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KWAME NKRUMAH DU GHANA

Kwame Nkrumah est né le 21 septembre 1909 à Nkroful à Gold Coast, colonie britannique appelée aujourd’hui Ghana.

Fils unique de sa mère Magnae Ka ku Nyaniba, commerçante et petite agricultutrice, Kwame Nkrumah est très proche de celle-ci et à trois (3) ans, les deux, Kwame Nkrumah et sa mère quittent Nkroful pour rejoindre son père à Half-Assini.

Sa mère, qui le gâte, cache la banane plantain sous son oreiller au cas où Kwame Nkrumah a faim la nuit.

Son père, Opanyin Kofi Nwiana Ngolomah, chercheur d’or est un polygame avec plusieurs épouses.

En 1918, Kwame Nkrumah est scolarisé à l’école primaire d’Half Assini sous le nom de Francis Nwia-Kofi ou Nay Kofi Nkrumahet à douze (12)ans, il est inscrit dans une école administrée par des missionnaires catholiques.

En effet, il était connu sous le nom de « Francis Nwia-Kofi ou Nay Kofi Nkrumah »jusqu’en 1945 avant de changer son nom en « Kwame Nkrumah ».

Professeur stagiaire au « Standart Seven Education » qui équivaut au lycée dans le système français, Kwame Nkrumah rejoint l’université d’Achimota en 1926, sur recommandation du Révérend A.G. Fraser, Recteur de l’université qui, en cherchant des étudiants brillants, l’avaitremarqué à l’école primaire d’Half Assini.

En 1927, Kwame Nkrumah intègre le Collège de formation des enseignants d’Accra et la même année, son père décède.

Kwame Nkrumah devient à son tour enseignant dans une école catholique et est nommé Principal de cette école.

Convaincu qu’il peut jouer un rôle dans la libération de son pays, Kwame Nkrumah décide d’entreprendre de hautes études aux Etats-Unis d’Amérique.

Le choix des Etats-Unis est guidé par l’admiration qu’il porte au Docteur Kwaggyr Alfrey, diplômé des Etats-Unis d’Amérique qui disait que : « Le salut des noirs ne pouvait venir que de leur auto-amélioration par une meilleure éducation comme cela s’est passé aux Etats-Unis d’Amérique. »
En 1935, à vingt six (26) ans, avec ses économies d’enseignant et les 50livres sterlings reçus de ses parents, Kwame Nkrumah, part pour les
Etats-Unis d’Amérique et s’inscrit à la « Lincoln University de Pennsylvanie ».

Il étudie plusieurs thèses dont celles de Karl Marx, Lénine, Marcus-Garvey et apprend la politique américaine dans ses différents aspects dans l’objectif de l’appliquer à la Gold Coast.

Excellent étudiant, Kwame Nkrumah obtient une bourse dès la première année.

En dehors des études, Kwame Nkrumah réorganise l’association des étudiants africains des Etats-Unis d’Amérique et du Canada et devient le Président de cette association.

Bon orateur également, il puis participe à des meetings religieux et politique.

Kwame Nkrumah est néanmoins contraint de dormir quelquefois dans la rue et pour subvenir à ses besoins, il fait de petits travaux de vendeur de poissons, d’ouvrier agricole, d’employé dans une usine de fabrication de savons d’hiver, de camionneur, de serveur sur les navires de croisière l’été ou d’employé permanent de la bibliothèque de son université.

En 1939, il obtient son « Bachelor of Sciences Degrees » ou diplôme en Economie.

Titulaire d’un « Bachelor of Theology degree » ou diplôme en Sociologie, Kwame Nkrumah devient maître assistant en Théologie et en Philosophie à la « Lincoln University de Pennsylvanie »

Il rédige aussi des piges dans des journaux américains pour se faire de l’argent.

Au cours de cette période, Kwame Nkrumah continue de lire des œuvres dont ceux de Kant, Descartes, Schopenhauer, Freud, Nietzsche…

En 1942, il s’inscrit au département de Théologie de l’université de Philadelphie et la même année, il décroche son « Master en Education » et est récompensé par un titre honorifique de l’université de Philadelphie, le « Leader of Governement Business de la Gold Coast ».

