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AHMED BEN BELLA DE L’ALGERIE

Un couple pauvre, berbère marocain originaire de Marrakech, Embarek Ben Mahdjoub et Fatma Bent El Hadj s’installent en Algérie et le 25 décembre 1916, dans la ville de Maghnia, à l’ouest de l’Algérie, non loin de la frontière Algéro-marocaine,naît de ce couple, Ahmed Ben Bella.

En 1930, à 14 ans, pour pouvoir se présenter au Certificat d’études réservé aux jeunes de plus de 15 ans, les parents de Ben Bella vieillissent leur fils de deux ans.

A l’école primaire supérieure de Tlemcen, à l’ouest de l’Algérie, lorsque Bénavides, son professeur, traite le prophète Mohamed d’imposteur, Ben Bella s’en prend à lui.

Au cours de ses études secondaires à Tlemcen, Ben Bella découvre la figure noire du colonialisme, et en 1933, à 17 ans, il adhère au Parti du peuple algérien (PPA) fondé par le nationaliste algérien Messali Hadj.

En 1937, Ben Bella est appelé sous les drapeaux français et en France, il s’engage au 141ème Régiment d’Infanterie Alpine (RIA) à Marseille où il atteint le grade de Sergent.

En 1939, le PPA, est dissout par les autorités françaises et 28 sympathisants sont arrêtés mais le Parti continue de fonctionner dans la clandestinité.

Tout en continuant son service militaire, Ben Bella joue au football au poste de demi-centre de 1939 à 1940 à l’Olympique de Marseille et marque un but au cours du match qui oppose son équipe au FC Antibes.

Démobilisé, il est rappelé au sein de l’armée et intègre le 5ème Régiment des tirailleurs marocains de la 2ème division d’infanterie marocaine (DIM) où il atteint le grade de Sergent-chef puis Adjudant.

En 1940, à Marseille, il combat dans la défense antiaérienne et abat un Stukasur le port.

Ben Bella participeà la campagne d’Italie en compagnie d’officiers français de haut grade qui tentent de rejoindre le Général de Gaulle à Londres qui a pris la fuite pour Londres.

En effet, le 17 juin 1940, lorsque la France a été vaincue et envahie par les allemands, le Général Charles de Gaulle, son aide de camp, Geoffroy de Courcel et le Général Sir Edward Spears, agent de liaison personnel du Premier ministre britannique, Winston Churchillauprès du gouvernement français se sont enfuient de la France en prenant un vol à 9 heures de Mérignac pour arriver à Londres vers 14 heures après être passés à New Jersey pour se ravitailler en carburant.

Pour des critiques, la fuite du Général de Gaulle est une « désertion face à l’ennemi en temps de guerre » qui a entraîné la fusillade de nombreux soldats.

Deux frères de Ben Bella sonttués, l’un en 1914, l’autre en 1940 et plusieurs de ses cousins perdent la vie dans leur engagement pour la France.

En 1944, Ben Bella participe à la bataille du Monte Cassino d’Italie, à Montano, à la Silva et à Santa Corseau sein du corps expéditionnaire français sous, le commandement du Maréchal Juin que Ben Bella qualifie de grand stratège.

Le commandement Maréchal Juin a sous ses ordres, des soldats nord-africains venant principalement de la Tunisie, le Maroc et l’Algérie dont Ben Bella âgé à peine de 26 ans.

Placés en premières lignes face à l’ennemi, ils parviennent à mettre hors d’Italie les troupes d’Adolphe Hitler.

Au cours des combats, sur le Mont Belvedère, les paras allemands et marocains se massacrent et des pertes considérables sont constatées dans le 3ème Régiment de tirailleurs tunisiens qui, avant d’être fauchés par les mitrailleuses des allemands, selon les survivants,hurlent : « Ma Capitaine ! » ; « Ma Capitaine ! ».

Au sein de ce Régiment, il est dénombré 15 officiers et 264 soldats tués ; 800 soldats et 6 officiers blessés et 400 personnes disparues.

Ben Bella compté parmi les survivants de ce massacre, sauve la vie de son Capitaine, Offel de Villaucourt blessé et transporté par Ben Bella sur son dos sur un chemin montagneux de 500 mètres difficile à escalader.

Ainsi, pour expliquer la raison de la défaite de l’Allemagne, le Commandant de la division allemande écrit à Adolphe Hitler dans son rapport : « On a affronté des soldats qui grimpent des montagnes comme des
mulets ».

Ben Bella est décoré quatre fois dont celle décernée par le Général de Gaulle.

En effet, en juin 1944, le Général de Gaulle décore en personne Ben Bella de la Médaille militaire et ce dernier relate l’événement le 26 octobre 1995 dans le journal « Le Monde » : « La première fois que nous nous sommes rencontrés, c’était en avril 1944, en Italie, au nord du Monte Cassino. Il avait insisté, contre l’avis des Alliés, pour que le corps expéditionnaire Français participe à cette campagne. La plupart des troupes venaient d’Afrique du Nord. J’appartenais à une unité d’élite, le 5èmerégiment de tirailleurs marocains (RTM), basé à El Malah. Cet hiver-là, le froid fut terrible. Nous progressions dans les montagnes, pied à pied, repoussant l’ennemi à la baïonnette, à la grenade, à l’arme automatique, parfois à coups de poignard… De Gaulle nous a gratifiés d’une visite spéciale. Il allait, disait-on, décorer cinq ou six officiers. Moi, le sous-off, je ne me sentais pas concerné. Juste avant la cérémonie, le colonel me fait chercher : « Comment, vous n’êtes pas prêt ? Dépêchez-vous donc, on vous attend ! » De Gaulle, ce jour-là, m’a remis la médaille militaire pour faits de guerre exceptionnels. »

En 1945, il participe à la campagne d’Allemagne au sein de la première Armée du général de Lattre de Tassigny.

Libéré définitivement, Ben Bella rentre en Algérie en 1945 et est témoin du « Massacre de Sétif » qui le bouleverse et le pousse à combattre pour l’indépendance de son pays.

Le 8 mai 1945 donc, après la victoire des alliés sur l’Allemagne, les mouvements nationalistes organisent une manifestation pacifique en Algérie pour demander aux colons français de leur accorder plus de droits compte tenu du fait que des milliers d’algériens ont participé à la deuxième guerre mondiale et ont aidé la France à se libérer des troupes allemandes.

Ainsi, dans la ville de Sétif, à 300 kilomètres d’Alger, un cortège se dirige vers le quartier européen avec des pancartes où sont mentionnées des revendications, notamment : « Nous voulons être vos égaux ! » ; « Libérez Messali ! » ; « Vive l’Algérie libre et indépendante ! » ; « A bas le colonialisme ! »…

Messali Hadj, le Chef du PPA, avait été arrêté le 23 avril 1945 et déporté à Bakouma au Congo-Brazzaville.

A la tête du cortège, le Chef de scout musulman, Aïssa Cheraga tient un drapeau algérien, pourtant interdit à cette époque et devant le « Café de France », un Commissaire de Police, Olivieri, tente d’arracher le drapeau à Aïssa Cheraga.

Les manifestants s’opposent et un jeune algérien de 26 ans, Bouzid Saâd, s’empare du drapeau. Un policier blanc tire et abat le jeuneBouzid Saâd.

Les autres policiers tirent en désordre sur les manifestants et la foule se déchaîne, s’en prend aux européens du quartier, en particulier les français.

La Police tue une trentaine de manifestants et en blesse 48.

La contestation embrase le pays, notamment dans les régions de Gulma et Kherrata et à la fin des confrontations, plus de 102 européens sont tués.

La répression de l’armée coloniale est terrible avec le bombardement des quartiers habités en majorité par les algériens, plus particulièrement par les musulmans.

L’armée distribue des armes aux européens et créé des milices pour poursuivre le massacre.

Les sources officielles françaises dénombrent 1 500 morts mais les mouvements nationalistes algériens déclarent plus de 45 000 morts à fin mai 1945 ; Tuerie baptiséele « Massacre de Sétif ».

En remplacement du PPA interdit, Messali Hadj créé, en 1946, le « Mouvement pour le triomphe des libertés démocratique » (MTLD) avec dans le Comité central, Sid-Ali Abdelhamid, Hocine Aït Ahmed, Saïd Amrani, Mohamed Assami, Benyoucef Benkhedda, Mohamed Belouizad, M’hammed Ben M’hel, Ouali Bennaï et bien d’autres.

Au début de l’année 1947, sur une liste d’union indépendante, Ben Bella est élu conseiller municipal de Maghnia et, sollicité par Messali Hadj, il intègre ce Parti qui met en place, une branche militaire armée nommée « Organisation
spéciale » (OS).

A son Congrès tenu du 15 au 16 février 1947, chaque leader du MTLD reçoit ses attributions, Chef d’Etat-major : Mohamed Belouizad ; Chef d’Etat-major adjoint : Hocine Aït Ahmed ; Responsable du département d’Oran : Ahmed Ben Bella ; Responsable du département d’Alger II : Abdelkader Belhadj Djilali ; Responsable du département d’Alger I : Djilali Reguini ; Responsable du département de la Kabylie : Hocine Aït Ahmed ; Responsable du département de Constantine : Mohammed Boudiaf.

Sans ressources financières pour faire fonctionner le mouvement d’Oran, deuxième plus grande ville d’Algérie, Ben Bella et Hocine Aït Ahmed cherchent à braquer la Poste d’Oran et, effectivement, dans la nuit du 4 au 5 avril 1949, Ben Bella et Hocine Aït Ahmed braquent la Poste et emportent environ trois millions de francs.

Plus tard, Ben Bella explique la préparation du braquage et son déroulement : « C’est au cours d’une réunion de l’état-major de l’OS, à Alger, que Madjid nous a fait connaître l’intention du Parti d’attaquer la poste d’Oran, pour se procurer de l’argent… Il m’a chargé de trouver sur place, à Oran, un local où nous pourrions en toute quiétude mettre sur pied le plan de réalisation d’une telle opération… A plusieurs reprises, je vous ai parlé de l’attaque à main armée perpétrée contre la poste d’Oran. Je viens de vous dire qu’il s’agissait d’une manifestation de l’OS, que ce coup de force avait été tenté pour satisfaire aux exigences des trublions politiques du MTLD. Je vais donc par le détail vous dire tout ce que je sais sur cet attentat (…) Pour ma part, je devais rejoindre Alger deux ou trois jours avant la date et revenir à Oran par le train de jour qui arrive à quinze heures. Madjid, lui, devait rentrer à Alger la veille, en prenant le train qui part d’Oran à vingt-deux heures environ. Ces consignes ont été scrupuleusement respectées et le 5 avril vers 13h, je suis arrivé à Oran… C’est par le journal du soir Oran-Soir que j’ai connu le montant du vol et appris certains autres détails.

