « Deux repas et 10 litres d’eau pour tous et tous les jours ».

La Haute Volta devient effectivement devient auto-suffisant en matière alimentaire.

Cependant, lorsqu’il réduit les indemnités des fonctionnaires de 25 % à 50 %, supprime les enveloppes spéciales pour les frais de mission, met fin à l’impôt de capitation, muselle la presse, met en prison quelques opposants, ces mesures le rendent impopulaire.

Certains reprochent au Président la rapidité avec laquelle il voulait opérer les changements de mentalités ; Ce qui a conduit à des trahisons et des incompréhensions. Surtout que les Institutions contre la corruption faisaient trop de zèle et cela a frustré et fâché des fonctionnaires.

De plus, les « Comités de défense de la Révolution » (CDR) placés dans les régions appliquaient les réformes sans associer les chefs traditionnels.

Or, les mentalités culturelles exigent des étapes à respecter.

En janvier 1984, Thomas Sankara fait savoir au Guide Libyen Mouammar Kadhafi qu’il n’apprécie pas son intervention au Tchad.

Le 4 août 1984, au premier anniversaire de la révolution, Thomas Sankara change le nom du pays qui passe de « Haute Volta » en « Burkina Faso » qui signifie « Pays des hommes intègres ».

Avec le soutien de la population et sans aucune aide extérieure, le pouvoir parvient, suivant les statistiques de l’Unicef, à faire passer le taux de scolarisation de 16,5 % en 1983 à 24 % le long de son mandat.

Le taux des enseignants passe à 16 %.

L’énergie du Burkina Faso trouve désormais sa source dans le bois, à 94 % et pour lutter contre l’avancée du Sahel, chaque famille est tenue de planter 100 arbres par an et ainsi, dix (10) millions d’arbres ont pu être plantés en quinze (15) mois.

Au 4ème anniversaire de la révolution, l’amitié entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré s’effrite et Thomas Sankara annonce la réussite de la révolution mais indique qu’elle est entachée d’erreurs et de tâtonnements et si le peuple l’a suivi jusqu’alors, il fallait faire une pause car pour lui : « Il vaut mieux faire un pas avec le peuple que cent pas sans le peuple. »

Il dit également qu’il est important de créer les conditions d’un adoucissement politique.

L’entourage de Thomas Sankara le met en garde contre un coup de Blaise Compaoré mais comptant sur la forte amitié qui le lie à son « frère », il ne veut pas croire à une trahison venant de lui et dit à un journaliste : « Le jour que vous entendrez que Blaise Compaoré prépare un coup d’Etat contre moi, ce n’est pas la peine de me prévenir. Car, ce serait trop tard. »

Thomas Sankara ajoute lors d’une interview : « Je me retrouve un peu comme un cycliste qui grimpe une pente raide et qui a, à gauche et à droite, deux précipices (…) Pour rester moi-même, pour me sentir moi-même, je suis obligé de continuer sur cette lancée. »

Le climat entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré devient pesant en cette année 1987 et Maître Apollinaire Kyélem, avocat au Barreau du Burkina et directeur du Centre de recherches internationales et stratégiques (C.R.I.S) dans son livre «Thomas Sankara et la Révolution au Burkina Faso – Une expérience de développement autocentré» écrit : «(…) Le Président Sankara a échappé à plus de cinq tentatives d’assassinat (…) Avant le 15 octobre 1987, plusieurs tentatives d’assassinat de Sankara avaient été planifiées, puis reportées pour des raisons d’opportunité. L’une d’elles était prévue pour se dérouler pendant les cérémonies du 4 août 1987 à Bobo Dioulasso. Sous prétexte d’assurer la sécurité des manifestations, Blaise Compaoré y avait fait transporter beaucoup de soldats de Pô. Flairant un piège, Sankara fit suivre les hommes de Pô par ceux du Bataillon d’intervention aéroporté (B.I.A) de Koudougou du Capitaine Boukary Kaboré. La tentative échoua… »

Mariam Sankara dit : « …Il évitait le sujet ; il ne voulait pas m’effrayer mais on sentait que tout n’était pas parfait entre les hauts dirigeants. Chaque fois que je revenais de la ville avec une information alarmante, il me rassurait en disant qu’ils réussiront à surmonter la situation. Car pour lui, la révolution, l’intérêt du peuple était au-delà de tout. Il me disait que Blaise était manipulé par des déviationnistes de la révolution, mais qu’il finirait par s’en rendre compte. Il se démarquera d’eux et reviendra sur les voies de la révolution (…) Des responsables de sa sécurité m’en ont parlé, mais ils avaient du mal à le lui faire accepter ; sans doute savait-il qu’il ne pouvait rien faire pour arrêter ce qui allait se passer. A certaines personnes comme Jean Ziegler, il a confié que «si Blaise veut m’éliminer, on ne pourra rien y faire» (…) Il pensait que la découverte des intentions de Blaise le conduirait à renoncer à ses projets. A la sortie d’une de leur réunion du CNR (Conseil National de la Révolution), il m’a confié qu’il craignait que Blaise se suicide parce que certains militaires ont dévoilé son manège…»

Le 31 octobre 1986, Thomas Sankara rend hommage au leader Mozambicain Samora Machel tué dans un crash d’avion le dimanche 19 octobre 1986, un an avant son propre assassinat : « Camarades militantes et militants, il ne s’agit pas aujourd’hui pour nous de pleurer mais d’avoir une attitude révolutionnaire face à cette situation tragique que provoque en nous la disparition de Samora Machel (…) Il ne s’agit pas pour nous de pleurer non plus, pour ne pas nous confondre avec tous ces hypocrites, ces crocodiles et ces chiens qui ici et ailleurs font croire que la mort de Samora Machel provoque en eux la tristesse…»

Le 29 juillet 1987 au 25ème Sommet des membres de l’OUA, Thomas Sankara tient ce discours : « …Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n’avons pas de quoi payer. Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette. Nous ne pouvons pas payer la dette parce qu’au contraire les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer, c’est-à-dire la dette de sang. C’est notre sang qui a été versé. Qui ici ne souhaite pas que la dette soit purement et simplement effacée. Celui qui ne le souhaite pas, il peut sortir, prendre son avion et aller tout de suite à la banque mondiale payer. Nous tous le souhaitons. (Rires et applaudissements) (…) Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serais pas là à la prochaine conférence… » (L’intégralité du discours en fin de page).

Le jeudi 15 octobre 1987, à 16 heures, Thomas Sankara tient une réunion avec ses Conseillers au « Conseil de l’Entente » de Ouagadougou, Etat-major du « Conseil national de la Révolution », situé entre les ministères et la Présidence.

Un groupe de soldats Para-Commandos fait irruption au « Conseil de l’entente » et tire dans tous les sens.

Thomas Sankara entend ces crépitements d’armes et dit à ses Conseillers : « Restez-là, c’est moi qu’ils veulent ! », en tenue de sport, il se précipite dehors, les mains levées.

