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FELIX-ROLAND MOUMIE DU CAMEROUN

Félix-Roland Moumié est né le 1er novembre 1925 à l’hôpital Protestant de Njissé à Foumban au Cameroun de Samuel Mekou Moumié et de Suzanne Mvuh.

Son père, un évangéliste à la mission protestante, l’inscrit à l’école Protestante de Njissé et, en 1939, il fréquente l’école publique de Bafoussam et atteint la classe de CM1.

En 1940, à l’école régionale de Dschang, il fait son CM2 et obtient son Certificat d’Etudes Primaire Elémentaire (CEPE) et est admis en 1941 au concours d’entrée à l’école Supérieure Edouard Renard de Brazzaville.

Elève brillant, il est admis en 1945, à l’école professionnelle William Ponty de Dakar au Sénégal où il s’inscrit en médecine.

Après deux ans de formation, il revient en 1947 au Cameroun et est affecté comme médecin à l’hôpital de Lolodorf, au sud du Cameroun, à 110 km de Kribi.

Félix Moumié reçoit la visite, en 1948, de son compatriote, Um Nyobè de retour du Congrès fondateur du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) organisé du 18 au 21 octobre 1947 à Bamako au Mali.

Um Nyobè est porteur d’une lettre de recommandation de l’ancien professeur de l’Ecole Normale Fédérale de Dakar de Félix Moumié, le professeur Gabriel d’Arboussier, Vice-président du RDA.

Gabriel d’Arboussier est né d’un père colon et d’une mère sénégalaise et, lorsque Félix Moumié était étudiant au Sénégal, il l’avait remarqué pour sa véhémence dans les mouvements de protestation et de grèves pour la réclamation de plus de droits, son courage dans l’affichage des tracts et sa pertinence dans les discussions.

Le porteur de la recommandation, Um Nyobè, lui est un commis des services civils et financiers, leader nationaliste camerounais, né en 1913 au Cameroun qui, après avoir fédéré plusieurs syndicats, a participé à la création de l’Union des Populations du Cameroun (UPC).

L’UPC est le premier parti politique camerounais qui a revendiqué la réunification et l’indépendance du Cameroun.

Les deux hommes, Um Nyobè et Félix Moumié échangent longuement sur divers sujets, la colonisation, l’impérialisme, la réunification et l’indépendance du Cameroun et bien d’autres préoccupations.

Sur le champ, Félix adhère à l’UPC et engage sa compagne, Marthe Ekemeyong dans le combat, en souscrivant pour elle également.

Le 26 mai 1949 à Bibia à Lolodorf, au Cameroun, naît Jecky Berthe Moumié la première fille de Félix Moumié et de Marthe Ekemeyong.

Marthe Ekemeyong, ressortissante camerounaise, née le 4 septembre 1931 au Cameroun dont le nom Ekemeyong signifie « Celle qui quittera le terroir pour vivre là-bas, chez les autres » soutient l’engagement politique de son compagnon.

Le 22 juillet 1950, Félix Moumié et Marthe Ekemeyong se marient officiellement.

Les autorités coloniales remarquent Félix Moumié et croyant le sanctionner, il l’affecte successivement dans différentes villes, à Lolodorf de 1947 à 1948 ; à Belaré-Oya en 1950, à Mora en 1951, à Marma en 1952 et à Douala en 1954.

Dans toutes ces localités d’affectation, Félix Moumié implante des structures de l’UPC et conscientise la masse.

Félix Moumié œuvre efficacement pour sensibiliser le plus de personnes au combat de l’UPC et en avril 1950, au Congrès de l’UPC à Dschang, Félix Moumié est élu Vice-président.

Egalement, il devient Vice-président de la Conférence des partisans pour la paix.

Le 20 janvier 1951, à Mora, Annie Jecky Berthe Moumié, la première fille des Moumié décède quand sa sœur, Hélène Jeanne Moumié dite « Mekoué » voit le jour la même année à Enongal au Cameroun.

Marthe Moumié est obligée de déplacer la tombe de sa défunte fille, plusieurs fois pour éviter sa profanation par les ennemis de l’UPC.

Félix Moumié voyage beaucoup pour l’UPC et en 1951, il participe au Festival de la Jeunesse de Berlin et en 1952, il prend part à la Conférence Internationale pour la défense de l’Enfant de Vienne.