Je devais reprendre le train du soir pour rendre compte de ma mission à Madjid… Dès le matin, j’étais rentré à Alger par le train de la veille, au soir, j’ai pris contact avec Madjid

auquel j’ai rendu compte de ma mission. Là, se terminait mon rôle. Par la suite, j’ai appris par Madjid lui-même que l’argent avait été transporté chez Boutlelis où le député Khider devait en prendre livraison… Le produit du vol a été entièrement versé au MTLD par Khider. »

Un an après le braquage, le 12 mai 1950, Ben Bella est arrêté et condamné à 8 ans de prison.

Plus de 500 membres de l’OS sont arrêtés de mars à mai 1950, l’organisation est démantelée et son armement saisi.

Ben Bella purge sa peine à la prison de Blida mais deux années après son incarcération, en 1952, il s’évade et réussit à sortir du pays pour atteindre l’Egypte en passant par Marseille, Paris et la Suisse.

Certains de ses détracteurs qui mettent ses origines marocaines en avant, le qualifient de traître à la solde des français.

Ils l’accusent d’avoir vendu et livré l’OS à l’armée française et ne croient pas à son évasion de la prison de Blida car pour eux, il s’agirait d’un arrangement entre les français et Ben Bella pour que ce dernier intègre les mouvements nationalistes pour les briser.

Ben Bella demeure au Caire et réorganise l’OS avec l’aide du Président égyptien, Gamal Abdel Nasser Hussein.

En Algérie, le MTLD est tiraillé par des querelles incessantes de personnes et en avril 1953 lors du second congrès du MTLD, deux courants voient le jour, celui appelé les « Centralistes » issus du Comité central qui souhaitent la tenue d’un Congrès national algérien pour se prononcer sur les nouvelles orientations du mouvement et l’autre, appelé les « Messalistes », proche du leader Messali Hadj, en résidence surveillée à Niort, et qui craignent que le Comité central se lance dans une voie réformisme.

Le 23 mars 1954, exaspérés par ces querelles, quatre jeunes algériens se réunissent dans une école coranique, Mostefa Ben Boulaïd, Mohamed Boudiaf, Mohamed Dekhli et Ramdhane Bouchbouba alias Ould Amri et créent le « Comité Révolutionnaire d’Unité et d’Action » (CRUA).

Le CRUA s’assigne deux missions fondamentales,réunifier le MTLD et trouver les moyens logistiques pour engager la lutte armée contre les colons.

Informé de l’existence du CRUA, Messali Hadj accuse les « Centralistes », spécialement Hocine Lahouel, membre influent du Comité central, d’être le parrain de ce nouveau mouvement.

La division du MTLD est consommée lorsque chaque tendance, « Centralistes » et « Messalistes » organise séparément leur Congrès.

Mostefa Ben Boulaïd et Mohamed Boudiaf, des anciens de l’OS jugent le Congrès des « Centralistes » inutile et Mohamed Dekhli et Ramdhane Bouchbouba alias Ould Amri, proches des politiques « Centralistes » se positionnent derrière les « Centralistes ».

Le CRUA qui ambitionne d’unifier le MTLD se retrouve également divisé.

Le 21 juillet 1954, la conférence de Genève met fin à la guerre d’Indochine et les vietnamiens gagnent leur indépendance. En apprenant cette nouvelle, les jeunes du CRUA, issus de l’OS sont convaincus de pouvoir faire autant pour arracher leur indépendance à la France.

Le 25 juin 1954 donc, pour discuter de la lutte armée, Mostefa Ben Boulaïd et Mohamed Boudiaf font appel à 20 jeunes algériens militants de l’OS, Mokhtar Badji, Mohamed Belouizdad, Benabdelmalek Ramdane, Benaouda Amar, Mohamed Larbi Benm’hidi, Bentobbal Lakhdar, Bitat Rabah, Bouadjadj Zoubir, Bouali Said, Bouchaib Ahmed, Boussouf Abdelhafid, Derriche Elias, Didouche Mourad, Habbachi Abdesslam, Lamoudi Abdelkader, Mechati Mohamed, Slimane Mellah (dit Rachid), Merzougui Mohamed, Souidani Boudjema et Zighoud Youcef ; Groupe baptisé le « GROUPE DES 22 ».

Le « GROUPE DES 22 » se réunit à Clos Salembier, au domicile de Derriche Elias, pour s’accorder sur la date du lancement de la guerre contre la France.

Le 1er juillet 1954, à Alger, le courant des Centralistes tient une Conférence des cadres et met en place le « Conseil National de la Révolution Algérienne» (CNRA) composé de cinq membres appelé le « GROUPE DES 5 », Moustapha Ben Boulaid, Mourad Didouche, Rabah Bitat, Larbi Ben Mhidi et Mohamed Boudiaf.

De facto, le CNRA remplace le CRUA.

Messali Hadj de son côté, organise les 13 et 15 juillet 1954 à Hornu, en Belgique, un Congrès de rupture avec les « Centralistes » et dissout le Comité central du MTLD.

Il exclut les responsables du Comité central du Parti.

Livrés à eux-mêmes désormais, le courant des « Centralistes » se tourne vers des alliés et contacte la Fédération du MTLD de Kabylie.

Fin août 1954, l’accord est conclu, Amar Ouamrame et Krim Belkacem de la Fédération du MTLDde Kabylie rejoignent le « GROUPE DES 22 ».

Krim Belkacem devient le sixième membre du CNRA, le Comité se renomme le « GROUPE DES 6 ».

Le MTLD de l’extérieur représenté par Ben Bella, Mohamed Khider et Hocine Aït Ahmed exilés au Caire en Egypte propose de se joindre au CNRA.

Le « GROUPE DES 6 » est rebaptisé le « GROUPE DES 9 » avec l’adhésion
des exilés.

En définitif, le « GROUPE DES 9 » comprend :Mostefa Ben Boulaïd, Mourad Didouche, Krim Belkacem, Rabah Bitat, Larbi Ben Mhidi, Mohamed Boudiaf,Mohamed Khider, Hocine Aït Ahmed et Ben Bella.

Le CNRA créé une branche militaire en 1954 dénommée « Armée de libération nationale »(ALN).

Après plusieurs réunions du « GROUPE DES 9 » une dernière rencontre est organisée le 23 octobre 1954 au « 24, rue Comte-Guillot », appelée aujourd’hui « Avenue Bachir Bedidi », au domicile de Mourad Boukhechoura.

Lors de ce rassemblement clandestin, les missions de chaque membre sont précisées :Moustapha Ben Boulaïd devient le Chef de la zone 1 (Aurès) ; Mourad Didouche, Chef de la zone 2 (Constantinois) – Krim Belkacem, Chef de la zone 3 (Kabylie) ; Rabah Bitat, Chef de la zone 4 (Algérois) ; Larbi Ben Mhidi, Chef de la zone 5 (Oranie) et Mohamed Boudiaf, Coordinateur national.

Pour la cause du CNRA, Ben Bella voyage beaucoup et, par sa vigilance, il évite des attentats, telle la bombe déposée dans son bureau du Caire par les services secrets français et la tentative d’assassinat dans le hall d’un hôtel.

Le 25 octobre 1954, le Coordonateur national, Mohamed Boudiaf quitte l’Algérie pour l’Egypte avec les documents de la réunion du 23 octobre 1954.

Mohamed Boudiaf est reçu en Egypte par Ben Bella, Mohamed Khider et Hocine Aït Ahmed.

Dans la nuit du 31 octobre 1954 au 1er novembre 1954, en Algérie, le « GROUPE DES 9 » lit se message : « PEUPLE ALGERIEN, MILITANTS DE LA CAUSE NATIONALE (…) Notre désir aussi est de vous éviter la confusion que pourraient entretenir l’impérialisme et ses agents administratifs et autres politicailleurs véreux. Nous considérons avant tout qu’après des décades de lutte, le mouvement national a atteint sa phase de réalisation….»
(Le discours en fin de page).

La création du FLN est ainsi proclamée ce1er novembre 1954 et il est annoncé également le déclenchement de la lutte armée contre les troupes françaises.

Le 1er novembre étant une fête chrétienne, « la Toussaint », la vague des d’attentats contre la population française et ses intérêts est baptiséeen Algérie la « Toussaint rouge ».

Le 18 janvier 1955, Mourad Didouche, un membre du « GROUPE DES 9 »âgé de 28 ans est tué dans les combats de Douar Souaddek non loin de Constantine.

Les attaques répétées du FLN, poussent les autorités françaises à nommer comme Gouverneur général d’Algérie, le 26 janvier 1955, Jacques Soustelle, homme politique français opposé à l’indépendance de l’Algérie.

Pour châtier les combattants du FLN, Jacques Soustelle proclame, le 31 mars 1955, l’état d’urgence et instaure la censure dans les régions d’Aurès et de la Grande Kabylie.

Lors de la Conférence du Tiers-monde du 18 au 24 avril 1955 à Bondoeng
(ou Bandung), en Indonésie, les participants à la Conférence font part de leur solidarité à l’Algérie et aux membres du FLN présents.

Les attaques qui se font sous forme de guérilla, se multiplient et le 13 mai 1955, l’armée française porte son effectif à 100 000 hommes.

Le 20 août 1955, un soulèvement de musulmans de Philippevillois, en Algérie, est écrasé par l’armée française et plus de 100 personnes sont tuées. Dix jours après, le 30 août 1955, les autorités françaises proclament l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire algérien.

La 10ème Session de l’Assemblée générale de l’ONU du 11 septembre 1955 évoque la guerre d’Algérie.

En novembre 1955, Mostefa Ben Boulaid, un membre du « GROUPE DES 9 » s’évade de la prison centrale de Constantine.

Une manifestation violente est réprimée le 20 janvier 1956 à Tlemcen et environ deux semaines après, le 2 février 1956, Jacques Soustelle, est remplacé par Robert Lacoste.

Lorsque le Général de Gaulle visite l’Algérie, le 6 février 1956, il est conspué et Guy Mollet, Président du Conseil, qui l’accompagne dit : « La France doit rester en Algérie et elle y restera. »

Mostefa Ben Boulaid qui s’était évadé de la prison de Constantine est tué le 22 mars 1956, suite à l’explosion d’un poste radio piégé et parachuté par l’armée française sur le nationaliste.

En petite Kabynie en Algérie, le 20 août 1956, dans les villages d’Ighbane et d’Ifri, se tient un Congrès du FLN, leCongrès de la Soummam pour déterminer les objectifs de la guerre, les conditions de cessez-le-feu et la désignation du FLN comme seul interlocuteur de l’Algérie.

En septembre de la même année, l’effectif des soldats français en Algérie passe de 100 000 hommes à 600.000.