Aussitôt, Thomas Sankara est fauché à l’arme automatique et reçoit une quinzaine de balles à feu.

Le leader Burkinabé, Thomas Sankara, est assassiné, deux (2) mois et demi seulement après son discours d’Addis-Abeba, à l’âge de trente sept (37) ans.

Tous ses gardes et Conseillers sont tués en même temps que lui, au total douze (12) personnes.

Les assassins les enterrent à la hâte, la même nuit, au cimetière d’un quartier de l’Est de Ouagadougou appelé Dagnoen lieu devenu un endroit de pèlerinage pour beaucoup d’africains qui s’y rendent chaque 18 octobre.

Mariam Sankara quitte précipitamment le Burkina Faso avec ses deux (2) garçons et s’exile pendant un an au Gabon où elle bénéficie de la nationalité Gabonaise offerte par le Président Omar Bongo.

La famille Sankara part ensuite à Montpellier en France et y reste pendant vingt-sept (27) ans.

Le journal « Le Monde » raconte comment elle a quitté le Burkina Faso suite à une interview accordée par Madame Sankara à ce journal : « Les gens avaient peur de parler du Président Sankara : tout était fait pour effacer son image. C’était une époque de répression, d’intimidation. Elle reçoit même des menaces de mort. Les hommes de «Blaise» viennent fouiller sa maison. Embarquent les documents administratifs. La jeune veuve se retrouve sans papiers, sans appuis, prisonnière dans son propre pays. C’est finalement l’ancien Président du Gabon Omar Bongo, dont un frère était ami de son mari depuis un stage militaire en France, qui parvient à lui faire quitter le pays. Elle vit un an au Gabon, en obtient la nationalité, puis s’exile à Montpellier avec ses deux fils, pour poursuivre ses études en développement rural ».

Mariam Sankara dit : « En France, nous avons vécu dans l’anonymat total. Comme tout immigré. Nos voisins ne savaient pas qui nous étions. Aux yeux de la France, je suis Gabonaise.»

Le certificat de décès, établi le 17 janvier 1988 mentionne : « Sankara Thomas Isidore Noël, né le 21 décembre 1949 à Yako, Passoré à Ouagadougou, est décédé le 15 octobre 1987, à 16h30 de mort naturelle.»
Après l’assassinat de Thomas Sankara, Blaise Compaoré devient le Président de la République du Burkina Faso.

Le 18 septembre 1989, accusés de complot contre le Président Blaise Compaoré, Henri Zongo et Jean-Baptiste Lingani sont exécutés et enterrés en même temps que le Commandant Koundamba et l’Adjudant Gningnin dans un lieu tenu secret.

Mariam Serme Sankara se bat depuis 1987 pour connaître les raisons pour lesquelles son époux a été assassiné et le lieu où se trouve sa vraie dépouille.

La famille qui met en cause Blaise Compaoré a entamé, en 1997, au Burkina Faso, par l’intermédiaire de la «Campagne Internationale Justice pour Sankara » (CIJS) une procédure judiciaire.

Blaise Compaoré nie être à la base de la mort de Thomas Sankara et avance que ce dernier avait prévu le tuer.

Déboutée à tous les niveaux par l’appareil judiciaire du Burkina Faso, la CIJS a saisi le « Comité des Droits de l’Homme de l’ONU » en 2002.

En 2006, le « Comité des Droits de l’Homme de l’ONU » rend un verdict en faveur de la famille Sankara en prescrivant : « Le refus de mener une enquête sur la mort de Thomas Sankara, la non-reconnaissance officielle du lieu de sa dépouille, et la non-rectification de l’acte de décès, qui faisait mention d’une « mort naturelle », constituaient un traitement inhumain à l’égard de Mme Sankara et ses fils. ».

En 2007, pour la première fois, Mariam Serme Sankara, en exil en Europe depuis 1987 se rend au Burkina Faso pour se recueillir sur la tombe présumée de son époux.

Le « Comité des Droits de l’Homme de l’ONU » a demandé aux autorités du Burkina Faso de faire la lumière sur l’assassinat de Thomas Sankara et exigé que la preuve du sépulcre de Sankara soit donnée.

Le 21 octobre 2010, les ayants droit de Sankara introduisent une requête pour demander une expertise de la dépouille de Sankara et son identification.

La décision reportée au mercredi 5 mars 2014 par les juges de la Chambre civile du Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou est reportée à nouveau pour le mercredi 2 avril 2014 pour complément de nouvelles pièces, notamment, l’Ordonnance rendue par le juge d’instruction en 1998, l’Arrêt n°14 de la Cour d’appel de Ouagadougou rendu le 26 janvier 2000, le recours de l’Etat burkinabè en date du 30 juin 2006, la décision du Comité interne, la recommandation et le rapport général du rapporteur de la 92ème session du « Comité des Droits de l’Homme
de l’ONU ».

Maître Bénéendé Sankara, avocat de la famille Sankara qui, bien que portant le même nom que « Sankara » n’est pas un des leurs dit : « Ce n’est que du dilatoire….Rien n’est sûr que le 2 avril verra une décision sur cette affaire qui dure depuis plusieurs années. »

Le mercredi 2 avril 2014, le délibéré de la décision d’exhumation de Thomas Sankara pour des tests d’ADN est une fois nouvelle reportée au mercredi 30 avril 2014.

Maître Bénéendé Sankara dit : « Je suis confiant sur la suite de l’affaire… Cet autre renvoi du délibéré, permettra au tribunal d’étudier les pièces obtenues

Le vendredi 31 octobre 2014, des émeutes éclatent au Burkina Faso et après vingt sept (27) ans de règne, Blaise Compaoré est obligé d’abandonner le pouvoir.

Face à l’insurrection populaire, La France aide Blaise Compaoré et sa famille à quitter le Burkina Faso pour se réfugier en Côte d’Ivoire, avec l’accord du Président Alassane Ouattara.

Vers la fin du mois de mars 2015, les nouvelles autorités du Burkina Faso représentées par le Président Michel Kafando promettent que « Justice serait rendue » dans l’affaire de la mort du Capitaine Thomas Sankara.

Début avril 2015, le juge d’instruction militaire préalablement saisit, met la tombe de Thomas Sankara sous scellé et le jeudi 14 mai 2015, Mariam Sankara est accueillie triomphalement par des milliers de personnes à l’aéroport de Ouagadougou.

Elle dit : « J’ai trouvé l’accueil très émouvant : j’ai vu une foule immense. Les gens criaient « Sankara ! Sankara! » alors que beaucoup n’étaient même pas nés quand mon mari est mort. Des jeunes qui n’avaient connu que Blaise.»

Depuis 1987 où son mari a été assassiné, Mariam Sankara n’a foulé le sol du Burkina Faso que deux (2) fois, en 2007 pour participer à la commémoration des vingt (20) ans de l’assassinat de son époux et ce jeudi 14 mai 2015.

Le lundi 18 mai 2015, Mariam Sankara est auditionnée pour la première fois par un juge et l’audition dure plus de
huit (8) heures.