En septembre de l’année 1951, il est invité à l’Union Internationale des Etudiants de Bucarest.

Au deuxième Congrès de l’UPC à Eséka au Cameroun, en septembre 1952, Félix Moumié, absent pour raisons professionnelles est élu Président de l’UPC et Ernest Ouandié, Vice-président chargé de l’organisation.

En 1954, l’UPC est implantée dans une vingtaine de localités en dépit des intimidations des colons, en particulier, Guy Georgy, un politique français, anti-nègre, affecté dans la région de Diamaré pour harceler Félix Moumié.

Guy Georgy prenait un malin plaisir à violer la correspondance de Félix Moumié, à effectuer des perquisitions illégales à son domicile, surveiller à la jumelle son domicile et tenter en vain de le corrompre.

Félix Moumié, correcte et honnête dans la lutte ne perd pas de vue son objectif et dit : « Je ne suis qu’un prolétaire […] Ce sont les Français qui m’ont remarqué, qui m’ont appris à lire, à écrire et à compter. Ce sont eux qui m’ont enseigné ce que je suis. Sans eux, je n’aurais été qu’un palefrenier du Sultan de Foumban. Mais pourquoi ces mêmes Français me refusent-ils l’indépendance quand je la leur réclame au nom de leurs propres principes. »

Le 25 mai 1955, à la suite de la tenue d’un meeting non autorisé et la mort d’un policier, le Haut-commissaire au Cameroun, Roland Pré, provoque, avec les armées françaises de Centrafrique, du Congo, du Bénin et du Sénégal, la mort de plus de 5.000 personnes, blesse environ 1.000 autres et arrête  617 individus.

Après l’insurrection de la population Ccamerounaise, l’UPC et ses annexes sont dissout.

Félix Moumié, Hyacinthe Mpaye et Jacques Ngom qui souhaitent l’abrogation du décret de dissolution de l’UPC dépose une requête devant les Juridictions françaises mais le Conseil d’Etat français rejette la requête des Upécistes au motif que : « Les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le décret attaqué est entaché d’excès de pouvoir. »

Les colons se mettent à la recherche des militants de l’UPC.

Um Nyobè se cache dans son village natal, dans la forêt de Boumnyebel et les autres leaders, Abel Kingué, Ernest Ouandié et Félix Moumié se mettent à l’abri à Kumba, au Cameroun-britannique.

A l’époque, le Cameroun était divisé en deux, une partie administrée par les français et l’autre gérée par les britanniques ; D’où les appellations « Cameroun-français » et « Cameroun-britannique ».

Pour décourager les sympathisants de l’UPC, les autorités coloniales déclarent l’échec du combat des indépendantistes.

Félix Moumié en réplique, leur rappel la fuite du Général de Gaulle à Londres alors qu’il tentait de résister aux allemands.

Pour ces résistants africains donc, il s’agit de fuir des représailles d’une injustice indigne pour accomplir leur devoir de camerounais.

L’Administration française se tourne vers les autorités coloniales britanniques et parvient à les convaincre de chasser les leaders de l’UPC et le 30 mai 1955, l’UPC est interdite de toute activité dans cette partie du Cameroun.

Pour se débarrasser de ces nationalistes, les britanniques déportent, le 7 juillet 1957, environ douze dirigeants de l’UPC.

Félix Moumié et Ernest Ouandié à Khartoum sont déportés au Soudan ; Etat qui a accepté de recevoir les nationalistes persécutés par les colons.

A Khartoum, les leaders de l’UPC sont détenus dix jours et libérés à la suite de leur détention.

Félix Moumié s’exile au Caire en Egypte et lorsqu’il rencontre le Président de l’Egypte, Gamal Abdel Nasser, le Président est pris d’admiration pour la fougue nationaliste du jeune camerounais, lui-même grand patriote qui n’a pas hésité à nationaliser le canal de suez, un chemin qui permettait aux navires d’aller d’Europe en Asie sans avoir à contourner l’Afrique.

Le Président égyptien accorde l’asile à Félix Moumié et lui octroie une allocation mensuelle. Il l’autorise à animer une tranche d’émission hebdomadaire sur la Radio Le Caire.