Tout en combattant, la France engage des négociations avec le FLN et Ben Bella raconte la situation qui prévalait à cette époque : «… J’étais à la tête du FLN quand le gouvernement de Guy Mollet – après avoir compris que la France ne pourrait se maintenir en Algérie – a contacté Gamal Abdel Nasser pour qu’il nous demande si nous étions prêts à discuter avec eux. C’est ce que j’avais toujours prévu ; qu’un jour, il allait falloir s’asseoir autour d’une table et définir la meilleure façon pour l’Algérie de devenir totalement indépendante. C’était le but que nous recherchions : redevenir libres, ne plus vivre sous la férule d’un système oppressif. J’ai dit oui, que j’étais prêt à négocier, à condition que ce soit eux, les Français, qui en fassent la demande. C’était important, car c’est toujours celui qui est le plus faible qui demande à négocier. J’ai exigé que les négociations se déroulent en Egypte. Les négociations ont duré six mois. Nous sommes arrivés à une solution. Avec ce bout de papier en poche, en septembre 1956, je suis allé informer Mohammed V, le roi du Maroc. Il s’était impliqué dans cette lutte, il nous avait aidés, y compris militairement. Puis, alors que nous nous rendions en Tunisie, où nous voulions également informer les
autorités, notre avion a été pris en chasse par l’aviation française.

C’était le premier détournement d’avion de l’histoire. Il y avait, dans cet avion, les deux tiers des dirigeants de la révolution algérienne. Ils voulaient nous liquider tout de suite. C’est un miracle si nous avons échappé à la mort. Tout ceci pour vous dire ce que je pense des socialistes : c’était Guy Mollet qui, à peine avait-il signé un engagement, le trahissait… »

Le 22 octobre 1956, cinq membres du FLN, Mohamed Boudiaf, Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf, Hocine Hocine Aït Ahmed et Ben Bella se trouvent à rabat au Maroc pour échanger avec le roi Mohammed V et son fils, le prince Hassan.

Au moment de partir pour la conférence de Tunis, sur invitation du Président tunisien, Habib Bourguiba, le Roi change le programme de départ à l’aéroport du Maroc. Les leaders du FLN s’entendent dire qu’ils ne pourront plus prendre le même vol que le Roi du Maroc, Mohammed V parce que ce dernier prendra un vol qui doit survoler l’Algérie et cela est risqué pour les indépendantistes.

Un avion DC3 de la compagnie Air Atlas est mis à la disposition de Ben Bella et ses compagnons avec à bord, un malade pour Tunis.

Or, les indépendantistes ignorent que Guy Molletavait tout arrangé pour détourner leur avion vers l’Algérie avec de belles hôtesses mises à bord de l’avion pour les distraire tout le long du voyage.

Avant la tombée de la nuit, le DC3 se pose sur le tarmac de l’aéroport d’Alger, en Algérie et les leaders du FLN qui croient être arrivés à destination, c’est-à-dire à Tunis descendent de l’avion.

En sortant de l’avion, ils voient le dispositif militaire mis en place autour de l’avion et réalisent qu’ils viennent de se faire piéger. Menottés, ils sont arrêtés et conduits en prison.

Transférés en France, ils passent sept ans à la prison de la Santé sur l’île d’Aix, ensuite au château de Turquant.

En représailles, une dizaine de français sont tués à Meknès au Maroc.

Après ce premier détournement d’avion civil de transport de voyageurs dans le monde, Ben Bella, des années après, relate les faits dans une interview : « …Excuse-moi, mais l’affaire avait été planifiée, car l’avion était marocain et le pilote était français. L’équipage était entièrement français. Dans l’affaire du détournement de l’avion, je le dis sans hésitation, ils nous ont vendus (…) Il était prévu que nous prenions le même avion que le roi Mohammed V et que celui-ci ne survole pas l’Algérie, mais la mer, sans rentrer dans l’espace aérien. Mais la veille du voyage, nous avons été informés que le roi serait accompagné de son épouse, ce qui signifiait que nous ne voyagerons pas à bord du même avion. Je ne vous cacherai pas que j’avais un pressentiment et mes pressentiments ne m’ont jamais trahi ».

Le 5 novembre 1954, le gouvernement fait convoyer des renforts militaires en Algérie et le 24 novembre 1954, le ministre de l’Intérieur du gouvernement français de l’époque, François Mitterrand, soutient le recours à la force pour mâter les indépendantistes algériens.

De janvier à février 1957, les attentats à la bombe se multiplient et il est dénombré plus de 30 morts et 100 blessés.

Dans la nuit du 4 au 5 mars 1957, pendant la bataille d’Alger, un autre membre du
« GROUPE DES 9 », Larbi Ben M’hidi est arrêté par l’armée française et torturé, il est, sur recommandation du Général Paul Aussaresses, exécuté sans jugement.

Dans les colonnes du journal, LeMonde, du 22 novembre 2000, le Général Paul Aussaresses avoue le crime en disant: « …En mars 1957, à Alger, j’ai (Aussaresses) pendu Larbi Ben M’Hidi, considéré en Algérie comme une figure semblable à Jean Moulin, et fait précipiter dans le vide Ali Boumendjel, un avocat engagé auprès du FLN. La thèse officielle donnée par l’armée française était – et reste toujours – que ces deux hommes se sont suicidés… »

Le scandale en France est tel que sur ordre du Président Jacques Chirac, le Général Aussaresses est déchu de sa Légion d’honneur.

Poursuivi par la justice française pour apologie de la torture, les trois filles du Général Aussaresses le renient et son épouse, Odile Charton ne quitte pas son lit et meurt de chagrin quelques mois après.

Le Général Aussaresses est victime de trois attentats avec deux colis piégés et,à la place Bastille,une balle qui lui est destiné atteint son ami qui lui fait office de garde du corps.

Le Général Aussaresses, se disant héros français, trouve les attaques à son encontre injustes et sort aux Editions Rocher en 2008, un ouvrage sous le titre « Je n’ai pas tout dit » et fait des révélations sur des nationalistes africains dont le camerounais Félix Moumié.

Sur l’Algérie, Paul Aussaresses dit qu’il connaît la vérité sur le sort de Maurice Audin, ce jeune mathématicien « disparu » en 1957 à Alger, après avoir été arrêté par les parachutistes français. Il révèle au passage qu’il a demandé au général Massu (avant la mort de ce dernier, en octobre 2002) de le délivrer du pacte de silence qu’ils ont conclu, 50 ans plus tôt, sur l’affaire Audin. Mais Massu a refusé. Paul Aussaresses, à regret, s’est incliné.

En Algérie, le 28 mai 1957, des membres de l’ALN jugent que la population du Douar de Melouza située aux frontières méridionales de la Kabylie, dans les villages de Mechta-Kasbah et Béni Ilmane est proche du MNA, une unité de l’ALN commandée par le capitaine Arab.

Lorsque des combattants de l’ALN font une boucherie en tuant plus de 300 jeunes hommes de cette localité parce que ces jeunes refusent de se rallier à eux, ils salissent gravement,sur la scène internationale, l’image du FLN et le Président français René Coty dit : « Je m’adresse à tous les peuples civilisés et je leur demande s’ils n’estiment pas le moment venu de signifier qu’ils refuseront toute audience aux fauteurs et aux agents de ce hideux terrorisme qui foule au pied toutes les lois au mépris de la conscience universelle».

Le 7 février 1958, les combattants du FLN abattent un avion de chasse à partir de Sakh et le lendemain, le groupement aérien de Constantine bombarde Sakhiet-Sidi-Youssef et tue plus de 70 personnes dont 21 enfants qui se trouvaient dans une école.

Surpris par la ténacité des algériens, le Général de Gaulle reconnaît, le 6 septembre 1959, le droit des algériens à l’autodétermination.

Or, dans sa tournée des commissariats en Algérie du 27 au 31 août 1959, le Général de Gaulle avait dit : « Moi vivant, jamais le drapeau du FLN ne flottera sur l’Algérie. »

Le 18 août 1962, en France, des pourparlers entre français et indépendantistes algériens débutent et les français sont représentés par Louis Joxe, R. Buron et J. de Broglie quand l’Algérie prend comme représentants, Belkacm Krim, L. Ben Tobbal, S. Dahleb et M. Yazid.

Les deux parties concluent des Accords appelés « Accords d’Evian ».

Par ces Accords, la France approuve l’indépendance de l’Algérie, reconnaît l’intégrité du territoire algérien y compris le Sahara, l’évacuation progressive de ses troupes et le maintien pendant trois ans du taux de l’aide accordée
à l’Algérie en 1961.

De son côté l’Algérie, signe une déclaration pour maintenir la coopération Franco-algérienne et respecter les Accords conclus dans le domaine du pétrole.

Le 8 avril 1962, la France organise un référendum pour faire accepter les « Accords d’Evian » au peuple français.

Le 5 juillet 1962, l’indépendance de l’Algérie est proclamée.

Après la conclusion des « Accords d’Evian », Ben Bella, libéré le 19 mars 1962, est nommé Vice-président du Gouvernement provisoire de la République algérienne mais il démissionne pour constituer un bureau politique en charge de prendre en main les destinées du nouvel Etat indépendant.

Le 10 septembre 1962, Ben Bella arrive en Algérie, dans les blindés de son compagnon, le Colonel Houari Boumedine et l’ALN prend le contrôle du pays.

Ben Bella devient le Président du Conseil des ministres en 1962 et forme, le 27 septembre 1962, le premier gouvernement de l’Algérie.

Au pouvoir, Ben Bella demeure égal à lui-mêmeet rejette le marxisme et le communisme. Il choisit une idéologie particulière, un mélange de Panarabisme du Président égyptien Gamal Abdel Nasseret le Castrisme du Président cubain Fidel Castro qui donne son propre système, le Socialisme algérien. Il s’autogère par de grands programmes de réforme agraire et nationalise les moyens de production.

En 1963, lorsqu’il dote son pays de sa première Constitution et accorde la primauté au FLN sur l’Assemblée constituante, le Président de l’Assemblée constituante, Ferhat Abbas démissionne. Ben Bella place ses hommes et nomme le Colonel Houari Boumedine Vice-président du Conseil.

Ben Bella fait entrer l’Algérie à l’ONU mais en matière de politique intérieure, la situation n’est pas réjouissante avec le départ des français et la ruée des paysans dans les villes.

De ce fait, la production agricole baisse et en ville, il y a environ 2.500.000 de chômeurs.

Le 20 octobre 1962, après un séjour aux Etats-Unis d’Amérique, Ben Bella est reçu à Cuba, par Fidel Castro et Ernesto Guevara dit le Ché. Il entretient de relations amicales avec le Ché et dit l’apprécier, pour sa simplicité et son engagement révolutionnaire.

Ben Bella dit se sentir bien en compagnie du Ché.

Le 18 décembre 1964, le Ché effectue une visite en Algérie.

Mohamed Khider, un membre du « GROUPE DES 9 »qui s’oppose au Président Ben Bella est assassiné en Espagne le 4 janvier 1967 et Krim Belkacem, un autre membre du « GROUPE DES 9 » est retrouvéétranglé avec sa cravate, le
18 octobre 1970, dans une chambre d’hôtel de Franckfort, en Allemagne.

Les 22 et 27 février 1965, le Ché effectue un second voyage en Algérie pour prendre part au séminaire économique de solidarité afro-asiatique organisé pour le combat des Non-alignés dans lequel Ben Bella s’est engagé.