Le lundi 25 mai 2015, dans le cimetière de Dagnoën, les exhumations des restes des douze (12) compagnons du capitaine Thomas Sankara, débutent sous la direction de trois (3) médecins, un Français et deux (2) Burkinabé et en présence du Commissaire du gouvernement et d’un juge d’instruction.

Le mardi 26 mai 2015, des ossements sont exhumés de la tombe supposée du Capitaine Thomas Sankara et l’avocat de la famille Sankara, Me Sankara, présent à l’exhumation dit : « Je peux certifier que dans la tombe supposée être celle de Thomas Sankara, des restes ont été exhumés. En tant qu’avocat représentant la famille, nous avons constaté aux environs de 8h35, à 45 cm de profondeur les premiers ossements…Les restes qui ont été retirés de la poussière, sont constitués de quelques ossements, de tissus au fonds rouge avec des traits noirs…. Nous pensons que les restes qui ont été totalement enlevés aux environs de 11 heures pourront permettre aux experts de faire leur travail scientifique et de produire le rapport que nous attendons… »

L‘hymne national du Burkina Faso est entonné spontanément par la foule qui se trouve aux abords de la route au passage du corbillard qui transporte les restes supposés du Capitaine Thomas Sankara.

Suivant le site web, www.rebellyon.info,Boukari Kaboré qui a joué un rôle déterminant aux côtés de Thomas Sankara, dit : « Thomas Sankara aimait beaucoup le débat. Si vous aviez une discussion, un débat avec lui, il allait jusqu’au bout. Ou bien vous le convainquiez, ou bien c’est lui qui vous convainquait. Si entre-temps le sommeil vous prenait, il vous laissait dormir et dès le lendemain il ramenait le même sujet et vous repreniez le débat de plus bel. Il aimait débattre et voulait être convaincu par la démonstration. Il disait sèchement la vérité et était à l’aise. Les plus beaux souvenirs que je garde de Thomas Sankara, c’est lorsqu’il devait représenter notre pays à des rencontres internationales. On était alors très fier d’être Burkinabè. Thomas était disert. Il n’avait jamais de discours écrit, mais cela ne l’empêchait pas d’être méthodique et très cohérent dans ses propos. Il était Particulièrement persuasif. Pour faire une Révolution, il faut une bonne dose de courage. Il y a des choses qui peuvent être bien, mais qui ne sont pas populaires. Pour un révolutionnaire, ça se réalise. Ce n’est qu’après que le peuple se reconnaît en ce qui a été réalisé. C’est ce qui est arrivé avec le peuple burkinabè. Aujourd’hui, tout le monde pleure le président Thomas Sankara. Pourquoi ? Parce que les gens se sont rendu compte qu’il s’est donné corps et âme pour le bien-être du Burkina tout entier. »

Surnommé, « L’enfant chéri des Burkinabés », la mort de Thomas Sankara reste une grande perte pour l’Afrique et l’espoir d’un changement basé sur la seule contribution des enfants de l’Afrique.

Aujourd’hui, vingt six (26) ans après sa mort, Thomas reste, pour beaucoup, le « révolutionnaire » et l’ « anti-impérialiste » sincère doublé d’un grand visionnaire.

Pendant le 20ème anniversaire de l’assassinat du « Che » et une semaine avant son propre assassinat, Thomas Sankara avait dit : « On ne peut pas tuer les idées, les idées ne meurent pas »

 

DISCOURS DE THOMAS SANKARA AU SOMMET DES PAYS NON-ALIGNES
DE NEW DELHI
DU 7 MARS AU 13 MARS 1983

Madame le Président,

Excellences,

Messieurs les Chefs d’Etat et de gouvernement,

Honorables, délégués,

Au nom du peuple voltaïque, au nom du Conseil de Salut du Peuple, de son président le médecin Commandant Jean Baptiste Ouedraogo, et en mon nom personnel, je voudrais tout d’abord remercier et féliciter le peuple et le gouvernement Indien d’avoir accepté d’abriter le 7ème sommet du mouvement des non alignés ce qui nous donne l’agréable occasion de nous retrouver dans cette admirable et historique cité de New Delhi pour débattre dans une atmosphère d’amitié et de bonne volonté réciproque des problèmes de la paix et de l’avenir de l’humanité.

Ma délégation et moi-même avons été particulièrement sensibles à l’accueil chaleureux entièrement conforme à la longue tradition d’hospitalité de courtoisie et de solidarité qui constitue un des nombreux éléments de réputation du peuple indien et de sa brillante civilisation à travers le monde, accueil dont nous le remercions profondément.

Madame le Président permettez moi à la suite des délégations qui m’ont précédé à cette tribune de vous exprimer mes plus vives félicitations pour votre brillante élection à la présidence du Sommet et des travaux de notre mouvement.

Je le fais avec d’autant plus de plaisir et de sincérité que vos incontestables qualités d’homme d’Etat et votre longue expérience personnelle des problèmes qui sont ceux de tous les pays ici représentés, ainsi que la place éminente occupée par l’Inde dans le mouvement des non alignés dès l’aube de sa naissance sont des gages certains de la réussite de nos travaux et du développement continu de notre cause commune.

Durant les 3 années où il a eu à diriger notre mouvement, le président Fidel Castro a fait preuve de qualités hors pair, ce qui a renforcé notre dignité et notre crédibilité.

Nous voudrions lui redire toute notre satisfaction et notre profonde considération.

Au nom du peuple voltaïque, du Conseil du Salut du Peuple et du gouvernement voltaïque, je salue ici les représentants des peuples et les gouvernements frères et amis auxquels nous lient une histoire commune faite de souffrance coloniale ou néocoloniale, de lutte douloureuse et héroïque pour notre liberté et notre indépendance et maintenant un destin commun dans la recherche de la paix, la consolidation de notre indépendance, et le développement juste et équilibré de l’humanité.

Je salue également les nouveaux membres de notre mouvement à savoir, les Bahamas, la Colombie, La Barbade et Vuanatu. Leur admission au sein de son alignés sera sans aucun doute un apport fécondant pour la consolidation de nos luttes communes.

Après les concertations préliminaires de la conférence de Bandung qui affirma avec éclat à la face du monde et par la voie des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine, le droit à l’autodétermination et à l’indépendance des peuples coloniaux, donnant ainsi le signal décisif de l’ébranlement et de l’effondrement généralisé de l’odieux système colonial, le mouvement des non alignés est né voici maintenant 22 ans à Belgrade à l’initiative de ses pères fondateurs qui ont pour noms, Nehru, Sukarno, Nasser, Tito, des héros de l’humanité et dont l’histoire gardera éternellement la marque profonde.

D’autres après eux ont joué un rôle dynamique pour valoriser notre mouvement, lui éviter la sclérose que l’impérialisme et le néocolonialisme affolés tentaient de lui imposer par les chantages économiques et politiques. Permettez-moi de ne citer que Kwamé Nkrumah et de Boumediene dont nous nous souviendrons toujours avec un profond respect.