Avec le concours du Président Gamal Abdel Nasser, Félix Moumié se fait connaître sur le plan international et participe à de grandes rencontres dont la Conférence des peuples afro-asiatique tenue au Caire en décembre 1957 et en devient le Secrétariat permanent.

Profitant de ses nouvelles relations, il négocie et obtient une centaine de bourses d’études qu’il offre aux jeunes camerounais.

En février 1958, il conduit la délégation de l’UPC à la 11ème session du Conseil de Tutelle de l’ONU pour exiger la réunification immédiate du Cameroun, son indépendance et l’amnistie générale mais le Conseil de Tutelle de l’ONU adopte la résolution 1349 qui instaure l’état d’urgence au Cameroun.

Le samedi 13 septembre 1958, Um Nyobè est tué dans le maquis du Cameroun par l’armée française, trahi par Mayi Matip selon certaines personnes.

Plus de 3 000 combattants, avec à leur tête Mayi Matip déposent les armes dans la localité de Sanaga Maritime après avoir bénéficié d’une amnistie accordée par le régime en place.

En avril 1959, ce groupe se rallie au gouvernement d’Ahmadou Ahidjo et créé un autre UPC dit baptisé « UPC-légale».

A l’opposé, ceux qui refusent de déposer les armes dont Ernest Ouandié, Castor Osende Afana et Félix Moumié sont appelés, par leurs détracteurs, « UPC – illégale ».

A la Conférence des Etats indépendants d’Afrique tenu à Accra au Ghana du 5 décembre au 13 décembre 1958 qui a regroupé plus de 300 délégués venus représenter plus de 200 millions d’Africains de toutes les régions d’Afrique,
Félix Moumié se rapproche de grands panafricanistes comme Georges Padmore, Antony Lewis et Geoffrey Bing.

Il participe en 1959, à la Conférence des Juristes Afro-asiatiques de Damas.

En mars 1959, Félix Moumié, devant le Conseil de Tutelle de l’ONU, réclame l’organisation des élections avant la proclamation de l’indépendance prévue pour le 1er janvier 1960.

Une fois encore, le Conseil de Tutelle répond aux attentes du colonisateur et impose les élections après l’indépendance.

Lorsque la Guinée devient indépendante le 02 août 1958, Félix Moumié y transfère le siège de l’UPC avec l’accord du Président guinéen, Sékou Touré.

Avec une délégation de l’UPC, Félix Moumié se rend en Chine et félicite le gouvernement chinois d’avoir conservé et préservé leur langue et traditions.

A la suite du lobbying de Félix Moumié, l’UPC reçoit des aides de beaucoup d’Etats dont la Chine qui a accordé, à elle seule, plus de 800 millions de Francs CFA à l’UPC.

Au Cameroun, la reconnaissance internationale de Félix Moumié ne plaît pas à tous les militants de l’UPC, en particulier, le Comité directeur de l’UPC .

Face à la dissidence, conduite par Pierre Penda, Timothée Maah, Réné-Job Ngapeth, Mathieu Tagny, Tchoungui et Hyacinthe Mpaye qui ont créé le « Salut des Forces Nationalistes Kamerunaises », Félix Moumié fonde, de son côté, le 31 mai 1959, à Accra au Ghana, « L’Armée de Libération Nationale Kamerunaise » (ALNK) avec pour mot d’ordre : « Vaincre ou mourir ».

Le 18 août 1959, dans un communiqué, Félix Moumié déclare que l’UPC poursuivra la lutte armée.

L’ALNK devient une véritable force combattante.

Elle s’attaque aux blancs des centres-villes, à leurs plantations dans les campagnes et mènent de nombreuses actions de guérilla.

L’ALNK, présidée par Félix Moumié en exil gagne du terrain au Cameroun, au point où les soldats français considèrent certaines zones du Cameroun comme des « zones rouges » ou « zones pourries » à ne pas fréquenter.

L’armée française finit pas se cantonner en ville, laissant les campagnes aux combattants de l’UPC qui sont dans les maquis.