Kwame Nkrumah enseigne l’histoire de la communauté noire à l’université de Philadelphie.
En 1943, il publie deux (2) ouvrages intitulés « Education and Nationalism in Africa » ou « Education et nationalisme en Afrique » et « To wards colonial freedom » ; Ouvrages par lesquels il critique le colonisateur qui prive les noirs du droit de connaître la prospérité.

En 1945, Kwame Nkrumah part à Londresau Royaume-Uni, à la « London School of Economics and Political Sciences » pour des études en Droit.

Il travaille avec rigueur et dans ce pays d’accueil, il devient l’un des membres influents des intellectuels panafricains.

Il participe aux réunions des nationalistes africains qui se tiennent tous les jeudi et samedi chez le Docteur Hastings Kamuzu Banda, devenu premier Président du Malawi en 1966.

Prennent part à ces rencontres, d’autres étudiants comme, Kenneth Kodjo Botsio et Harry Nkumbula de la Zambie, Jomo Kenyatta devenu le premier Président du Kenya en 1964, Joshua Nkomo du Zimbabwe et Julius Nyerere devenu Président de la Tanzanie en 1964.

Lors du 5ème Congrès Panafricain tenu à Manchester en 1945, Kwame Nkrumah désigné Secrétaire général, fait la connaissance du socialiste Georges Padmore.

Georges Padmore est un trinidad, né le juillet 1902 à Tacarigua, dans l’Ile de Trinidad et il est, avec l’américain W.E.B. Du Bois, les fondateurs du panafricaniste.

Les deux(2) hommes, Kwame Nkrumah et Georges Padmore se lient d’amitié du fait de leurs accointances idéologiques et ils rédigent, ensemble, la déclaration de clôture du Congrès où ils réclament la libération de l’Afrique pour une
auto-administration.

A la fin du Congrès, ils inondent Londres de tracts pour dénoncer la colonisation.

En fin de compte, à Londres, le nom Nkrumah est associé à la lutte pour l’indépendance de la Gold Coast.

En 1947, le Docteur Ako-Adjeide l’université de Lincolnretourné en Gold Coast écrit à Kwame Nkrumahson camarade pour lui demander de rentrer au pays afin de devenir le Secrétaire général du principal Parti politiquede la Gold Coast dénommé « United Gold Coast Convention » (UGCC) moyennant un salaire mensuel de 100 pounds et une voiture.

Dirigée par J.B Danquah, un avocat et unhomme politique de la Gold Coastné le 18 décembre 1895, l’UGCCse bat pour créer un lien entre les élites et la classe populaire de laGold Coast.

L’UGCC a été fondée le 4 août 1947 par Joseph Boakye (J.B) Danquah, Ebenezer Ako-Adjei, Edward Akufo-Addo, Emmanuel Obetsebi-Lamptey et William
Ofori Atta.

Kwame Nkrumah donne son accord le 14 novembre 1947 et le 10 décembre 1947, il arrive en Gold Coast, en pleine période de crise où la population résistent aux britanniques.

Pour contrecarrer les mouvements de désobéissance des indépendantistes, les autorités britanniques interdisent les grèves, répriment les actions des nationalistes et provoquent l’exil forcé de certains responsables politiques.

Les autorités coloniales n’hésitent pas à punir leurs propres ressortissants, les britanniques soupçonnés de soutenir les indépendantistes.

A son arrivée dans son pays, Kwame Nkrumah occupe le poste promis à l’UGCC et en cette qualité, il fait des tournées dans le pays et se rend compte que beaucoup de ses compatriotes rêvent de voir leur pays acquérir son indépendance.

Kwame Nkrumah propose une campagne pacifique de boycott des produits européens et des grèves.

L’UGCC met en exécution le projet et l’économie de la Gold Coast décline.

Le 28 février 1948, au cours d’une manifestation pacifique des anciens militaires, les britanniques ouvrent le feu, plus de soixante (60) personnes sont atteintes, certaines tuées et d’autres blessées.