Les « Non-alignés » veulent inventer autre chose que le système mondial et Ben Bella explique cette démarche : « Très vite, j’ai pris conscience que nous étions confrontés à un problème plus large que la libération du pays : le système mondial. Lorsque j’étais Président de la République algérienne, je me suis immédiatement rendu compte que nous avions récupéré un hymne, un drapeau. Rien d’autre. Tout ce qui concernait le développement du pays était bloqué. Le système capitaliste fixait les prix. A Chicago, le prix du blé, à Londres le prix du café, etc. Le système déterminait et détermine toujours les prix. Je n’étais pas le seul à tenter d’agir contre ce système qui nous corsetait, nous étranglait. Notre cause était la même que celle de l’Indien Nehru, de l’Egyptien Nasser, du Brésilien Goulart, de l’Indonésien Sukarno. Nous avions libéré nos pays du colonialisme, mais nous restions pieds et poings liés par le système. Notre idée commune visait à construire un autre projet : après la libération de nos territoires et face au système mondial, nous étions tous d’accord pour inventer quelque chose de neuf au sein du mouvement des non-alignés. Ce système mondial ne date pas d’hier. On pourrait le dater de 1492. Pour nous, Arabes, cette date est essentielle. C’est l’année où Grenade a été prise par Isabelle la Catholique. On peut penser ce qu’on veut de la présence des Arabes en Espagne durant huit siècles. Certes, ils n’étaient pas chez eux, mais pendant cette période les hommes se sont acceptés, les religions ont cohabité. Puis vint l’Inquisition et la mise en place, déjà,  d’un nouvel ordre. Ne croyez pas que je m’égare. Il faut toujours revenir à l’histoire. Après les indépendances, nous avons décidé, avec Nasser et d’autres compagnons, d’organiser un congrès à Alger en 1965, le Congrès afro-asiatique. Que recherchions-nous ? Créer un autre système mondial, face aux systèmes capitaliste et soviétique. Nous étions soixante chefs d’Etat et dirigeants politiques qui voulions négocier avec l’Occident. Nous préconisions le dialogue, celui que l’on appelle aujourd’hui  » Nord-Sud « . Ce dialogue, en ce début de XXIe siècle, n’existe toujours pas. »

Ben Bella poursuit la lutte contre l’impérialisme et pendant son règne, il fait de l’Algérie, la terre d’accueil des indépendantistes du monde qu’il n’hésite pas à aider, Nelson Mandela pour l’Afrique du Sud ; Eduardo Mondlane et Samora Machel pour le Mozambique ; Ernest Ouandié et Félix-Roland Moumié pour le Cameroun ; Amilcar Cabral pour la Guinée Bissau…

Pour l’Afrique du Sud, Nelson Mandela a même suivi une formation militaire
en Algérie.

Ainsi, le responsable des relations extérieures de l’ANC, Johnny Makatini raconte qu’en 1960, Nelson Mandela était en Algérie pour une formation militaire bien avant le déclenchement de la lutte armée contre le régime d’apartheid.

Nelson Mandela et le représentant permanent de l’ANC en Algérie, Robert Reisha ont été reçus par le Commandant Kaïd Ahmed qui se trouvait sous les ordres du chef d’Etat-major algérien Boumediene.Cette rencontre s’était faite dans le plus grand des secrets puisque le Boss (Bureau of State Security) du régime d’apartheid de l’Afrique du Sud suivait à la trace tous les membres de l’ANC qualifiés de terroristes et de criminels.

Pour ce faire, les identités de Mandela et Reisha avaient été dissimulées et les autorités algériennes ont intégré leurs noms à ceux de la délégation de la Conférence des organisations nationales des colonies portugaises en mission
chez l’ALN.

Nelson Mandela et Robert Reisha ont été confiés à Chérif Belkacem et ils se sont rendus en zone opérationnelle aux frontières algéro-marocaines pour voir les tirs d’artillerie des français sur les indépendantistes algériens.

Les visiteurs se sont ensuite rendus au camp d’instruction de Zghenghen dans le Rif selon le site web www.legrandsoir.info.

Ben Bella justifie son hospitalité légendaire et dit à la journaliste suisse, Silvia Cattori en 2006 : « …Tout de suite après l’indépendance, je me suis associé à tous ceux qui, dans le monde, se battaient eux aussi pour libérer leur pays. Il y a donc eu cette phase de la lutte de libération nationale à laquelle j’ai participé de façon totale. En Tunisie, au Maroc, au Vietnam, l’Algérie était devenue un peu la mère des luttes de libération ; les soutenir était donc pour nous une tâche sacrée. Quand quelqu’un venait nous demander de l’aide, c’était sacré. On ne réfléchissait même pas. On les aidait, alors même que nous n’avions que peu de moyens ; on leur offrait des armes, un peu d’argent et, le cas échéant, des hommes… » (Lire l’intégralité de l’interview en fin de page).

L’Algérie a été baptiséela « La Mecque des mouvements de libération » et Amilcar Cabral de la Guinée Bissau disait : « Les chrétiens vont au Vatican, les musulmans à la Mecque et les révolutionnaires à Alger.»

Ben Bella dérange le plan des Occidentaux et, seulement deux ans après son accession au pouvoir, il est victime d’un coup d’Etat dans la nuit du 18 au 19 juin 1965.

Le coup est commandité par son compagnon et ministre de la Défense de 33 ans, le Colonel Houari Boumedine soutenu dans son œuvre par le ministre de la Jeunesse, Abdelaziz Bouteflika, actuel Président de l’Algérie.

Arrêté, Ben Bella est gardé au secret pendant 8 mois et, transféré au château Holden, dans le Mitidja. Il reste prisonnier pendant 12 ans sous la surveillance des caméras et des micros de sécurité militaire.

Le nouveau président fait interdire les visites à Ben Bella mais quelques années après, il autorise à la mère de Ben Bella, presque centenaire à lui rendre visite.

La mère supporte les humiliations des attentes pour le voir quelques instants.

Détenu dans une résidence d’Etat à Bouira, au sud-ouest d’Alger, une journaliste, Zohra Sellami, hostile à Ben Bella au départ finit par tomber amoureuse de luiet reçoit, par l’intermédiaire d’un militaire de la Sécurité militaire, une demande en mariage du détenu Ahmed Ben Bella qu’elle accepte, sachant qu’elle liera sa vie avec celle d’un condamné à perpétuité.

Zohra Ben Bella sacrifie sa famille et son activité professionnnelle pour Ben Bella et ils se marient.

Zohra Sellami est une algérienne originaire de M’sila et est journaliste à l’hebdo « Révolution africaine », organe central du Front de libération nationale (FLN).Zohra Sellami s’est spécialisée dans les mouvements révolutionnaires africains, en particulier, le Frelimo du Mozambique où elle s’est rendue à plusieurs reprises et le PAIGC d’Amilcar Cabral de la Guinée Bissau et du Cap-Vert.

Zohra Sellami et Ben Bella adoptent trois enfants, deux filles et un garçon handicapé.

Lorsque le Président Houari Boumedine qui qualifiait son coup d’Etat de « Redressement révolutionnaire » meurt en 1978, Ben Bella et sa famille sont transférés en 1979, dans une résidence surveillée dans le sud de l’Algérie, à M’sila.

Le 30 octobre 1980, le nouveau Président de l’Algérie, Chadli Bendjedid le libère et lui accorde une pension annuelle de 12 000 dinars et une villa à Alger à Alger-Bologhine mais Ben Bella préfère s’exiler.

En septembre 1990, Ben Bella met fin à son exil et rentre en Algérie.

Le 29 juin 1992, un membre du « GROUPE DES 9 » Mohamed Boudiaf est assassiné en Algérie pendant une Conférence des Cadres à Annaba, une ville située à 152 km au nord-est de Constantin et quatrième ville d’Algérie.

Rabah Bitat, membre du « Groupe des 9 » meurt le 10 avril 2000 à Paris.

La guerre de l’Algérie a fait plus de 600.000 morts.

En 2007, Ben Bella est nommé Président du groupe des Sages de l’Union africaine et il dit : « Je suis le président de cette commission des Sages, même si je n’ai pas été sage toute ma vie. »

En 2009, Ben Bella devient membre du Comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine.

Le 24 mars 2010, à 67 ans, l’épouse de Ben Bella, décède et deux années après, le
11 avril 2012, Ben Bella décède aussi.

Le Président de l’Algérie Abdelaziz Bouteflika décrète huit jours de deuil national en hommage au premier Président de l’Algérie.

DISCOURS DU FLN TENU DANS LA NUIT
DU 31 OCTOBRE 1954 AU 1ER NOVEMBRE 1954

Peuple algérien,

Militants de la cause nationale,

A vous qui êtes appelés à nous juger (le premier d’une façon générale, les seconds tout particulièrement), notre souci en diffusant la présente proclamation est de vous éclairer sur les raisons profondes qui nous ont poussés à agir en vous exposant notre programme, le sens de notre action, le bien-fondé de nos vues dont le but demeure l’indépendance nationale dans le cadre nord-africain.

Notre désir aussi est de vous éviter la confusion que pourraient entretenir l’impérialisme et ses agents administratifs et autres politicailleurs véreux.

Nous considérons avant tout qu’après des décades de lutte, le mouvement national a atteint sa phase de réalisation. En effet, le but d’un mouvement révolutionnaire étant de créer toutes les conditions d’une action libératrice, nous estimons que, sous ses aspects internes, le peuple est uni derrière le mot d’ordre d’indépendance et d’action et, sous les aspects extérieurs, le climat de détente est favorable pour le règlement des problèmes mineurs, dont le nôtre, avec surtout l’appui diplomatique de nos frères arabo-musulmans.

Les évènements du Maroc et de Tunisie sont à ces sujets significatifs et marquent profondément le processus de la lutte de libération de l’Afrique du Nord. (Noter dans ce domaine que nous avons depuis fort longtemps été les précurseurs de l’unité dans l’action, malheureusement jamais réalisée entre les trois pays).

Aujourd’hui, les uns et les autres sont engagés résolument dans cette voie, et nous, relégués à l’arrière, nous subissons le sort de ceux qui sont dépassés.

C’est ainsi que notre mouvement national, terrassé par des années d’immobilisme et de routine, mal orienté, privé du soutien indispensable de l’opinion populaire, dépassé par les évènements, se désagrège progressivement à la grande satisfaction du colonialisme qui croit avoir remporté la plus grande victoire de sa lutte contre l’avant-garde algérienne.

L’HEURE EST GRAVE !

Devant cette situation qui risque de devenir irréparable, une équipe de jeunes responsables et militants conscients, ralliant autour d’elle la majorités des éléments encore sains et décidés, a jugé le moment venu de sortir le mouvement national de l’impasse où l’ont acculé les luttes de personnes et d’influence, pour le lancer aux côtés des frères Marocains et Tunisiens dans la véritable lutte révolutionnaire.

Nous tenons à cet effet à préciser que nous sommes indépendants des deux clans qui se disputent le pouvoir. Plaçant l’intérêt national au-dessus de toutes les considérations mesquines et erronées de personnes et prestige, conformément aux principes révolutionnaires, notre action est dirigée uniquement contre le colonialisme, seul ennemi et aveugle, qui s’est toujours refusé à accorder la moindre liberté par des moyens de lutte pacifique.