Un texte rédigé anonymement par un membre du Bureau du Comité Directeur de l’UPC, en exil, précise que l’aggravation de la lutte armée entreprise par l’ALNK a été provoquée par la décision du Conseil de Tutelle de l’ONU d’accorder l’indépendance au Cameroun en nommant un Président Pro-français au lieu d’organiser des élections libres et justesLa note est la suivante : « Note sur la répression au Kamerun : Le peuple Français doit comprendre lui aussi que la gangrène qui s’étend aujourd’hui dans les Algérie noires d’Afrique peut être fatale pour ses libertés et pour ses intérêts bien compris – matériels aussi bien que moraux. L’intérêt des Français au Kamerun est que notre indépendance ne se fasse pas contre eux. Nous ne sommes pas anti-français, nous ne visons pas à les expulser du Kamerun, nous demandons seulement au peuple Français d’arrêter dans nos pays les bras des assassins. »

Le 12 septembre 1959, l’armée française déclare que le gendarme André Houtarde a disparu.

En représailles, les soldats français exécutent des ressortissants camerounais, principalement les personnes qualifiées de nationalistes et le fils d’un gendarme français en vacances dans la région Bamiléké, hanté par les tortures subies par les camerounais et autres assassinats dans un camp de l’armée française en a parlé à son retour en France.

De même, Jean-Paul Martin, un magistrat qui débutait sa profession, témoin des monstruosités de l’armée française qui avait tenté d’informer sa hiérarchie a été sanctionné pour éviter que l’affaire s’effrite.

Un éminent professeur de littérature aux Etats-Unis d’Amérique, le professeur Ambroise Kom rapporte la situation qui prévalait au Cameroun en 1959 : « Agé d’une dizaine d’années à l’époque, je suis témoin en 1959 de scènes de torture exécutées par l’armée Française à Batié, où j’étais écolier. Alors que mon oncle infirmier est nuitamment kidnappé par les maquisards, je dois fuir à pied et enjamber les corps des villageois tués lors des combats qui ensanglantent l’Ouest Cameroun. A Bafoussam, où je passe mon certificat d’études la même année, je suis témoin d’exécutions publiques sur la place de la ville et de l’exhibition des têtes coupées des combattants nationalistes kamerunais. »

Le 31 mai 1959, quelques semaines avant l’indépendance du Congo-Belge, le Président de la Guinée, Sékou Touré confie une mission à Félix Moumié, au Congo auprès du nationaliste congolais Patrice Lumumba.

Le 29 décembre 1959, à la veille de la proclamation de l’indépendance du Cameroun et à partir de Conakry, en Guinée, les leaders de l’UPC, Abel Kingue, Ernest Ouandié et Félix Moumié publient cette déclaration : « L’indépendance actuelle ne répond nullement aux objectifs poursuivis par l’UPC dès sa naissance. A partir du 1er janvier 1960, le Kamerun jouira d’une indépendance nominale. Loin d’être un instrument indispensable au plein épanouissement du peuple, elle sera au contraire le carcan au moyen duquel les agents du colonialisme et de l’impérialisme continueront à le tenir prisonnier dans son propre pays. »

Deux jours après, le 1er janvier 1960, l’indépendance du Cameroun est proclamée et Ahmadou Ahidjo, né le 24 août 1924 à Garoua au Cameroun devient le premier Président du nouvel Etat indépendant.

Au Congo-Belge, le 24 juin 1960, Joseph Kasa-Vubu, qualifié de valet de l’impérialisme est élu Président du Congo et Patrice Lumumba, Premier ministre.

Contrairement au Cameroun, le Congo a élu son Président de la République avant la proclamation de son indépendance.

Le jeudi 30 juin 1960, le Congo est proclamé pays indépendant, en présence de plusieurs invités dont Félix Moumié, émissaire du Président guinéen, Sékou Touré.

Le discours tenu par le Premier ministre est pris comme une injure faite au Roi Baudouin de la Belgique et trois mois après l’indépendance, le 4 septembre 1960, le Président Joseph
Kasa-Vubu destitue Patrice Lumumba de ses fonctions.

Joseph-Désiré Mobutu qui s’est emparé du pouvoir au Congo, lance un mandat d’arrêt contre Patrice Lumumba.

Le 14 octobre 1960, Félix Moumié, Chef de la mission guinéenne est expulsé du Congo, en même temps que ses trois associés sur ordre de Joseph Kasa-Vubu.

Félix Moumié prend l’avion pour Genève, en Suisse.