Du premier sommet de Belgrade en 1961 au second du Caire en 1964, de celui de Lusaka en 1970, à celui d’Alger en 1973, de celui de Colombo en 1976 à celui de la Havane en 1979 et maintenant à celui de New Delhi, notre mouvement n’a cessé de confirmer et d’étendre son audience, de se préciser et de s’affirmer dans le monde à travers ses objectifs et ses nobles idéaux comme une force de paix, comme une force de raison,

comme enfin la conscience profonde et courageuse d’un monde que l’impérialisme voudrait voir éternellement soumis à sa domination, à son pillage et à ses massacres aveugles.

Car né en pleine guerre froide le mouvement des non-alignés s’est voulu tout d’abord comme une force représentant l’aspiration profonde de nos pays à la liberté à l’indépendance et à la paix face aux blocs hostiles en présence, comme une force affirmant notre droit de pays, et de peuple souverain à choisir librement et sans inféodation nos propres voies pour le progrès de nos peuples à choisir librement nos amis dans le monde sur la base de leur attitude concrète devant l’aspiration de nos peuples à la libération du joug colonial, néocolonial ou raciste à l’indépendance, à la sécurité, à la paix et au progrès économique social.

Contrairement à l’interprétation restrictive et simpliste que l’impérialisme veut nous imposer comme définition du non-alignement, celui-ci n’a rien à voir avec une équidistance arithmétique des deux blocs qui dominent le monde ou un équilibrisme ridicule des traumatisés entre ces deux blocs, toute chose qui n’ont manifestement aucun sens et nient en fait notre liberté d’apprécier souverainement et en tout indépendance les attitudes et agissements des uns et des autres dans le monde.

Nous ne pourrons jamais mettre sur le même pied d’égalité de celui opprime un peuple, le pille et le massacre quand il lutte pour sa libération et celui qui aide de façon désintéressées et constante ce peuple dans sa lutte de libération. Nous ne pouvons nous tenir à équidistance de celui qui arme, fortifie, soutient diplomatiquement et économiquement une clique raciste qui assassine froidement et depuis des décennies tout un peuple et celui qui aide ce peuple à mettre une fin par les armes au régime raciste qui le massacre.

Nous ne pouvons mettre sur le même pied d’égalité et nous tenir à égale distance d’une part, de ceux qui soutiennent par tous leurs puissants moyens militaires, politiques, diplomatiques économiques des régimes et des gouvernements qui n’ont d’autre obsession que de soumettre et de terroriser tous les pays autour d’eux, y compris par l’agression militaire directe, les assassinats organisés par leurs services secrets, et d’autre part ceux qui apportent un soutien concret à ces pays agressés pour assurer sur leur sol leur défense leur sécurité.

Bien sur le mouvement des non lignés n’est pas une puissance militaire et c’est heureux ainsi, même si cela lui vaut la dérision de certaines puissances chez qui la force tout cour prime le droit des peuples à la dignité et à l’indépendance.

Notre mouvement est avant tout une force morale qui rassemble des pays divers par leur position géographique, leur étendue, leur population, leur économie et les systèmes sociaux dont il se sont dotés autour d’une politique positive et constructive pour promouvoir une paix collective entre eux, et entre tous les pays de notre planète, pour promouvoir la démocratisation des rapports internationaux fondés sur l’égalité des droits et des obligations en lieu et place des rapports internationaux actuels injustes et inégaux, pour promouvoir enfin le progrès des pays et des peuples en lieu et place de l’appauvrissement continue des pays pauvres et de l’enrichissement sur leur dos des plus riches.

Promouvoir une paix collective entre les pays membres des non alignés et entre tous les pays, pour ce premier grand objectif, notre mouvement ne doit jamais abandonner ses efforts persévérants pour amener ses membres à respecter l’un de nos grands principes qui est de rechercher dans la négociation et les moyens pacifiques la solution des divergences ou des conflits pouvant surgir entre eux et qui sont du reste sont souvent aiguisés ou suscités par les manœuvres suscitées par l’impérialisme.

C’est pourquoi non seulement nous déplorons la guerre fratricide engagée depuis plus de deux ans entre l’Irak et le l’Iran, deux pays membres de notre mouvement, mais nous appelons ces deux pays à accepter la médiation du mouvement des non alignés pour une paix juste, honorable et rapide.

De même pensons-nous, notre mouvement ne peut accepter le rôle d’observateur muet et passif qu’on cherche à lui imposer, comme au reste du monde dans ce conflit du Proche Orient, vieux maintenant de près 40 ans, où les manœuvres combinées de l’impérialisme et du sionisme, ont réussi non seulement à expulser de sa patrie le peuple palestinien mais aussi à la suite d’agressions barbares successives à réaliser et maintenir l’occupation militaire et l’annexion de vastes territoires de plusieurs pays arabes membres de notre mouvement.

Récemment encore, il y a moins d’un an, le gouvernement d’Israël publiquement encouragé par les celui des Etats-Unis, et malgré la condamnation unanime des peuples du monde entier, a envahi avec son armée l’état du Liban, soumis la capitale Beyrouth à la destruction impitoyable de ses énormes moyens militaires, terrestres, maritimes et aériens, malgré l’héroïque résistance de la ville et des palestiniens sous la direction de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine).

Malgré le cessez-le feu obtenu par la communauté internationale, le gouvernement israélien a permis les massacres inqualifiables de Sabra et Chatila dont les responsables méritent d’être poursuivis pour crime contre l’humanité et s’obstinent encore à refuser de retirer du Liban les troupes d’agression.

Partout où les peuples se lèvent pour réclamer leur libération et leur indépendance, l’impérialisme intervient grossièrement pour armer leurs ennemis, allumer la guerre et organiser leur massacre, se dressant ainsi activement contre la paix et contre la liberté des peuples.

Il en est ainsi au Nicaragua où pour tenter d’effacer la victoire du peuple nicaraguayen, l’impérialisme dresse contre lui des bandes armées et des gouvernements de pays voisins qu’il manipule.

Au Salvador, le même scénario a pour objectif d’enrayer l’avance du mouvement de libération nationale.

Mais nous croyons que sur ce problème de la paix et de la sécurité et du droit des peuples à l’autodétermination et à l’indépendance, le mouvement des non alignés a entièrement raison de s’en tenir à sa position constante qui est de soutenir les peuples qui luttent pour leur liberté et leur indépendance ainsi que leur mouvement de libération nationale, quelque soit la fureur de l’impérialisme quelques soient les pressions que ce dernier exerce sur tel ou tel de nos membres pour tenter d’affaiblir la voix de notre mouvement.

Nous saluons ainsi l’appui constant apporté par le mouvement des non alignés, à la lutte du peuple de Namibie pour sa libération sous la conduite de son unique représentant légitime, la SWAPO, à la lutte du peuple noire d’Afrique du Sud contre l’odieux système raciste d’exploitation qu’est l’apartheid ; au droit à l’autodétermination indépendante du peuple Sahraoui, à la réunification pacifique de la Corée débarrassée des troupes étrangères qui occupent son sol depuis 30 ans.