Ce sont là, nous pensons, des raisons suffisantes qui font que notre mouvement de rénovation se présente sous l’étiquette de FRONT DE LIBERATION NATIONALE, se dégageant ainsi de toutes les compromissions possibles et offrant la possibilité à tous les patriotes Algériens de toutes les couches sociales, de tous les partis et mouvements purement Algériens, de s’intégrer dans la lutte de libération sans aucune autre considération. Pour préciser, nous retraçons ci-après, les grandes lignes de notre programme politique :

BUT : L’Indépendance nationale par : La restauration de l’état Algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions.

OBJECTIFS INTERIEURS : Assainissement politique par la remise du mouvement national révolutionnaire dans sa véritable voie et par l’anéantissement de tous les vestiges de corruption et de réformisme, cause de notre régression actuelle.

Rassemblement et organisation de toutes les énergies saines du peuple Algérien pour la liquidation du système colonial.

OBJECTIFS EXTERIEURS : Internationalisation du problème Algérien. Réalisation de l’Unité nord-africaine dans le cadre naturel Arabo-musulman. Dans le cadre de la charte des Nations unies, affirmation de notre sympathie à l’égard de toutes nations qui appuieraient notre action libératrice.

MOYENS DE LUTTE : Conformément aux principes révolutionnaires et comptes tenu des situations intérieure et extérieure, la continuation de la lutte par tous les moyens jusqu’à la réalisation de notre but. Pour parvenir à ces fins, le Front de libération nationale aura deux tâches essentielles à mener de front et simultanément : une action intérieure tant sur le plan politique que sur le plan de l’action propre, et une action extérieure en vue de faire du

problème Algérien une réalité pour le monde entier avec l’appui de tous nos alliés naturels. C’est là une tâche écrasante qui nécessite la mobilisation de toutes les énergies et toutes les ressources nationales.

Il est vrai, la lutte sera longue mais l’issue est certaine. En dernier lieu, afin d’éviter les fausses interprétations et les faux-fuyants, pour prouver notre désir de paix, limiter les pertes en vies humains et les effusions de sang, nous avançons une plate-forme honorable de discussion aux autorités Françaises si ces dernières sont animées de bonne foi et reconnaissent une fois pour toutes aux peuples qu’elles subjuguent le droit de disposer d’eux-mêmes.

La reconnaissance de la nationalité Algérienne par une déclaration officielle abrogeant les édits, décrets et lois faisant de l’Algérie une terre Française en déni de l’histoire, de la géographie, de la langue, de la religion et des mœurs du peuple Algérien.

L’ouverture des négociations avec les porte-parole autorisés du peuple algérien sur les bases de la reconnaissance de la souveraineté algérienne, une et indivisible.

La création d’un climat de confiance par la libération de tous les détenus politiques, la levée de toutes les mesures d’exception et l’arrêt de toute poursuite contre les forces combattantes.

EN CONTREPARTIE : Les intérêts Français, culturels et économiques, honnêtement acquis, seront respectés ainsi que les personnes et les familles.

Tous les français désirant rester en Algérie auront le choix entre leur nationalité et seront de ce fait considérés comme étrangers vis-à-vis des lois en vigueur ou opteront pour la nationalité Algérienne et, dans ce cas, seront considérés comme tels en droits et en devoirs. Les liens entre la France et l’Algérie seront définis et feront l’objet d’un accord entre les deux puissances sur la base de l’égalité et du respect de chacun.

Algérien ! Nous t’invitons à méditer notre charte ci-dessus.

Ton devoir est de t’y associer pour sauver notre pays et lui rendre sa liberté ; le Front de libération nationale est ton front, sa victoire est la tienne.

Quant à nous, résolus à poursuivre la lutte, sûrs de tes sentiments anti-impérialistes, nous donnons le meilleur à nous-mêmes à la patrie.

Le Secrétariat national. »

 

INTERVIEW ACCORDEE PAR BEN BELLA
A SILVIA CATTORI LE 16 AVRIL 2006

Silvia Cattori : Quand vous n’êtes pas en voyage, résidez-vous en Suisse ?

Ahmed Ben Bella : Non, je vis en Algérie, mais je viens souvent en Suisse. J’ai vécu ici durant dix ans, après mes démêlés avec le pouvoir des militaires algériens. En Algérie je suis assailli par les journalistes. Donc, quand j’ai besoin de prendre un peu de repos et de recul avec ce qui se passe là bas, je viens ici où j’ai gardé un petit appartement. Vous savez, j’ai quatre-vingt dix ans !

S.C.- Vous avez l’air d’un jeune homme ! Savez-vous, M. Ben Bella, que vous avez imprimé une très belle image dans le cœur des gens partout dans le monde ?

Ahmed Ben Bella : (Rire) J’ai eu une vie un peu spéciale, il est vrai. J’ai participé à la libération de mon pays. J’ai été l’un des organisateurs de sa lutte de libération. J’ai participé également de façon active à toutes les luttes de libération.

S.C.– Vous êtes d’origine arabo-marocaine. Quel lien gardez-vous avec vos racines rurales ?

Ahmed Ben Bella : Oui, je suis Algérien d’origine marocaine par mes parents, mais toute ma vie c’est l’Algérie. Je suis né là-bas. Je suis un fils de paysans pauvres venus très jeunes vivre en Algérie. Je n’ai vu que récemment l’endroit où ils sont nés, dans les environs de la ville de Marrakech.

S.C.– En venant à vous, j’ai l’impression d’aller à la rencontre des peuples et des causes pour lesquels vous vous êtes battu toute votre vie. C’est très émouvant de s’entretenir ici de votre combat pour créer un monde plus humain, plus juste. N’incarnez-vous pas tout cela ?

Ahmed Ben Bella : Oui, ma vie est une vie de combat ; je puis dire que cela ne s’est jamais arrêté un seul instant. Un combat que j’ai commencé à l’âge de 16 ans. J’ai 90 ans et ma motivation n’a pas changé : c’est la même ferveur qui m’anime.

S.C.- En 1962, vous accédez aux plus hautes charges de l’Algérie indépendante. Tous les espoirs sont ouverts. De l’Algérie colonisée à sa libération, de la scène politique internationale au combat altermondialiste, vous avez payé cher le prix de votre insoumission.

Ahmed Ben Bella : Oui j’ai payé très cher mon combat pour la justice et la liberté des peuples. Mais voilà, j’ai fait ce que j’ai ressenti comme un devoir, une obligation. Donc, pour moi le choix n’a pas été difficile. Quand je me suis engagé dans la lutte pour mon pays, j’étais très jeune. Mes horizons se sont ouverts. Je me suis très vite rendu compte que les problèmes allaient au-delà de l’Algérie, que la colonisation touchait quantité de peuples, que les trois quart des pays de la planète étaient colonisés d’une façon ou d’une autre. L’Algérie était alors, pour les Français, un département d’outre mer, c’était la France de l’autre coté de la  méditerranée. La colonisation par la France en Algérie a duré longtemps : 132 ans. J’ai participé à cette lutte-là en Algérie. Tout de suite après l’indépendance, je me suis associé à tous ceux qui, dans le monde, se battaient eux aussi pour libérer leur pays. Il y a donc eu cette phase de la lutte de libération nationale à laquelle j’ai participé de façon totale. En Tunisie, au Maroc, au Vietnam, l’Algérie était devenue un peu la mère des luttes de libération ; les soutenir était donc pour nous une tâche sacrée. Quand quelqu’un venait nous demander de l’aide, c’était sacré. On ne réfléchissait même pas. On les aidait, alors même que nous n’avions que peu de moyens ; on leur offrait des armes, un peu d’argent et, le cas échéant,
des hommes.

S.C.- En 1965, ce ne sont pas les Français qui vous emprisonnent, ce sont vos frères d’armes. Que ressentez-vous, aujourd’hui, à l’égard de ceux qui vous ont brutalement barré la route ?

Ahmed Ben Bella : Je ne ressens pas de mépris, je ne ressens pas de haine. Je pense qu’ils ont participé à quelque chose qui n’était pas très propre et qui a été très dommageable, non seulement pour le peuple algérien, mais également pour les autres peuples qui comptaient alors sur notre soutien. Mon combat pour apporter de meilleures conditions de vie aux Algériens, alors plongés dans une grande misère, et mon combat pour aider les autres peuples encore colonisés à recouvrer leur liberté, dérangeait fort certains pouvoirs. De leur point de vue j’allais trop loin. Je devais disparaître. Ceci pour dire que, si l’armée algérienne ne m’avait pas renversé, d’autres l’auraient fait. Je devais disparaître, parce que je devenais trop gênant. J’abritais pratiquement tous les mouvements de libération, y compris ceux venus d’Amérique latine.

S.C.- Etiez-vous déjà en contact avec Fidel Castro ?

Ahmed Ben Bella : Oui, le Che était venu à Alger m’apporter le message de Fidel Castro que j’avais rencontré deux fois. Il nous demandait de soutenir les luttes qui se développaient en Amérique du Sud, car Cuba ne pouvait rien faire ; elle était sous le contrôle des États-Unis qui occupaient la baie de Guantanamo. Rien ne

pouvait donc sortir de Cuba, même pas une boîte d’allumettes, sans que les États-Unis le sachent. Je n’ai pas hésité une seconde. C’est depuis l’Algérie, et avec la participation du Che, qui est resté chez nous durant six mois, que s’est créé l’État major de l’armée de libération de l’Amérique du sud. Je peux le dire maintenant : tous les combattants qui participaient à la lutte de libération en Amérique du Sud sont venus en Algérie ; c’est de là que tout ceux qui luttaient sont partis. On les a entraînés, on s’est arrangé pour que les armes arrivent chez eux, on a créé des réseaux.

S.C.- En quelle année Che Guevara est-il venu en Algérie ?

Ahmed Ben Bella : Le Che est venu en 1963, peu après mon arrivée au pouvoir. Avec mon gouvernement, nous nous sommes engagés à apporter notre aide aux luttes de libération nationale. À ce moment-là, de nombreux pays étaient encore colonisés ou sortaient à peine de la colonisation. Toute l’Afrique pratiquement était dans ce cas. Nous l’avons soutenue. M. Mandela et M. Amilcar Cabral sont venus eux aussi en Algérie. C’est moi qui les ai entraînés ; ensuite ils sont repartis mener la lutte de libération chez eux. Pour d’autres mouvements, qui n’étaient pas engagés dans la lutte armée ou qui n’avaient besoin que d’un soutien politique, comme le Mali, nous les aidions sur d’autres plans.

S.C.- Qui vous a écarté précisément en 1965 ? L’armée algérienne ou des forces extérieures ?

Ahmed Ben Bella : Je suis certain que, indirectement, il y a eu l’intervention de puissances étrangères. Nous avons vu ailleurs les mêmes mécanismes. Partout où les luttes de libération nationale ont triomphé, une fois le pouvoir constitué, il y a eu des coups d’État militaires qui ont renversé leurs dirigeants. Cela s’est produit maintes fois. En deux ans, y a eu 22 coups d’État militaires, essentiellement en Afrique et dans le tiers-monde. Le coup d’État d’Alger, en 1965, est celui qui a ouvert la voie. L’Algérie n’a donc été que le début de quelque chose qui était en germe : c’est pourquoi je dis que c’est le système capitaliste mondial qui finalement a réagi contre nous.