A Genève, le 15 octobre 1960, Félix Moumié se remet au travail et demande à ses amis qui se trouvent en France de venir à Genève le visiter et dès leur arrivée, ils rédigent une déclaration à faire publier afin que l’opinion française soit informée de la situation qui prévaut au Cameroun.

Ils établissent une déclaration de soutien aux 150 étudiants camerounais privés de bourse par le régime du Président Ahmadou Ahidjo.

Le 16 octobre 1960, Félix Moumié prend congé de ses amis et confirme pour le même soir, son vol pour la Guinée mais aux environs de 23 H 30, il est pris de violents maux de ventre et est conduit à la clinique privée de Genève par une jeune fille nommée Liliane F.

Le mal de Félix Moumié s’aggrave et, paralysé, il est transféré l’hôpital cantonal le lendemain.

Les dernières phrases prononcées par Félix Moumié dans son agonie seraient : « C’est la Main rouge qui m’a empoisonné. »

Plus tard, les enquêtes révèleront que Félix Moumié a été empoisonné au thallium, versé dans son vin par l’agent secret français, William Bechtel, au cours du dîner organisé le 16 octobre 1960 au restaurant « Le Plat d’argent ».

Informée, Marthe Moumié quitte la Guinée le 02 novembre 1960, arrive à Genève le 03 novembre 1960 et le même jour, son époux, Félix Moumié décède.

Le Président du Cameroun, Ahmadou Ahidjo refuse que le corps de Félix Moumié soit transféré au Cameroun et Maurice Robert, un barbouze, un agent des Services de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), proche du politique français Jacques Foccart dit : « …Le Président Ahidjo répétait à qui voulait l’entendre qu’il rêvait d’être débarrassé de Moumié. Quand il voyait Foccart, il ne manquait de lui parler des problèmes que lui posait le leader rebelle. Celui-ci avait intensifié la rébellion après la mort d’Um Nyobè. Il lui menait la vie dure et l’empêchait de conduire le pays dans la voie du développement (…) Pour être franc je prônais une solution radicale, je l’avais dit à Foccart. Moumié était l’artisan d’une révolte permanente, il appelait à la révolution et risquait de déstabiliser le Cameroun pour le faire basculer au communisme. Il fallait la décapiter pour montrer au peuple camerounais que sa longévité ne traduisait pas son invulnérabilité mais la patience du pouvoir à son égard avant le recours à des méthodes plus expéditives… »

Le Président Guinéen Sékou Touré affrète un avion à Genève pour faire rapatrier la dépouille du nationaliste camerounais à Conakry, en Guinée.

A l’arrivée de son corps à Conakry, sa dépouille embaumée est déposée dans un sarcophage et après de dignes honneurs, Félix Moumié est inhumé au cimetière de Conakry, en Guinée.

Ironie du sort, le 30 novembre 1989, l’ancien Président camerounais Ahmadou Ahidjo meurt en exil à Dakar, au Sénégal et sa dépouille continue de reposer au cimetière de Yoff de Dakar.

La veuve Marthe Moumié bénéficie, du soutien constat de nombreux Présidents, Gamal Abdel Nasser Hussein de l’Egypte, Kwame Nkrumah du Ghana, Ahmed Ben Bella de l’Algérie, Sékou Touré de la Guinée, Ho-Chi-Minh du Vietnam et Mao Tsé Toung de la Chine.

William Bechtel, l’auteur de l’empoisonnement de Félix Moumié, l’espion français du SDECE a inscrit dans un cahier personnel récupéré à son domicile le 17 novembre 1960 par la Police suisse qui mène l’enquête : « Je sais briser la nuque d’un homme sans qu’il ait le temps de crier. Je sais tuer. Mais j’ai l’air inoffensif. »

Il a été également trouvé dans ses documents, une photo de Félix Moumié.