Promouvoir la démocratisation des rapports internationaux, c’est tout simplement accorder ces rapports institués à une époque de plus en plus révolue, avec la situation actuelle de notre monde.

C’est prendre en compte le fait indéniable de l’émergence sur la scène internationale de peuples colonisés ou assujettis mais qui tout naturellement aspirent au progrès et au bien être, à être maîtres des ressources de leur sol et de leur sous-sol fin qu’elles servent en premier à satisfaire leur propre besoin, à participer avec des droits et des obligations égaux au développement des échanges internationaux de toute nature, économiques, commerciaux mais aussi technologiques et culturels.

Nos pays ne veulent plus de l’ordre économique ancien bâti sur la suprématie incontestée et le diktat du plus fort organisé autour des échanges à sens unique de nos matières premières, produits de base ou à peine élaborés contre leurs produits manufacturés, leur technologie et leur mode de vie.

Les objectifs de notre mouvement pour la paix, l’indépendance des pays et des peuples et la démocratisation des rapports internationaux peuvent apparaître comme ambitieux mais l’audience de plus en plus grande du mouvement des non alignés, le fait que des pays de plus en nombreux nous rejoignent comme membres à part entière ou comme observateurs, la participation régulière à nos assises de hautes personnalités comme le secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine, le secrétaire général des Nations Unies, dont nous voulons saluer ici la présence, soulignent l’impact croissant de notre mouvement. Nous devons donc poursuivre avec persévérance notre action.

En dépit des obstacles et des échecs momentanés, en recherchant constamment à renforcer notre cohésion, car la paix, l’indépendance des peuples et la démocratisation des rapports internationaux pour le progrès global de l’humanité méritent plus que tout et particulièrement cette époque où le gigantisme des arsenaux nucléaires fait planer sur le genre humain la menace permanente de sa folle autodestruction, que nous leur consacrions tous nos efforts toute notre intelligence et tout notre courage.

Dans notre monde en proie à de multiples convulsions, la recherche constante de la paix doit être l’impératif majeur de notre mouvement car sans la paix, aucun des objectifs que nous poursuivons ne pourra être atteint.

Dans ces conditions par exemple comment ne pas encourager et soutenir les efforts inlassables déployés par la République Démocratique Madagascar et d’autres pour faire de l’Océan Indien une zone de paix, c’est-à-dire une zone plus humaine pour le bonheur des peuples riverains.

Mme le Président, messieurs les Chefs d’Etat et de gouvernement, honorables délégués, permettez moi avant de quitter cette historique tribune de réaffirmer plus haut pour nous peuple de Haute Volta sous la direction du Conseil du Salut du Peuple, le non alignement doit être compris d’abord comme notre autonomie permanente de décision et pour la non-ingérence dans les affaires intérieurs des Etats, mais que nous ne confondons pas le non alignement avec la complicité de la passivité devant les crimes de l’impérialisme contre l’indépendance et la liberté des peuples, ni la non ingérence avec l’aveuglement devant les crimes des forces réactionnaires contre la liberté de leur peuple et le respect de leurs droits.

Notre appartenance au mouvement des non a lignés nous ordonne parmi les nombreuses tâches de barrer la route à toutes les forces qui ambitionnent d’aligner d’autres peuples. L’Afrique du Sud est de celles-là. Le non alignement responsable nous interdit de nous taire lorsque l’on assassine des hommes, des femmes et des enfants qui n’ont commis d’autre crime que celui de penser à la notion si lointaine pour eux de liberté.

Depuis le 7 novembre 1982, au nom des justes et progressistes principes que le Conseil de Salut du Peuple a tracé en prenant le pouvoir, le peuple voltaïque se sent plus proche de tous ceux qui luttent pour la justice, la liberté et la démocratie. Il n’est plus ce peuple à qui l’on présentait les racistes par des euphémismes sans engagement.

Le peuple de Haute Volta vit sans sa chair les cruautés que subissent des hommes géographiquement loin de lui mais désormais si près de lui de par la détermination commune à dénoncer le racisme, cette autre forme de fascisme.

Nous voulons dire à tous ceux qui sont victimes des harcèlements des bandits d’Afrique du Sud que nous épousons totalement leur lutte.

Nous saluons les forces populaires du Mozambique et de l’Angola qui repoussent victorieusement les hordes que les sinistres impénitents de Pretoria continuent encore de leur envoyer.

Notre mouvement a déjà condamné l’Afrique du Sud et il doit continuer de le faire. C’est bien, c’est déjà beaucoup.

Je voudrais terminer mon propos par une question. A quand la condamnation réelle de tous ceux qui dans l’ombre comme au grand jour apportent à Pretoria, un soutien financier, économique, diplomatique et militaire ?

Vive la coopération internationale, vive la solidarité des peuples des pays non alignés,

vive la paix, la sécurité et l’indépendance et le progrès de tous les peuples. »

HOMMAGE DE THOMAS SANKARA LE 31 OCTOBRE 1986
AU DECES DU PRESIDENT MOZAMBICAIN SAMORA MACHEL

« Camarades militantes et militants,

il ne s’agit pas aujourd’hui pour nous de pleurer mais d’avoir une attitude révolutionnaire face à cette situation tragique que provoque en nous la disparition de Samora Machel.

Nous ne devons pas pleurer pour ne pas tomber dans le sentimentalisme. Le sentimentalisme ne sait pas interpréter la mort.

Il se confond avec la vision messianique du monde, qui, attendant d’un seul homme la transformation de l’univers, provoque lamentation, découragement et abattement dès lors que cet homme vient à disparaître.

Il ne s’agit pas pour nous de pleurer non plus, pour ne pas nous confondre avec tous ces hypocrites, ces crocodiles et ces chiens qui ici et ailleurs font croire que la mort de Samora Machel provoque en eux la tristesse.

Nous savons très bien qui est triste et qui se réjouit de la disparition de ce combattant. Nous ne voulons pas tomber dans cette compétition de cyniques qui décrètent par-ci par-là tant et tant de jours de deuil ; chacun essayant d’affirmer et d’afficher son abattement par des larmes que nous révolutionnaires devons interpréter à leur juste valeur.

Samora Machel est mort. En tant que révolutionnaires, cette mort doit nous édifier, nous fortifier en ce sens que les ennemis de notre révolution, les ennemis des peuples nous ont dévoilés une fois de plus une de leurs tactiques, un de leurs pièges. Nous avons découvert que l’ennemi sait abattre les combattants même quand ils sont dans les airs.

Nous savons que l’ennemi peut profiter d’un moment d’inattention de notre part pour commettre ses odieux crimes. De cette agression directe et barbare qui n’a pour seul but que de désorganiser la direction politique du Frelimo et de compromettre définitivement la lutte du peuple mozambicain mettant fin ainsi à l’espoir de tout un peuple, de plus d’un peuple, de tous les peuples tirons-en les leçons avec les frères mozambicains.