S.C.- Êtes-vous marxiste ?

Ahmed Ben Bella : Je ne suis pas marxiste, mais je me situe résolument à gauche. Je suis arabe musulman, orienté très à gauche dans mon action, dans mes convictions. C’est pourquoi, même si je ne partage pas la doctrine marxiste, je me suis toujours trouvé aux côtés de tous les mouvements de gauche dans le monde et des pays socialistes qui, comme Cuba, la Chine, l’URSS, ont mené le combat anticolonialiste et anti-impérialiste. C’est avec eux que nous avons constitué un front de libération et apporté notre appui logistique aux armées populaires pour aider leurs pays à sortir du colonialisme et instaurer un régime intérieur national. C’était la phase de liquidation du colonialisme. Le colonialisme est une idée qui est née en Occident et qui a conduit les pays occidentaux – comme la France, l’Italie, la Belgique, la Grande Bretagne – à occuper des pays hors du continent européen. Un colonialisme dans sa forme primitive, c’est-à-dire par l’installation à demeure de pouvoirs étrangers répressifs, avec une armée, des services, des polices. Cette phase a connu des occupations coloniales cruelles qui ont duré jusqu’à 300 ans en Indonésie.

S.C.- Après cette phase, n’étiez-vous pas actif dans le mouvement des pays non alignés ?

Ahmed Ben Bella : Il n’y a plus de pays non alignés. Ce mouvement a été créé par des hommes de très grande qualité tels Nehru, Mao Tsé-toung, Nasser et d’autres grands noms ; à une époque surtout où il y avait le risque d’une guerre atomique. C’était l’affrontement entre l’URSS et les États-Unis. Nous étions au bord de la guerre nucléaire. Les pays non alignés ont joué un rôle important pour l’empêcher. Ce mouvement a duré un certain nombre d’années. Mais le système a fini par avoir raison de lui.

S.C.- Par la suite, n’avez-vous pas joué un rôle important dans le développement du mouvement altermondialiste ?

Ahmed Ben Bella : Le système mondial qui préside à tout ce dont nous avons parlé, a inventé une autre forme de domination : la « mondialisation ». « Mondialisation » est un mot très beau en soi. Un mot qui peut unir, amener la fraternité entre les peuples. Or, le mot « mondialisation » tel qu’il a été conçu, est un mot qui fait très mal. Un mot qui a amené à la mondialisation de la misère, de la mort, de la faim : 35 millions de personnes meurent de malnutrition chaque année. Oui, ce serait un très beau mot, si l’on avait mondialisé le bien, apporté le bien être pour tous. Or, c’est tout le contraire. C’est une globalisation perverse ; elle mondialise le mal, elle mondialise la mort, elle mondialise la pauvreté.

S.C.- La mondialisation n’a-t-elle eu que des effets pervers ?

Ahmed Ben Bella : Le seul avantage que nous en avons retiré est que nous sommes aujourd’hui mieux informés qu’hier. Nul ne peut plus ignorer le fait que ce système amène à l’extension de la faim. Des richesses ont été créées, mais ce sont des richesses factices. Ce sont des multinationales, comme General Motors

et Nestlé, ce sont de grands groupes industriels qui pèsent, sur le plan monétaire, beaucoup plus que de grands pays comme l’ Égypte. Si on se base sur ses gains, General Motors, par exemple, est quatre fois plus riche que l’Égypte, qui est un pays de 70 millions d’habitants, le pays des Pharaons, un pays extraordinaire, le pays arabe le plus éduqué ! Cela vous donne une image de ce que signifie le mot « mondialisation ». Voilà pourquoi j’ai combattu ce système qui favorise des groupes qui représentent, sur le plan monétaire, beaucoup plus qu’un grand pays et génèrent tant d’inégalités. Voilà pourquoi nous devons, nous autres, favoriser une meilleure compréhension des problèmes, qui ont été compliqués à souhait, mais qui sont finalement l’expression d’une seule chose : la mise en place d’un système inhumain.

S.C.- Malgré la volonté clairement exprimée, en 2003, par les trois quarts des peuples de la planète, les mouvements progressistes n’ont pas réussi à empêcher la guerre. N’avez-vous pas, parfois, le sentiment, que ceux qui sont à la direction des mouvements, ont manqué une marche ; ou carrément fait fausse route pour n’avoir pas su identifier les vraies motivations de l’adversaire ?

Ahmed Ben Bella : Moi qui suis un homme du sud, je constate que quelque chose a changé dans le nord, qui est très important à relever. Ce qui a changé précisément dans cette aire dite avancée du nord, qui nous a fait la guerre, qui nous a colonisés, qui nous a fait des choses terribles, est qu’il y a aujourd’hui une opinion qui s’exprime, qu’il y a des jeunes qui disent « assez ». Ceci indique que ce système mondial pervers ne frappe plus seulement le sud mais aussi le nord. Par le passé on parlait de pauvreté, de misère uniquement dans le sud. Il y a maintenant beaucoup de misère, beaucoup de maux qui font des victimes dans le nord également. Cela est devenu manifeste : ce système mondial n’est pas fait pour servir le bien de tous, mais pour servir des sociétés multinationales.

Donc, à l’intérieur de ce nord, que nous avons tellement combattu, il y a maintenant un mouvement, il y a toute une jeunesse qui veut agir, qui descend dans la rue, qui proteste, même si la gauche n’a pas su donner, à ces jeunes qui veulent des changements, les clés de la solution. Cela s’est toujours passé ainsi : tout mouvement commence de cette façon. Le mouvement de libération que j’ai conduit en Algérie, l’organisation que j’ai créée pour combattre l’armée française, était au départ un petit mouvement de rien du tout. Nous n’étions que quelques dizaines à travers toute l’Algérie, un territoire qui représente cinq fois la France.

S.C.- Qu’ont-elles obtenu, ces générations de jeunes qui ont mis tant d’espoir dans Attac, par exemple, qui propose de « réformer la mondialisation » ! Mais n’eut-il a pas fallu refuser son principe même et adopter des mesures plus radicales, face à la radicalité du système dit libéral ?

Ahmed Ben Bella : Les gens de gauche, une fois au pouvoir, ne sont pas différents de ceux des autres partis. En ce qui concerne l’Algérie, nous avons essayé de travailler avec la gauche française. Or nous n’avons pas connu de pire pouvoir que celui exercé par le parti socialiste français. La pire des choses qui nous soit arrivée ce fut avec les socialistes. Aucun pouvoir politique auparavant ne nous avait combattus aussi durement que celui du socialiste Guy Mollet. Je vous parle de faits précis. Je parle de ce que j’ai connu. J’étais à la tête du FLN quand le gouvernement de Guy Mollet – après avoir compris que la France ne pourrait se maintenir en Algérie – a contacté Gamal Abdel Nasser pour qu’il nous demande si nous étions prêts à discuter avec eux. C’est ce que j’avais toujours prévu ; qu’un jour il allait falloir s’asseoir autour d’une table et définir la meilleure façon pour l’Algérie de devenir totalement indépendante. C’était le but que nous recherchions : redevenir libres, ne plus vivre sous la férule d’un système oppressif. J’ai dit oui, que j’étais prêt à négocier, à condition que ce soit eux, les Français, qui en fassent la demande. C’était important, car c’est toujours celui qui est le plus faible qui demande à négocier. J’ai exigé que les négociations se déroulent en Égypte. Les négociations ont duré six mois. Nous sommes arrivés à une solution. Avec ce bout de papier en poche, en septembre 1956, je suis allé informer Mohammed V, le roi du Maroc. Il s’était impliqué dans cette lutte, il nous avait aidés, y compris militairement. Puis, alors que nous nous rendions en Tunisie, où nous voulions également informer les autorités, notre avion a été pris en chasse par l’aviation française. C’était le premier détournement d’avion de l’histoire. Il y avait, dans cet avion, les deux tiers des dirigeants de la révolution algérienne. Ils voulaient nous liquider tout de suite. C’est un miracle si nous avons échappé à la mort. Tout ceci pour vous dire ce que je pense des socialistes : c’était Guy Mollet qui, à peine avait-il signé un engagement, le trahissait. Je pourrais dire la même chose du gouverneur Lacoste, c’était un socialiste lui aussi. Non, les partis de gauche ne nous ont pas soutenus, au contraire. Quoi qu’il en soit, c’est la gauche qui nous intéressait et c’est avec elle que je continue de me battre. Je suis un homme de gauche.

S.C.- Alors quand vous côtoyez les représentants de l’internationale socialiste, sur les podiums des Forums sociaux, vous arrive-t-il de vous dire qu’ils sont là pour leur prestige personnel avant tout ?

Ahmed Ben Bella : Oui il m’arrive de penser qu’ils ne sont pas sérieux. Moi je veux vraiment le changer ce monde. Je veux que ce monde change. Pour changer les choses, nous avons besoin de gens sincères et désintéressés, avant tout.

S.C.- Vous croyez en la nécessité d’un changement ?

Ahmed Ben Bella : Oui, depuis ma prime jeunesse je crois en cette nécessité. Je reviens sur ce que vous disiez. Ce qui personnellement m’amène à avoir une certaine confiance en l’avenir. Je veux parler de ce que j’observe ici, en Occident. Je suis convaincu que le système libéral n’a pas d’avenir. Ces jeunes, ces lycéens que j’ai vu descendre dans les rues, qui n’ont rien que leur idéal de justice ; ces jeunes qui manifestent, qui sont en quête d’autres valeurs, j’aimerais leur dire : « J’ai commencé comme cela, quand j’avais votre âge, par de petits pas. Et peu à peu c’est tout un peuple qui m’a suivi. » Quand je vais à des manifestations, je les observe, je parle avec eux, je vois que ce sont eux qui ont les cartes en mains.

S.C.- La question se pose avec insistance : les dirigeants des mouvements anti-impérialistes n’ont-ils pas ménagé Israël, un État idéologiquement et législativement raciste qui mène depuis sa création une politique d’épuration ethnique en Palestine ? Par conséquent, ils ont mal orienté des générations de jeunes, faussé le débat, pendant qu’Israël était très actif aux côtés des États-Unis pour combattre le communisme, combattre Nasser et le nationalisme arabe, soutenir des régimes affreux ?