Lors du dernier dîner de Félix Moumié, un dirigeant de l’UPC-Hexagone, Jean-Martin Tchaptchet qui vit en France et qui était présent à ce « dîner de la mort », donne sa version des faits à Frank Garbely, Reporter à la Rundschau de la télévision Suisse : « …L’Upc avait promis de fonder un gouvernement et un certain nombre d’étudiants devaient rejoindre ce mouvement. Moumié et moi quittons l’hôtel Rex. Nous avons rendez-vous avec un présumé journaliste du nom de William Bechtel. Ce dernier a rencontré le président de l’Upc un an plus tôt, à Accra. Pour l’Upc, il est Particulièrement important d’établir un contact avec la presse. C’est le seul moyen d’alerter l’opinion internationale sur son action. William Bechtel a réservé la table 5 au restaurant huppé « Le Plat d’argent » (…) Il ne me souvient pas qu’il y avait des voisins immédiats. M. Bechtel était derrière une paroi et puis derrière le président Moumié et moi, il y avait juste un passage que le garçon pouvait emprunter pour servir à manger. Il n’y avait personne d’autre dans la salle. Avant le plat principal, Moumié boit un verre de Pernod. Selon le rapport de la police fédérale suisse, il y avait un gramme de thallium, un poison « inodore et insipide ». Je ne sais pas à quel moment cela est arrivé. On regardait les photos qu’il présentait. C’était des photos de lui avec le président Moumié à Accra. Il y avait une atmosphère de confiance. Peu après 23h, William Bechtel prend congé. Moumié accompagne Tchaptchet à l’hôtel et se rend 44 rue des Papis où l’attend Liliane F., une présumée belle de nuit qui aurait partagé ses derniers moments. D’après les mêmes sources, Liliane, surnommée « Le Perroquet », conduira le président Moumié dans une clinique privée. Transféré à l’hôpital cantonal le lendemain à 23h30, il sombrera dans un profond coma, avant de mourir le 3 novembre. »

En 2008, le Général Paul Aussaresses, officier français et tortionnaire des algériens lors de la guerre d’Algérie, sort un ouvrage, « Je n’ai pas tout dit » ; Ouvrage dans lequel il évoque la mort de Félix Moumié : «…Donc, William [Bechtel] est Parti pour la Suisse où s’était réfugié confortablement l’opposant Félix Moumié dans un très bon hôtel de Genève. Mais les choses se passent rarement comme prévu. William s’était adjoint une fille. Les gens ont dit que c’était une fille de  » la Maison  » [le SDECE], mais c’est faux : il n’y a pas de jolies filles dans le Service. Il a pris une jolie fille qu’il a trouvée quelque part, une blonde très visible […], et tous deux se sont installés dans cet excellent hôtel. Ils ont guetté Moumié. Bechtel savait qu’il était assez cavaleur. Le soir, en passant devant le couple installé à une table du restaurant de l’hôtel, Félix Moumié a bien sûr remarqué que la jeune femme lui avait souri. Aussitôt convaincu qu’il avait tapé dans l’œil de la blonde, cet imbécile lui rend son sourire et s’arrête devant la table. Bechtel s’exclame aussitôt :  » Mais, Monsieur, je vous connais ! Nous nous sommes rencontrés au Congrès de la presse agricole, à Helsinki.  » Moumié lui répond qu’il n’y était pas.  » Ah bon ? Prenez tout de même un verre avec nous « , insiste aimablement notre espion. Moumié accepte :  » J’aime beaucoup les boissons Françaises, spécialement le Pernod « , dit-il. Bechtel appelle le serveur :  » Garçon, trois Pernod !  » Puis, regardant avec son air de vieil intello sympathique Félix Moumié, il ajoute :  » Vous dînerez bien avec nous ?  » Moumié, visiblement ravi, s’assied. Les Pernod sont servis. La jeune femme accapare son attention pendant que William verse la dose n° 1. Mais Moumié, trop occupé à parler, ne boit pas. Bechtel, finalement, lève son verre; la jeune femme prend le sien. Ils regardent l’opposant: « Tchin-tchin ». Bechtel et la fille boivent. Mais Moumié ne bronche toujours pas, son verre de Pernod reste sur la table. Le repas est servi. Les plats s’enchaînent, arrosés. Félix Moumié ne boit toujours pas. Au moment du fromage, le Camerounais se lève pour aller aux toilettes. Comme vous pouvez vous en douter, Bechtel a versé la deuxième dose dans le verre de vin de son convive. De retour à table, Moumié se lance dans une interminable discussion. Le temps passe. Bechtel et la fille commencent à désespérer. Ils se disent que si ce fichu Camerounais ne boit pas, c’est raté, car ils n’ont pas d’autre dose. Soudain, Moumié s’interrompt et vide d’un trait, coup sur coup, et le verre de Pernod et le verre de vin. Double dose de poison. William et la fille se regardent, se demandent s’il ne va pas tomber raide mort devant eux. Le père T. avait bien dit :  » Surtout pas de double dose.  » Quand Moumié remonte à sa chambre, un peu chancelant, William envoie la fille à la réception pour commander un taxi, direction l’aéroport. Il s’agissait de prendre fissa le premier avion pour n’importe où. Le lendemain, la femme de ménage frappe à la porte de Félix Moumié. Pas de réponse. Il est découvert très mal en point. Transporté à l’hôpital, il meurt quelques jours plus tard, je ne sais pas exactement combien. Toujours est-il que le docteur, venu constater le décès, refuse le permis d’inhumer et fait venir un médecin légiste, qui découvre très vite des traces de poison dans son sang. Un juge suisse ordonne une enquête de voisinage : on apprend que Moumié avait dîné avec Bechtel et la fille. Cet âne de William Bechtel s’était inscrit à l’hôtel sous son vrai nom. Vous parlez d’un agent ! »