Nous disons à l’impérialisme et à tous nos ennemis que chaque fois qu’ils commettront de tels actes, ce sera autant d’enseignements qu’ils nous auront donnés, certes, pas gratuitement, mais d’une façon qui sera à la hauteur de ce que nous méritons. Hier les ennemis des peuples, les ennemis de la liberté des peuples avaient cru bien faire, avaient cru réussir [leur coup] en abattant lâchement, de façon barbare et par traîtrise, Eduardo Mondlane’.

Ils espéraient qu’ainsi, le drapeau de la lutte de libération tomberait dans la boue et que définitivement le peuple prendrait peur et renoncerait à la lutte. Mais c’était compter sans cette détermination, sans cette volonté populaire de se libérer.

C’était compter sans cette force spéciale qui existe chez les hommes et leur fait dire non malgré les balles et les pièges. C’était compter sans les combattants intrépides du Frelimo.

C’est dans ces conditions que Samora Machel a osé reprendre le drapeau que tenait Eduardo Mondlane dont nous gardons la mémoire. Immédiatement, Machel s’est imposé comme un leader, une force, une étoile qui guide et éclaire.

Il a su faire profiter les autres de son internationalisme : il n’a pas combattu seulement au Mozambique ; mais aussi ailleurs et pour les autres. Posons-nous la question aujourd’hui : qui a tué Samora Machel ? On nous parle d’enquêtes qui se mènent, d’experts qui se réuniront pour déterminer la cause de la mort de Machel.

Déjà, l’Afrique du Sud, aidée par les radios impérialistes, essaie de faire passer la thèse de l’accident. On nous fait croire que des éclairs se seraient abattus sur l’avion.

On nous fait croire qu’une erreur de pilotage aurait conduit l’avion là où il ne fallait pas. Sans être pilotes ou experts en aéronautique, il y a une question que nous pouvons nous poser en toute logique : « Comment un avion volant à une si haute altitude a pu brusquement raser les arbres et se renverser, c’est-à-dire venir à moins de 200 mètres du sol ? »

On nous dit que le nombre de survivants est une preuve qu’il s’agit d’un accident et non d’un attentat. Mais, camarades, comment des passagers d’un avion, brutalement réveillés par le choc, peuvent-ils dire comment et pourquoi leur avion s’est renversé et s’est écrasé ?

Pour nous il s’agit purement et simplement de la continuation de la politique raciste des Blancs d’Afrique du Sud ; il s’agit d’une autre manifestation de l’impérialisme. Pour savoir qui a tué Samora Machel, demandons-nous qui se réjouit et qui a intérêt à ce que Machel ait été tué ?

Nous trouvons côte à côte, main dans la main, d’abord les Blancs racistes d’Afrique du Sud que nous n’avons cessé de dénoncer.

Nous trouvons à leurs côtés ces marionnettes, ces bandits armés du MNR, dit Mouvement national de résistance (Renamo). Résistance à quoi ?

A la libération du peuple mozambicain, à la marche pour la liberté du peuple mozambicain et d’ailleurs, et à l’aide internationaliste que le Mozambique à travers le Frelimo apportait aux autres peuples.

Nous trouvons également les Jonas Savimbi’. Il doit se rendre en Europe. Nous avons protesté contre cela. Nous avons dit aux Européens, en particulier à la France que si elle a établi un visa d’entrée pour lutter contre le terrorisme, si elle recherche les terroristes, elle en a trouvé un : Jonas Savimbi.

A leurs côtés nous trouvons les traîtres africains qui font transiter par chez eux des armes contre les peuples africains’. Enfin nous trouvons ces éléments qui crient ça et là paix mais déploient chaque jour leur intelligence, leurs énergies pour aider et soutenir les traîtres à la cause africaine. Ce sont eux qui ont assassiné Samora Machel.

Hélas, pour n’avoir pas apporté le soutien nécessaire à Samora Machel, nous autres Africains l’avons aussi livré à ses ennemis. En effet, lorsque, répondant à l’appel de l’Organisation de l’unité africaine, le Mozambique a rompu définitivement ses relations avec l’Afrique du Sud, qui au niveau de l’OUA l’a soutenu ?

Pourtant le Mozambique, lié économiquement à l’Afrique du Sud connaissait d’énormes difficultés. Les Mozambicains ont lutté et résisté seuls contre l’Afrique du Sud. C’est pourquoi nous Africains au sein de l’OUA portons une lourde responsabilité dans la disparition de Samora Machel.

Les discours d’aujourd’hui ne seront jamais rien tant que nous n’essaierons pas dans le futur d’être plus conséquents dans nos résolutions. A Harare [au huitième Sommet du Mouvement des pays non-alignés], le Burkina Faso a soutenu la même position.

Il ne s’agit pas d’applaudir Robert Mugabe, de le présenter comme un digne fils du Non-alignement si quelques heures après notre départ, Afrique du Sud se mettant à bombarder le Zimbabwe, chacun de nous resterait douillettement dans sa capitale, se contentant d’envoyer des messages de soutien.

Certains Etats nous avaient applaudi, d’autres avaient trouvé que nous allions trop loin. Aujourd’hui l’histoire nous donne raison : Quelque temps après le sommet des Non-alignés, l’Afrique du Sud a fait son sale boulot ; et nous voilà seulement dans des condamnations verbales.

C’est l’impérialisme qui organise, qui orchestre tous ces malheurs ; c’est lui qui a équipé et formé les racistes ; c’est lui qui leur a vendu des radars et des avions de chasse pour surveiller et abattre l’avion de Samora Machel.

C’est également lui qui a mis des fantoches en Afrique pour lui communiquer des informations sur l’heure du décollage de l’avion et l’heure de son passage dans la zone. Et c’est encore lui qui essaie de tirer profit de la situation et qui déjà cherche à savoir qui va succéder à Samora Machel.

C’est enfin lui qu’essaie de diviser les combattants mozambicains en les classant en modérés et en extrémistes. Samora Machel était un grand ami de notre révolution, un grand soutien de notre révolution. Il le disait partout et le montrait dans ses attitudes vis-à-vis des délégations burkinabè. Nous avons été en contact avec lui pour la première fois à travers ses écrits sur la révolution.

Nous avons lu et étudié les ouvrages de Machel et nous avons communié intellectuellement avec lui. La deuxième fois que nous l’avons connu, c’était à New-Delhi au sommet des
Non-alignés. Il disait qu’il suivait la situation dans notre pays, mais était inquiet à cause de la volonté de domination de l’impérialisme.

Par la suite nous l’avons rencontré à Addis-Abeba deux fois.

Nous avons discuté. Nous avons admiré cet homme qui n’a jamais baissé la tête, même après les accords de Nkomati dont il comprenait la portée tactique et que certains éléments opportunistes ont essayé d’exploiter contre lui en le faisant passer pour un lâche.

La délégation burkinabè avait alors pris la parole pour dire que ceux qui attaquaient le Mozambique n’avaient pas droit à la parole tant qu’ils n’avaient pas pris les armes pour aller combattre en Afrique du Sud. Nous l’avions beaucoup soutenu, mais il nous soutenait également.