Après cinq(5) jours d’émeutes, les colons décrètent l’état d’urgence et emprisonnent la majorité des dirigeants de l’UGCC.

La répression des britanniques ne rétablit pas la paix.

Au cours de cette période, Kwame Nkrumah quitte l’UGCC et, pour certains Observateurs, sa démission est due à l’incompréhension des autres leaders de l’UGCC qui ne partagent pas sa vision de la lutte de libération du pays.

Pour d’autres, le départ de Kwame Nkrumah est une sortie forcée pour le mot d’ordre de désobéissance qui a conduit à l’emprisonnement de tous les dirigeants de ce Parti.

Kwame Nkrumah crée son propre Parti politique, la « Convention People’s Party » (CPP) mais il est arrêté et emprisonné.

En 1951, les autorités coloniales organisent les élections législatives et bien qu’en prison, le Parti de Kwame Nkrumah les remporte avec 22.780 voix sur les 23.122voix.

Libéré la même année, en 1951, Kwame Nkrumah est nommé Premier ministre.

Il met en œuvre sa politique d’africanisation de l’Administration qui n’est pas du goût des Occidentaux.

En 1953, à Kumassi et en 1958 à Accra, Kwame Nkrumah et son ami Georges Padmoreorganisent les 6ème et7ème Conférences panafricaines.

Le CPP remporte les 3/4 des sièges aux élections législatives en 1956 et Kwame Nkrumah exige des britanniques, l’indépendance de la Gold Coast.

Les colons sont contraints d’accéder à la demande du leader africain et devant une foule enthousiaste, Kwame Nkrumah proclame, le 6 mars 1957, à minuit, l’indépendance de la Gold Coast qui devient ainsi la première colonie de l’Afrique de l’Ouest à obtenir son indépendance.

Le jour de l’indépendance, Kwame Nkrumah annonce le changement du nom de la Gold Coast en Ghana, en hommage à l’Empire du Ghana, premier grand empire noir à avoir émergé dans le Soudan occidental.

Kwame Nkrumah, soucieux de voir tous les pays africains acquérir leurs indépendances, prononce un discours en faveur des colonies non encore indépendantes et dit : « …Nous ré-dédions maintenant notre action à la lutte pour émanciper les autres pays car l’indépendance du Ghana n’a aucun sens, tant qu’elle n’est pas liée à une libération totale du continent africain… »

En décembre 1957, au cours d’une visite en Egypte pour voir le Chef d’Etat Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah fait la connaissance de Fathia Rizk, une égyptienne d’une famille copte, née le 22 février 1932.

Orpheline de père et élevée par sa mère qui a accepté, impuissante, que son fils quitte l’Egypte après avoir pris pour femme une étrangère, elle refuse de bénir le mariage de sa fille avec Kwame Nkrumah, un africain.

Néanmoins, le 31 décembre 1957, une petite cérémonie de mariage se déroule, quelques heures seulement après leur arrivée à Accradans les jardins du château de Christianborg.

Des Observateurs qualifient le mariage de Kwame Nkrumah et Fathia de « mariage politique » devant lier l’Afrique du Nord au reste du continent. Il ne s’agissait donc pas d’un réel mariage romantique.

La propre secrétaire de Kwame Nkrumah a appris la nouvelle à la radio.

Ce mariage a également surpris beaucoup de ghanéens qui ne comprennent pas pourquoi Kwame Nkrumah épouse une « Blanche » au lieu d’une « Africaine » ; Ignorant certainement que bien que Fathia a la peau blanche, elle est une africaine originaire de l’Egypte.

Trois (3) enfants naissent de cette union, Gamel Nkrumah né en 1959 ; Samia Nkrumah née le 23 juin 1960 et Sékou Nkrumah né le 1er décembre 1963.

Kwame Nkrumah a un premier fils, Francis Kwesi Nkrumah née d’une mère ghanéenne.

Premier producteur du cacao, le Ghana parvient, avec les excédents de l’Office de commercialisation du Cacao, à développer les infrastructures du Ghana et de véritables progrès sont observés dans le domaine de l’éducation et celui de la santé.