Après la publication du témoignage du Général Paul Aussaresses, Marthe Moumié accorde une interview au journaliste Maurice Simo Djom et dit : « …Liliane, c’était une prostituée qui vivait en Suisse et, très souvent, le gouvernement Français l’utilisait pour les renseignements. Est-ce que cette fille a participé au repas fatal ? Je dis non. Ils étaient trois. La fille n’a pas participé au repas. Pendant qu’ils étaient à table, William Bechtel sort, fait un petit tour, revient pour dire à Moumié qu’on veut lui parler au téléphone. C’était faux. Bechtel voulait profiter de son éloignement pour verser la première dose de poison. Moumié avait un sixième sens prononcé, puisqu’il avait échappé à plusieurs attentats. Il n’a pas bu. La causerie a continué, a duré… Moumié était un causeur, ça c’est vrai. Donc comme ils causaient, il n’a pas fait attention, Bechtel a mis la deuxième dose, à l’insu de Moumié. On se demande si Tchaptchet aussi n’a pas vu. Quelques minutes plus tard, il commence à sentir mal au ventre. Il leur demande d’appeler un médecin (…) Liliane là, c’est une fille que De Gaulle utilisait pour les renseignements. C’est vrai, bon, si Moumié a couché avec elle… C’est une fille qui avait pour mission de suivre Moumié (…) Moi, j’ai quitté Conakry le 02 novembre 1960, je suis arrivée à Genève le 03 novembre. Quand j’arrive, je crois trouver un malade. J’ai trouvé quelqu’un qui avait déjà les yeux fermés, il ne parlait plus. J’ai commencé à pleurer. Liliane a pris la fuite, elle a quitté Genève. C’est sûr qu’elle est retournée en France. »

Quelques années après la mort de son mari, Marthe Moumié essaie de refaire sa vie avec un anti-colonialiste de la Guinée Equatoriale, Atanasio Ndong Miyone mais il est, lui aussi, assassiné le 5 mars 1969.

Après la mort de son compagnon, elle est arrêtée, battue et torturée et lorsqu’elle demande aux autorités de la Guinée équatoriale, de la laisser retourner en Guinée Conakry auprès de la tombe de Félix Moumié, elle est plutôt renvoyée au Cameroun où le régime d’Ahmadou Ahidjo l’emprisonne pendant cinq ans.

Libérée en juillet 1974, Marthe Moumié dit ne garder ni haine, ni rancune contre la France.

En 1980, William Bechtel est acquitté par les juges de Genève pour faute de preuves et dix ans après, début 1990, il meurt tranquillement à l’hôpital militaire du Val de Grâce à Paris.

En 2004, Marthe Moumié se rend à l’hôpital de Genève et demande à consulter le dossier de son défunt mari mais le Tribunal de Genève refuse et pire, le dossier est introuvable.

En 2005, pour respecter la promesse faite solennellement à son mari le jour de son décès, Marthe Moumié retourne en Guinée Conakry pour tenter d’obtenir le rapatriement de la dépouille de Félix Moumié au Cameroun mais, au cimetière de Conakry, elle a la désagréable surprise de trouver la tombe de son époux profanée et le corps emporté par des inconnus.

Les mots qu’elle prononce, en pleurs sont : « Où est le cadavre de mon mari ? Où l’ont-ils emporté ? Il faut que la jeunesse africaine voie çà.»