Ahmed Ben Bella : Ces questions sont aujourd’hui sur la table, elles font débat. Nous ne voulons pas d’une solidarité biaisée. Nous ne voulons pas d’un État qui, comme Israël, soit l’outil préféré de ce système global cruel conduit par les États-Unis, qui pratiquent une politique qui a déjà fait tellement de mal. Pour nous, il y a double trahison. La trahison, d’abord, de ceux qui, dans le camp de la gauche, auraient dû se trouver à nos côtés, loyaux à la cause palestinienne et arabe, et qui ne l’ont pas été. La trahison, ensuite, de tous ces juifs avec qui nous nous sentons proches, avec qui nous avons des ressemblances, et avec lesquels nous vivions en parfaite harmonie. Les Arabes et les juifs sont des cousins. Nous parlons la même langue. Ils sont sémites comme nous. Eux ils parlent l’Araméen, nous parlons l’Araméen. L’Araméen comporte plusieurs branches : l’Ethiopie parle Araméen, l’Erythrée parle Araméen, les gens de confession juive parlent l’Araméen, les arabes parlent l’Araméen. C’est cela qui nous fait très mal : c’est de nous savoir trahis par ceux qui sont si près de nous, par des gens qui sont nos cousins, qui nous ressemblent et qui parlent Araméen comme nous. L’antisémitisme, nous le connaissons ; nous sommes sémites. J’ajoute à cela que, même leur prophète est notre prophète. Moïse et Jésus Christ sont des prophètes chez nous.

S.C.- Depuis la fin du multilatéralisme, l’ONU est mise sous la coupe de Washington et des néo-conservateurs. Tout pays arabe qui ne se soumet pas à leurs diktats est mis au ban des nations. Comment jugez-vous cette situation ? Comment en sortir ? Aussi, confronté a l’unilatéralisme israélien, le Hamas n’est-il pas condamné à échouer, et à renoncer à ce pourquoi son peuple se bat depuis 60 ans ?

Ahmed Ben Bella : Je pense que le Hamas est caractéristique de ce qui se passe chez nous, de cette dimension qui maintenant prend une forte couleur religieuse, qui endosse l’Islam. Je suis un Arabe musulman, je ne voudrais pas vivre dans un pays dirigé par un intégrisme islamique. Mais je vous parle très franchement : je ne les blâme pas. Parce que ce besoin de religion a été créé par les distorsions du système capitaliste. C’est à force de nous faire du mal que, finalement, au lieu d’avoir face à eux un mouvement, oui, qui endosse l’arabité, qui endosse la culture et reste ouvert, les extrémistes, Israël et les États-Unis, se retrouvent face à cette dimension. Ce sont eux qui ont créé cette situation.

S.C.- Vous ne voulez pas de réponse religieuse ?

Ahmed Ben Bella : Je suis musulman, mais je ne souhaite pas que la réponse soit religieuse. Ce n’est pas le fait religieux en soi que je récuse, non, mais le fait que l’on puisse faire une lecture qui ne va pas dans le sens de la rénovation de l’Islam, que l’on puisse faire une lecture rétrograde de l’Islam ; alors que dans l’Islam nous avons l’avantage de croire aux deux religions : la religion juive et la religion chrétienne. Pour nous Mohammed n’est que le continuum de Jésus Christ et de Moïse.

S.C.- Les musulmans n’ont-ils pas pris la tête de la résistance anticoloniale aujourd’hui ? N’y a-t-il pas lieu de reconnaître que ce ne sont pas les valeurs de l’Occident que les arabo-musulmans combattent, mais sa politique agressive ? Le Hezbollah, par exemple, qui a si mauvaise presse chez nous, n’a-t-il pas fait reculer l’impérialisme américain et israélien au Liban ? Les progressistes ne devraient-ils pas surmonter leurs préjugés à l’égard des musulmans, les considérer comme un élément dynamique dans la lutte contre l’oppression et les soutenir ?

Ahmed Ben Bella : Oui, oui. Là il y a un problème d’éducation. Il appartient à ceux qui sont à la direction des partis progressistes de répondre de façon correcte à des situations données. Or ce n’est pas le cas. Nous avons un drapeau, nous avons un hymne national, le reste ce sont les Occidentaux, toutes tendances confondues, qui le décident à notre place. Tout cela, enrobé avec de jolis mots, sous couvert de l’aide d’organismes comme la Banque mondiale et le FMI, qui ne sont rien d’autre que des instruments de torture créés par l’Occident pour continuer sa domination. Ce qui signifie que nous sommes sortis d’un système de colonialisme direct en échange de quelque chose qui parait meilleur, mais qui ne l’est pas. Toutefois, je vous le redis, j’ai cet espoir que dans ce nord qui nous a déjà fait tant de mal, sa jeunesse est en train de prendre la mesure de cette logique de domination qui crée de plus en plus de pauvreté aussi bien au nord qu’au sud. Même si ce n’est pas la même domination que celle qui s’applique au sud, c’est une situation d’indigence qu’aucun être libre ne peut accepter. Combien de gens ne sont-ils pas livrés au chômage, à la pauvreté, à la rue ? C’est cela, peut-être, qui finira par inciter les peuples du nord à changer d’optique et à s’associer de manière franche avec nous.

S.C.- Mais nous ne voyons pas aujourd’hui grand monde, en Occident, protester contre les atrocités commises en Irak, en Palestine, en Afghanistan. N’avez-vous pas l’impression qu’il y a tellement de préjugés, savamment entretenus, vis-à-vis des arabes et des musulmans – y compris dans les organisations anti-guerre – que soutenir leur résistance, est une idée très éloignée d’eux ?

Ahmed Ben Bella : C’est vrai, les partis de gauche que l’on attendait ne sont pas au rendez-vous ; ils se sont braqués là dessus. Dès que l’on parle de l’Islam, ils vous opposent Ben Laden. Je ne voudrais pas vivre dans sa république, mais je ne le critique pas. Quand je vois ce que Bush fait, je ne me permets pas de critiquer Ben Laden. Je vous le dis franchement : les attaques contre les tours de New York, je ne les ai pas condamnées. Je condamne Bush, je condamne le gouvernement américain, parce que je considère que Ben Laden est le fruit de leur politique. Ils ont fermé toutes les portes du dialogue aux arabo-musulmans. Ils leur ont fait croire durant des décennies que, s’ils faisaient ceci ou cela, l’Occident rendrait justice en Palestine. Or, Israël et ses alliés n’ont jamais voulu la paix chez nous. Israël n’a cessé de faire la guerre et de terroriser nos peuples. Ben Laden est indirectement la création de Bush et d’Israël. Ces deux États sèment la mort et la haine au Moyen-Orient et dans le monde : ils ne nous ont laissé aucune autre alternative que celle de la confrontation violente. Tous ces mouvements radicaux, qualifiés de « terroristes », « d’intégristes », sont nés pour répondre aux terroristes qui, à Tel Aviv et Washington, mènent des guerres de destruction des peuples arabes. Quels choix ont-ils, ces peuples qu’ils bombardent avec une telle sauvagerie ? Face aux armées modernes, ils n’ont d’autres armes que de sacrifier leur vie en se faisant exploser, voilà. Dans le Coran on appelle cela « shahâdah ». C’est une idée extraordinaire qui s’exprime dans ce mot. C’est un état de désespoir, où celui qui l’éprouve, en arrive à ne plus supporter de vivre. Il se sacrifie, non pas pour obtenir une vie meilleure pour lui-même, mais pour que les siens au moins puissent vivre mieux. C’est le plus grand sacrifice. On les appelle ici en Occident « des terroristes ». Or, je vous le dis en toute sincérité, moi je m’incline devant quelqu’un qui fait un pareil sacrifice, je vous assure.

S.C.- Si je comprends bien, vous dites que tout ce qui met en révolte les gens au Moyen-Orient a été généré par l’Occident. Que ceux qui se battent doivent se sacrifier, souffrir pour les autres ? Que les Arabes ont fait preuve de tolérance par le passé ?

Ahmed Ben Bella : Tout à fait. La violence qui s’exprime dans le monde arabo-musulman est le résultat de la culture de haine et de violence qu’Israël a engendré en s’imposant par la force sur les terres des Arabes. Ce sont les atrocités de cet État illégal qui contraint les plus valeureux à réagir. Je ne pense pas qu’il y ait combat plus noble que celui des Palestiniens qui résistent contre leur occupant. Quand je vois ce que ce peuple a enduré depuis plus d’un siècle, et qu’il continue de trouver la force de se battre, je suis admiratif. Aujourd’hui, ceux-là mêmes qui massacrent ce peuple, sont en train de faire passer les gens du Hamas pour des fascistes, des terroristes. Ce ne sont pas des fascistes, ce ne sont pas des terroristes, ce sont des résistants !

S.C.- La Palestine est une nation emprisonnée. Comment en est-on arrivé, même à gauche, à parler de « terrorisme », au lieu de parler du droit de résister par les armes ? Voyez-vous des parallèles ou des différences majeures entre la colonisation de l’Algérie par la France et la colonisation de la Palestine par Israël ?

Ahmed Ben Bella : C’est pire en Palestine. Avec l’apartheid en plus. Les Français ne pouvaient pas nous chasser hors d’un pays grand comme cinq fois la France. Ils ont bien essayé de créer au nord une zone tampon, avec le moins d’Algériens possible, mais cela n’a pas réussi. Ils n’ont pas mis en place un véritable apartheid comme les Israéliens en Palestine. L’État d’Israël a créé la plus terrible des dominations.

S.C.- À votre avis, les Palestiniens vivront-ils moins longtemps sous occupation que les Algériens ?

Ahmed Ben Bella : Je crois que oui. D’abord, le colonialisme est un phénomène qui est clairement établi et sanctionné par les lois internationales. Ensuite, s’il y a une question qui fait l’unanimité dans le monde arabe, c’est la Palestine. Aussi longtemps que les Palestiniens n’obtiennent pas justice, le monde arabe musulman ne pourra pas se sentir libre non plus. C’est comme une partie de leur chair qui reste captive.

S.C.- Autrefois, la politique n’était pas plus noble, mais il y avait encore un équilibre. Depuis la fin de la bipolarité, les principes moraux les plus élémentaires ont été balayés. Partout on parle de combattre le « terrorisme », mais on ne parle guère des 800 enfants tués en Palestine par les soldats israéliens depuis 2000 ; des millions d’enfants irakiens tués ou malades qui n’ont plus droit à un développement normal. Guantanamo, Abu Ghraïb, auraient-ils été possibles si la Communauté Internationale avait eu la décence de dire non à la violence de Washington ? Quel responsable étatique a encore les mains propres dans cette prétendue guerre contre « le terrorisme » ?

Ahmed Ben Bella : C’est énorme ce qui s’est passé à Guantanamo, à Abu Ghraïb et ailleurs. Et toute cette horreur continue de se propager et de générer de grandes souffrances. Nous apprenons que les États-Unis ont installé des prisons en Europe de l’Est pour échapper aux juridictions de leur pays et que l’Europe participe de tout cela. Il est même reproché à la Suisse d’avoir autorisé le survol de son territoire par ces avions qui transportent des prisonniers fantômes, kidnappés, soumis à des tortures.

S.C.- Quels sont, selon vous, les moyens de contrer la stratégie mise en place par Bush et les néo-conservateurs ?