Au dernier sommet de l’OUA, lorsque la position burkinabè avait été attaquée par certains États, Machel avait pris la parole et dit que « s’ils n’avaient pas la reconnaissance et le courage d’applaudir le Burkina Faso, ils devaient au moins avoir honte et se taire ».

Nous nous sommes encore retrouvés chez lui à Maputo. Il nous a beaucoup aidé à comprendre la situation intérieure et extérieure extrêmement difficile dans laquelle il se trouvait. Tout le monde sait le rôle joué par Samora Machel au sein des pays de la Ligne de front.

Enfin nous l’avons retrouvé à Harare au dernier sommet des Non-alignés où nous avons eu de nombreuses conversations. Samora Machel se savait une cible de l’impérialisme. Il avait par ailleurs pris l’engagement de venir au Burkina Faso en 1987. Nous avions convenu d’échanger des délégations au niveau de nos CDR, de l’armée, de nos ministres, etc.

Tout cela doit nous servir de leçons. Nous devons nous tenir solidement, main dans la main avec les autres révolutionnaires parce que d’autres complots nous guettent, d’autres crimes sont en train d’être préparés.

Camarades, je voudrais vous inviter tous à accompagner de vos vœux la médaille, la distinction honorifique que nous conduirons au Mozambique pour décorer Samora Machel. Nous lui enverrons la plus haute distinction du Burkina Faso, de notre révolution ; parce que nous estimons que son œuvre a contribué et contribue à l’avancée de notre révolution. Il mérite donc que nous lui décernions l’Étoile d’or du Nahouri.

En même temps je vous invite sur toute l’étendue de notre territoire à baptiser des carrefours, des immeubles, etc., du nom de Samora Machel parce qu’il l’aura mérité. Il faut que la postérité se souvienne de cet homme, de tout ce qu’il a fait pour son peuple et pour les autres peuples.

Ainsi nous aurons matérialisé chez nous cette mémoire pour que d’autres hommes s’en souviennent éternellement.

Camarades, nous nous sommes réunis aujourd’hui pour réfléchir sur la disparition de Samora Machel ; demain il faudra avancer, il faudra vaincre.

La patrie ou la mort, nous vaincrons ! »

 

DISCOURS DE THOMAS SANKARA
DU 29 JUILLET 1987 AU 25ème SOMMET DES MEMBRES DE L’OUA

Nous estimons que la dette s’analyse d’abord de par ses origines. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme.

Ceux qui nous ont prêté de l’argent, ce sont ceux-là qui nous ont colonisés. Ce sont les mêmes qui géraient les Etats et les économies.

Ce sont les colonisateurs qui endettaient l’Afrique auprès des bailleurs de fonds, leurs frères et cousins (regards approbateurs de Kenneth Kaunda et attentifs de Samora Machel).

Nous étions étrangers à cette dette, nous ne pouvons donc pas la payer.

La dette, c’est encore les néocolonialistes ou les colonisateurs qui se sont transformés en assistants techniques. En fait, nous devrions dire qui se sont transformés en assassins techniques.

Et ce sont eux qui nous ont proposé des sources de financement, des bailleurs de fonds, un terme que l’on emploie chaque jour comme s’il y avait des hommes dont le bâillement suffisait à créer le développement chez d’autres. Ces bailleurs de fonds nous ont été conseillés, recommandés.

On nous a présenté des montages financiers alléchants, des dossiers. Nous nous sommes endettés pour cinquante ans, soixante ans et même plus. C’est-à-dire que l’on nous a amenés à compromettre nos peuples pendant cinquante ans et plus.

Mais la dette, sous sa forme actuelle, contrôlée et dominée par l’impérialisme, est une reconquête savamment organisée, pour que l’Afrique, sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangères, faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave financier, c’est-à-dire l’esclave tout court, de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer des fonds chez nous avec l’obligation de rembourser.

On nous dit de rembourser la dette. Ce n’est pas une question morale, ce n’est point une question de ce prétendu honneur que de rembourser ou de ne pas rembourser.

Monsieur le Président, nous avons écouté et applaudi le premier ministre de Norvège lorsqu’elle est intervenue ici même. Elle a dit, elle qui est européenne, que toute la dette ne peut pas être remboursée.

Je voudrais simplement la compléter et dire que la dette ne peut pas être remboursée. La dette ne peut pas être remboursée parce que d’abord si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas.

Soyons-en sûrs. Par contre si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons-en sûrs également. Ceux qui nous ont amené…ceux qui nous ont conduits à l’endettement ont joué comme dans un casino.

Tant qu’ils gagnaient, il n’y avait point de débat. Maintenant qu’ils ont perdu au jeu, ils nous exigent le remboursement. Et on parle de crise. Non, Monsieur le président, ils ont joué, ils ont perdu, c’est la règle du jeu. Et la vie continue. (Applaudissements).

Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n’avons pas de quoi payer. Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette. Nous ne pouvons pas payer la dette parce qu’au contraire les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer, c’est-à-dire la dette de sang. C’est notre sang qui a été versé.

On parle du Plan Marshall qui a refait l’Europe économique. Mais l’on ne parle pas du Plan africain qui a permis à l’Europe de faire face aux hordes hitlériennes lorsque leurs économies étaient menacées, leurs stabilités étaient menacées.

Qui a sauvé l’Europe? C’est l’Afrique.

On en parle très peu. On en parle si peu que nous ne pouvons, nous, être complices de ce silence ingrat.

Si les autres ne peuvent pas chanter nos louanges, nous en avons au moins le devoir, de dire que nos pères furent courageux et que nos anciens combattants ont sauvé l’Europe et finalement ont permis au monde de se débarrasser du nazisme.

La dette, c’est aussi la conséquence des affrontements. Et lorsqu’on nous parle aujourd’hui de crise économique, on oublie de nous dire que la crise n’est pas venue de façon subite.
La crise existe de tous temps et elle ira en s’aggravant chaque fois que les masses populaires seront de plus en plus conscientes de leurs droits face aux exploiteurs.

Il y a crise aujourd’hui parce que les masses refusent que les richesses soient concentrées entre les mains de quelques individus.

Il y a crise parce que quelques individus déposent dans des banques à l’étranger des sommes colossales qui suffiraient à développer l’Afrique.

Il y a crise parce que face à ces richesses individuelles que l’on peut nommer, les masses populaires refusent de vivre dans les ghettos et dans les bas quartiers.

Il y a crise parce que les peuples, partout, refusent d’être dans Soweto face à Johannesburg. Il y a donc lutte et l’exacerbation de cette lutte amène les tenants du pouvoir financier à s’inquiéter.

On nous demande aujourd’hui d’être complices de la recherche d’un équilibre. Équilibre en faveur des tenants du pouvoir financier. Équilibre au détriment de nos masses populaires.