En 2006, Marthe Moumié publie ses mémoires aux Editions Duboiris à Paris, Mémoires préfacés par l’ancien Président Algérien Ahmed Ben Bella, sous le titre : « Victime du colonialisme français. Mon mari Félix Moumié »

Le 9 janvier 2009, âgée de 78 ans, Marthe Moumié est assassinée à son tour, à son domicile d’Ebolowa au Cameroun.

Elle avait une dent cassée et a été violée avant d’être étranglée.

Or, il était prévu que Marthe Moumié se rende à Genève en mai 2009, pour être présente à la remise du Prix Félix Moumié aux lauréats désignés par la Fondation Moumié.

Suivant les écrits du quotidien camerounais « Mutations », Monsieur Eboutou Minla’a Franck né le 7 avril 1990 à Yaoundé serait l’auteur du crime.

Le 11 Janvier 2009, à Tom au Cameroun, à une vingtaine de kilomètres d’Ebolowa, le jeune Eboutou Minla’a Franck, présumé auteur de l’assassinat de Marthe Moumié est arrêté et un extrait de la déclaration du Comité Directeur de l’UPC signé de Jean Arthur Awoumou mentionne : « Eboutou Minla’a Franck est arrêté le 11 Janvier 2009 à Tom, située à une vingtaine de kilomètres d’Ebolowa. De l’aveu de Eboutou Minla’a Franck, il est arrivé chez Marthe Moumié vers 13 heures. Profitant du fait que Marthe Moumié est allé vider sa poubelle, il s’est infiltré dans la maison et s’est caché sous le lit de Marthe Moumié. Croyant Marthe Moumié profondément endormie, à 20 heures Eboutou Minla’a sort de sa cachette. Marthe Moumié se réveille en sursaut et se met à crier. Elle saisit Eboutou Minla’a, il s’en suit une bagarre entre les deux. Il la renverse, l’étrangle pendant dix minutes et la viole. A 5 heures du matin, il se rend dans la chambre de la victime pour s’assurer qu’elle est réellement morte. L’expertise médico-légale d’une équipe de médecins de l’hôpital public régional du Sud à Ebolowa révèle clairement : des lésions ecchymotiques sur la face, des lésions bucco-dentaires, des dents cassées, la tuméfaction de la lèvre supérieure des lésions vaginales et des spermatozoïdes. Marthe MOUMIE a donc été battue, violée, étouffée par son ou ses meurtriers. Elle est morte asphyxiée. Ayant avoué volontairement ses forfaits, les dépositions de l’enquête préliminaire faisant foi, Eboutou Minla’a tombe sous le coup des articles 315 alinéa 3 et 336 alinéa-b du code pénal Kamerunais. Eboutou Minla’a est reconnu coupable de vol aggravé et de viol et condamné à une peine capitale. »
Hélène Moumié, la file du couple Moumié, mariée et vivant en Espagne avec deux enfants arrive au Cameroun le
15 janvier 2009 et craignant pour sa vie, elle se terre à Ebolowa et quand elle sort, elle est toujours accompagnée, soit de son avocat, soit de sa cousine.

Hélène Moumié a demandé au Tribunal de Grande instance de la Mvila, d’effectuer un test d’ADN à partir du sperme du violeur pour savoir si Eboutou Minla’a Franck est le véritable assassin de sa mère.

Le 15 janvier 2009, le présumé assassin de Marthe Moumié, Eboutou Minla’a Franck est trouvé raide au matin dans sa cellule et conduit à l’hôpital régional de la ville, il est réanimé et ramené en prison.

Le 31 janvier 2009, Marthe Moumié est inhumée à Ebom Essawo à une soixantaine de kilomètre d’Ebolowa.

Le 27 juin 1991, par la loi n° 91/022 du 16 décembre 1991 prise par l’Assemblée nationale sous le régime du Président Paul Biya, trois leaders de l’UPC, Um Nyobè, Félix Moumié et Ernest Ouandié sont élevés au rang de héros nationaux.

Considéré comme le « Lumumba camerounais », Félix Moumié mort seulement à trente cinq (35) ans a certes eu une vie courte, mais pour beaucoup, cette vie a été extrêmement riche et concentrée.