Kwame Nkrumah poursuit avec les autres dirigeants africains, une politique africaine commune et vient en aide aux autres mouvements de libération, ceux de la Rhodésie du Sud, du Congo avec MNC-Lumumba, du Cameroun avec l’UPC…

Grand disciple de la philosophie de William Edward Burghardt Du Bois et Marcus Garvey sur l’unité des noirs et s’inspirant de l’exemple des Etats-Unis d’Amérique, Kwame Nkrumah centre sa politique extérieure sur la création des « Etats-Unis d’Afrique » ; Ceci bien que la France considère les Etats africains francophones comme sa chasse gardée.

De ce fait, Kwame Nkrumah et le Général de Gaulle ne s’apprécient pas.

En 1958, lorsque le leader nationaliste de la Guinée, Ahmed Sékou Touré, dit « Non » au Général de Gaulle qui demande à la Guinée d’intégrer la Communauté française, le dirigeant français est furieux.

Dans un discours du 25 août 1958, Ahmed Sékou Touréde la Guinée dit au Général de Gaulle : « Il n’y a pas de dignité sans liberté : Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage» et le Général lui répond : « «L’indépendance est à la disposition de la Guinée [mais] la France en tirera les conséquences »

Le Député ivoirien Félix Houphouët-Boigny dit : « Le communisme essaie de s’établir dans ce pays (La guinée) au travers de la Russie et de ses satellites afin de faire de la Guinée une vitrine du communisme en Afrique. »

Le 28 septembre 1958, il est organisé un référendum en Guinée pour savoir si le peuple guinéen est « Contre » ou « Pour » la Communauté franco-africaine et,sur un total de 1.203.875 votants, 1.136.324 votent « Contre » quand 56.981 votent « Pour ».

Le 2 octobre 1958, la Guinée proclame son indépendance et le 4 novembre 1958, le nouveau Président de la République de Guinée, le Président AhmedSékou Touré déclare : «Le paysan noir n’avait rien à perdre sinon une partie de la misère et de son humiliation en accédant à l’indépendance (…) Le choix de la Guinée est donc un choix africain et il a traduit les aspirations profondes de nos populations. L’Afrique a vécu sur l’apport de la France. Elle demande à vivre avec l’apport de la France, mais si cet apport lui est refusé, elle saura vivre sans cet apport
dans la dignité ».

Félix Houphouët-Boigny, « Pro-français » qui se sent blessé par le « Non » du Président guinéen Ahmed Sékou Touré, un affront fait au Général de Gaulle, mène des campagnes de dénigrement contre les nationalistes Ahmed Sékou Touré et Kwamé Nkrumah.

L’interlocuteur de Félix Houphouët-Boignyest Robert Kennedy, le frère du Président américainJohn Fitzgerald Kennedy.

Jacques Baulin, collaborateur du Premier ministreFélix Houphouët-Boigny tente d’expliquer les raisons de l’animosité de Félix Houphouët-Boigny envers Kwamé Nkrumah : « L’antagonisme entre les deux premiers ministres ivoirien et ghanéen n’aurait probablement par pris la tournure de « combat finish » qu’il devait revêtir bientôt, si les divergences entre eux s’étaient limitées au seul terrain des concepts d’organisation du continent africain. En fait, le Dr N’Krumah, partant de prémisses panafricanistes et considérant le Ghana comme le noyau, voire le moteur, des Etats-Unis d’Afrique, en arrivant, tout naturellement, à avoir des visées annexionnistes. »

Le Général de Gaulleœuvre pour isoler la Guinée de la scène internationale pour empêcher son développement.

Livrée à elle-même, tous les Chefs d’Etat africains évitent la Guinée, de peur de s’attirer la colère du Général de Gaulle mais le ghanéen Kwame Nkrumah se porte au secours du Président Ahmed Sékou Touré et lui accorde un prêt de 10.000.000 de Livres Sterlings ou 7 milliards 415 millions 280 mille 517 Francs CFA.