Ahmed Ben Bella : C’est un mouvement intégriste, mais chrétien celui-là ! Le problème auquel nous faisons face aujourd’hui est celui-là : l’idéologie de Bush est le pire intégrisme que l’on puisse imaginer. Ce sont les fameux évangélistes protestants qui inspirent Bush. C’est un intégrisme terrible. Quels sont finalement les moyens que nous avons pour combattre ? Je vous ai parlé des espoirs que je mets dans la jeunesse, tout en sachant qu’elle n’a pas de vrais moyens pour combattre ce système effrayant. Je sais, il ne suffit pas de descendre dans la rue. Il faut passer à autre chose, inventer d’autres moyens d’action, mais il faut agir et non pas subir. Et quand on a le sentiment de ne pas avancer, il faut se dire que l’on passe par des phases, qu’il faut un certain temps avant d’atteindre la compréhension du grand nombre. On commence à agir avec ceux qui ont une compréhension claire, même si cela ne couvre pas la totalité des problèmes. Mais ensuite, on doit passer par-dessus les obstacles, et se dire que ce n’est ni le parti socialiste, tout socialiste qu’il se déclare, ni telle association qui va changer ce monde.

S.C.- Pour parvenir à un rééquilibrage, la solution peut-elle venir du côté de la Chine et de la Russie ?

Ahmed Ben Bella : Je pense qu’un espoir peut venir de la Chine. Par le passé, la Russie nous a aidés de façon extraordinaire. Mais pour l’instant, malheureusement, la Russie n’est pas dans une situation facile. Je ne mettrais pas d’espoirs en elle. Je compterais beaucoup plus sur la Chine. D’abord elle a des arguments que la Russie n’a pas. C’est un pays qui est en tête des pays en expansion. Même l’Occident va s’implanter en Chine pour vivifier son économie. D’ici 20 ans on verra la nouvelle carte politique.

S.C.- En attendant, que dire aux peuples laissés à l’abandon, en Palestine, en Irak ?

Ahmed Ben Bella : On n’agit jamais en pensant que c’est nous qui allons en être les bénéficiaires. On agit parce qu’il faut agir. Jamais les grandes conquêtes n’ont été le fruit d’une seule génération. On dit chez nous que celui qui mange n’est pas celui qui sert le plat. Il faut créer des réseaux de solidarité qui soutiennent sans conditions la lutte de ces peuples.

S.C.- Que dire aussi à cette jeunesse que vous avez mentionnée, témoin de tant d’abus ?

Ahmed Ben Bella : Il faut qu’ils aillent outre, qu’ils prennent des initiatives. S’il ne suffit plus de se réunir périodiquement à des grands rassemblements, si rien ne change, il faut passer à autre chose : inventer de nouvelles formes de luttes sans attendre.

S.C.- Mais le temps n’est-il pas venu que les Arabes prennent la direction du mouvement anti-guerre jusqu’ici entre les mains d’Occidentaux ?

Ahmed Ben Bella : Oui, oui. Vu la gravité de la situation au Moyen-Orient, ce sont des Palestiniens ou des représentants des mouvements du monde arabe qui doivent bouger. Je pense que ce mouvement arabe, le mouvement palestinien, toutes ces forces, si elles se conjuguent et dépassent leurs différends, sont un espoir pas seulement pour les Arabes. Elles peuvent contribuer également à changer ce monde, le système mondial tel qu’il fonctionne.

S.C.- Vous semblez optimiste !

Ahmed Ben Bella : Oh vous savez, je ne suis pas rien qu’optimiste : je passe ma vie à agir. Je ne me contente pas de faire des discours, je consacre tout mon temps à agir par le biais de l’organisation Nord-Sud. Aussi je crois que, parfois, les forces de l’espoir viennent de là où on les attend le moins.

S.C.- Le premier congrès constitutif de l’Alliance Populaire Arabe de Résistance s’est tenu fin mars 2006 au Caire. Les participants ont appelé les peuples à se mettre « sous la bannière de l’internationalisme pour soutenir le peuple arabe dans sa lutte contre l’agression impérialiste ». N’est-il pas le point de départ d’une campagne qui, si les partis progressistes d’Occident s’y rallient, pourrait relancer le mouvement anti-guerre et aller dans le sens de vos souhaits?

Ahmed Ben Bella : Oui, je suis personnellement favorable à cette initiative. L’essentiel est d’avancer. On n’avance pas si l’on doute, si l’on pense que c’est fini. Si l’on campe sur des dissensions. On avance et on corrige les défauts. La vie c’est cela. Il y a aussi, dans le camp arabe, beaucoup d’obstacles à surmonter. Nous devons faire un effort pour dépasser les dissensions. En effet, nous connaissons, dans le mouvement arabe, les mêmes faiblesses que connaît le mouvement anti-impérialiste en Occident.

S.C.- Il y a près de dix mille palestiniens emprisonnés arbitrairement dans les geôles israéliennes. Ils ne sont pas reconnus comme prisonniers politiques. Ahmed Sa’adat – kidnappé par Israël en mars 2006, à Jéricho, avec cinq compagnons – alors qu’il était sous garde américano-britannique – est depuis soumis à des tortures continues. Il a réaffirmé sa volonté de ne pas céder, en disant : « Peu importe l’endroit où je serai, je continuerai à combattre ». Vous devez vous reconnaître en cette affirmation, vous qui savez ce que cela veut dire vivre emprisonné ?

Ahmed Ben Bella : Oui, j’ai vécu 24 ans et demi en prison. Quand les Français m’ont enfermé à la Santé, ils m’ont mis là avec les détenus que l’on guillotinait. Je voyais la guillotine depuis ma cellule. C’est terrible ce qu’Israël fait subir comme mauvais traitements aux Palestiniens. Actuellement je n’ai qu’un seul projet : c’est la Palestine. Je ferai tout mon possible pour les aider. Pour parvenir à la paix, en Palestine et dans le monde, il faut que ce système de marchands s’en aille. Parce que les problèmes sont immenses, les dégâts sont immenses. Laisser le monde entre les mains de marchands et de tueurs est un crime. C’est cela le terrorisme. Ce n’est pas Ben Laden.

S.C.- Quand vous entendez des chefs d’État dire qu’ils font la guerre en Irak au nom de la liberté et de la démocratie, qu’avez-vous envie de leur dire ?

Ahmed Ben Bella : Je leur dis que le droit à la vie est le premier des droits humains. Les droits de l’homme c’est le droit de vivre. Tous les philosophes chez nous parlent du droit à la vie. Sauvegarder la vie, vivre, est la première des choses auxquelles chacun aspire. Or le système mondial ne s’embarrasse pas de garantir ce droit. Il exploite, il tue. Et quand il ne peut pas tuer, il construit des prisons sauvages, abus qui prétendent apporter la démocratie. Les États-Unis se sont mis à faire, en Afghanistan et en Irak, ce qu’Israël a toujours fait contre les Palestiniens. On nous parle de démocratie israélienne, américaine. Mais quelle démocratie ont-ils apporté en détruisant toute chance de vie ?
S.C.- Vous souffrez pour l’Irak ?

Ahmed Ben Bella : Ah oui l’Irak pour moi…je suis allé quinze fois en Irak, vous savez. (Un silence) [1] J’ai failli être tué en Irak. C’est insupportable de voir ce que l’on a fait à l’Irak ! À ce pays qui est le berceau de la civilisation ! L’Irak, c’est là où on a commencé à cultiver la terre, c’est là où est née l’humanité, c’est là où se sont fondus les premiers principes, c’est là qu’est né l’alphabet, le premier code, est celui d’Hammourabi. Tout cela a été détruit par des dirigeants incultes, par une nation qui n’a pas plus de 250 ans d’histoire, qui était une colonie de la Grande-Bretagne. Ils ont liquidé le colonialisme anglais et ils ont instauré un colonialisme planétaire. Que sont devenus les 80 millions d’Amérindiens ? Jamais je ne retournerai en Amérique, c’est un pays de brigands.

S.C.- Ressentez-vous comme racistes les guerres menées en Afghanistan et au Moyen-Orient ?

Ahmed Ben Bella : Tout à fait. Ce sont des guerres menées contre l’Islam, contre la civilisation arabe. Cela saute aux yeux. Sur les pays qui sont hors la loi, selon Bush, un seul n’est pas arabo-musulman, la Corée du Nord. Les autres, la Syrie, l’Irak, le Soudan, l’Iran sont tous musulmans. Les croisades visaient soi-disant à récupérer le tombeau de Jésus Christ. Parfois, pour taquiner les Occidentaux, je leur dis : Jésus Christ, quelle langue parlait-il ? Il parlait ma langue, pas la vôtre, il parlait l’Araméen comme moi ! Quand vous lisez la bible, Jésus Christ dit : « Eli, Eli, Lama sabakta-ni » [2] Et nous disons en Algérie : « Ilahi limada sabakta-ni ». Ce sont exactement les mêmes paroles qu’a prononcées Jésus. Jésus parlait comme moi. L’Islam tire beaucoup de choses de l’Évangile ou bien de la Bible, qu’il est venu compléter.

A force de voir ces abus, j’explose. On nous a fait tellement de mal. On nous a atteints dans notre dignité. Sans parler de ce petit peuple en Palestine. Combien de Palestiniens sont obligés de vivre sous la férule la plus abjecte ? Notre réaction n’est pas du racisme, Je vous assure. Nous en avons plus qu’assez. L’Occident nous a fait beaucoup de mal. N’est-ce pas en Occident que se sont produits les pires crimes contre l’humanité ? Le fascisme, où est-il né ? Le nazisme, où est-il né ? Le stalinisme, où est-il né ? La fameuse inquisition, qui a duré 400 ans, où s’est-elle déployée ? Franchement il faut beaucoup, beaucoup d’abnégation pour se dire chaque jour qui passe, je ne veux pas haïr l’Occident.

S.C.- Ne faut-il pas incriminer les tenants du « choc des civilisations », les pro-israéliens, comme les principaux instigateurs de la haine anti-arabe, anti-islam, qui se répand de façon inquiétante contre vos peuples ?

Ahmed Ben Bella : Tout à fait. Le Lobby israélien aux États-Unis est quelque chose de terrible. Jusqu’ici il était interdit d’en parler sans se voir accusé d’antisémitisme. Récemment, plusieurs études sont venues attester par des exemples inattaquables le poids du lobby israélien dans les options politiques et militaires prises contre nous [3]. Plus personne aujourd’hui peut nier l’importance, voire le danger, de ce lobby qui pénètre toutes les sphères stratégiques. Je suis donc très concerné par cet aspect des choses qui rend encore plus difficile le règlement de la question palestinienne.

Je vais vous dire, alors que l’Islam a connu beaucoup de misères, jamais l’Islam n’a fait du mal à d’autres pays. Dans l’histoire, l’Islam a montré une tolérance qui n’existe nulle part ailleurs, alors qu’Israël a réussi à s’implanter par la force dans un espace et dans un lieu qui était habité par les Palestiniens – l’un des peuples arabes les plus évolués – et à y créer, en les dépossédant de leur terre, un État raciste. Aussi longtemps qu’Israël refusera de reconnaître le droit des Palestiniens à exister et revenir sur leur terre, il n’y aura pas de paix dans le monde.