Non ! Nous ne pouvons pas être complices. Non; nous ne pouvons pas accompagner ceux qui sucent le sang de nos peuples et qui vivent de la sueur de nos peuples. Nous ne pouvons pas les accompagner dans leurs démarches assassines.

Monsieur le Président, nous entendons parler de clubs, club de Rome, club de Paris, club de Partout. Nous entendons parler du groupe des cinq, des sept, du groupe des dix, peut-être du groupe des cent, que sais-je encore.

Il est normal que nous créions notre club et notre groupe. Faisons en sorte que dès aujourd’hui Addis-Abeba devienne également le siège, le centre d’où partira le souffle nouveau: Le Club d’Addis-Abeba.

Nous avons le devoir aujourd’hui de créer le front uni du Club d’Addis-Abeba contre la dette. Ce n’est que de cette façon que nous pourrons dire aux autres qu’en refusant de payer, nous ne venons pas dans une démarche belliqueuse, mais au contraire dans une démarche fraternelle pour dire ce qui est. Du reste, les masses populaires en Europe ne sont pas opposées aux masses populaires en Afrique.

Mais Ceux qui veulent exploiter l’Afrique sont les mêmes qui exploitent l’Europe. Nous avons un ennemi commun. Donc notre club parti d’Addis-Abeba devra également dire aux uns et aux autres que la dette ne saura être payée.

Quand nous disons que la dette ne saurait être payée, ce n’est point que nous sommes contre la morale, la dignité, le respect de la parole. Nous estimons que nous n’avons pas la même morale que les autres. Entre le riche et le pauvre, il n’y a pas la même morale. La Bible, le Coran, ne peuvent pas servir de la même manière celui qui exploite le peuple et celui qui est exploité.

Il faudra qu’il y ait deux éditions de la Bible et deux éditions du Coran. (Applaudissements).

Nous ne pouvons pas accepter que l’on nous parle de dignité. Nous ne pouvons pas accepter que l’on nous parle du mérite de ceux qui paient et de perte de confiance vis-à-vis de ceux qui ne paieraient pas.

Nous devons au contraire dire que c’est normal aujourd’hui. Nous devons au contraire reconnaître que les plus grands voleurs sont les plus riches.

Un pauvre quand il vole ne commet qu’un larcin, une peccadille tout juste pour survivre et par nécessité.

Les riches, ce sont eux qui volent le fisc, les douanes et qui exploitent les peuples. Monsieur le Président, ma proposition ne vise pas tout simplement à provoquer ou à faire du spectacle. Je voudrais dire ce que chacun de nous pense et souhaite.

Qui ici ne souhaite pas que la dette soit purement et simplement effacée. Celui qui ne le souhaite pas, il peut sortir, prendre son avion et aller tout de suite à la banque mondiale payer. Nous tous le souhaitons. (Rires et applaudissements)

Ma proposition n’est pas non plus… Je ne voudrais pas qu’on prenne la proposition du Burkina Faso comme celle qui viendrait de la part de jeunes sans maturité, sans expérience. Je ne voudrais pas non plus qu’on pense qu’il n’y a que des révolutionnaires à parler de cette façon.

Je voudrais qu’on admette simplement que c’est l’objectivité et l’obligation. Et je peux citer, dans les exemples de ceux qui ont dit de ne pas payer la dette, des révolutionnaires, comme des non-révolutionnaires, des jeunes comme des vieux.

Je citerai par exemple, Fidel Castro qui a déjà dit de ne pas payer, il n’a pas mon âge, même s’il est révolutionnaire.

Mais je pourrais citer également François Mitterrand qui a dit que les pays africains ne pouvaient pas payer, les pays pauvres ne peuvent pas payer.

Je pourrais citer Madame le Premier Ministre…je ne connais pas son âge et je m’en voudrais de le lui demander. Mais… (Rires) c’est un exemple.

Je voudrais citer également Félix Houphouët Boigny, il n’a pas mon âge. Cependant, il a déclaré officiellement et publiquement, du moins pour ce qui concerne son pays, que la Côte d’Ivoire ne peut pas payer.

Or, la Côte d’Ivoire est classée parmi les pays les plus aisés d’Afrique, au moins d’Afrique francophone.

C’est pourquoi il est normal qu’elle paye plus, en contribution, ici (éclats de rires).

Mais, Monsieur le Président, ce n’est donc pas de la provocation. Je voudrais que très sagement vous nous offriez des solutions.

Je voudrais que notre conférence adopte la nécessité de dire clairement que nous ne pouvons pas payer la dette, non pas dans un esprit belliqueux, belliciste, ceci, pour éviter que nous allions individuellement nous faire assassiner. Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serais pas là à la prochaine conférence.

Par contre, avec le soutien de tous, dont j’ai besoin, (applaudissements) avec le soutien de tous, nous pourrons éviter de payer. Et en évitant de payer, nous pourrons consacrer nos maigres ressources à notre développement.

Et je voudrais terminer en disant que chaque fois qu’un pays africain achète une arme, c’est contre un Africain. Ce n’est pas contre un Européen, ce n’est pas contre un Asiatique, c’est contre un Africain.

Par conséquent, nous devons également dans la lancée de la résolution de la question de la dette, trouver une solution au problème de l’armement.

Je suis militaire et je porte une arme. Mais Monsieur le Président, je voudrais que nous nous désarmions. Parce que moi je porte l’unique arme que je possède, d’autres ont camouflé les armes qu’ils ont. (Rires et applaudissements).

Alors, chers frères, avec le soutien de tous, nous pourrons faire la paix chez nous. Nous pourrons également utiliser ses immenses potentialités pour développer l’Afrique parce que notre sol et notre sous-sol sont riches. Nous avons suffisamment de bras et nous avons un marché immense, très vaste du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest.

Nous avons suffisamment de capacité intellectuelle pour créer ou tout au moins prendre la technologie et la science partout où nous pourrons les trouver.

Monsieur le Président, faisons en sorte que nous mettions au point ce front uni d’Addis-Abeba contre la dette.

Faisons en sorte que ce soit à partir d’Addis-Abeba que nous décidions de limiter la course aux armements entre pays faibles et pauvres.

Les gourdins et les coutelas que nous achetons sont inutiles. Faisons en sorte également que le marché africain soit le marché des Africains: produire en Afrique, transformer en Afrique et consommer en Afrique.

Produisons ce dont nous avons besoin et consommons ce que nous produisons au lieu de l’importer. Le Burkina Faso est venu vous exposer ici la cotonnade, produite au Burkina Faso, tissée au Burkina Faso, cousue au Burkina Faso pour habiller les Burkinabés.

Ma délégation et moi-même, nous sommes habillés par nos tisserands, nos paysans. Il n’y a pas un seul fil qui vienne de l’Europe ou de l’Amérique. (Applaudissements)

Je ne fais pas un défilé de mode, mais je voudrais simplement dire que nous devons accepter de vivre africain. C’est la seule façon de vivre libre et de vivre digne. Je vous remercie, Monsieur le Président.

La patrie ou la mort, nous vaincrons.

Thomas Sankara. »