Le 1er mai 1959, pour la réalisation de son projet des « Etats-Unis d’Afrique », Kwame Nkrumah forme une union avec la Guinée et le 24 décembre 1960, le Mali rejoint la Guinée et le Ghana.

En avril 1959, Félix Houphouët-Boigny ditdevantDonald R. Norland, Consul américain à Abidjan : « Le Ghana n’a ni la puissance économique, ni le charisme politique nécessaires pour prétendre jouer un rôle dans les affaires internationales, comme il l’aspire (…) N’krumah perd son temps à faire des discours démagogiques qui font appel à des clichés pour s’assurer le soutien des masses pauvres et ignorants dans son pays, et voyage beaucoup pour essayer d’obtenir des soutiens à l’étranger »

Kwame Nkrumah ne réplique pas et le Président Félix Houphouët-Boigny lui lance ce défi : « Dans 20 ans, on verra qui de nous deux a raison. »

Au Ghana, Kwame Nkrumah fait réaliser, un grand port en eau profonde relié à la capitale par une autoroute à Tema, il fait construire plusieurs routes, des hôpitaux, des universités et différents projets industriels dont le barrage
hydro-électrique sur la Volta.

Ces projets, plus qu’ambitieux, sont financés par la vente du cacao et pour ne plus que le cacao soit l’unique source de revenus du Ghana, Kwame Nkrumah envisage développer l’agriculture dans son ensemble.

Il juge que la commercialisation du cacao, dont les cours dépendent des spéculations extérieures, peut porter préjudice à l’économie du Ghana si ces cours viennent à baisser brusquement.

De plus, il souhaite réduire la dépendance du Ghana aux manufacturiers étrangers afin que le Ghana ne reste pas un éternel fournisseur de matières premières mais un transformateur de produits finis.

Kwame Nkrumah est admiré des ghanéens mais les craintes du Président ne tardent pas à se confirmer avec la chute brutale des cours mondiaux du cacao.

L’économie du Ghana connaît des difficultés sérieuses et cette situation aboutit à l’augmentation des prix des produits de première nécessité alors que les revenus des planteurs régressent.

La croissance s’estompe et le chômage augmente.

Kwame Nkrumah est convaincu qu’il s’agit d’un sabotage des Occidentaux et demande à ses homologues africains, d’unir les forces pour être puissants. Ildit : « …Divisés, nous sommes faibles ; unie, l’Afrique pourrait devenir et pour de bon, une des plus grandes forces de ce monde. Je suis profondément et sincèrement persuadé qu’avec notre sagesse ancestrale et notre dignité, notre respect inné pour la vie humaine, l’intense humanité qui est notre héritage, la race africaine, unie sous un gouvernement fédéral, émergera non pas comme un énième bloc prompt à étaler sa richesse et sa force, mais comme une grande force dont la grandeur est indestructible parce qu’elle est bâtie non pas sur la terreur, l’envie et la suspicion, ni gagnée aux dépend des autres, mais basée sur l’espoir, la confiance, l’amitié et dirigée pour le bien de toute l’humanité. »

De juillet à août 1961, Kwame Nkrumah effectue une tournée dans les pays du bloc de l’Est.

Des personnes déclarent que c’est à la suite de ces voyages que le Président ghanéen a durci son régime bien qu’ayant opté pour une politique volontariste.

Le Président ghanéen augmente l’impôt malgré la paupérisation d’une grande partie de la population et le mécontentement de la population se généralise mais il censure la presse, restreint la démocratie et jette en prison les membres de l’opposition dont Kofi Busia, Chef de l’opposition unie qui manifestait avec d’autres personnes pour revendiquer la hausse des salaires.

Il arrête les députés proches de l’opposition et emprisonne, sans procès, les membres de son propre gouvernement soupçonnés de complicité.

J.B Danquah, son allié dans le combat pour l’indépendance du Ghana est fait prisonnier.

Le Président retire une grande partie des pouvoirs des Chefs traditionnels ghanéens qui jouissaient depuis toujours d’une grande autorité au Ghana.

Le 2 août 1962, Kwame Nkrumah est victime d’une tentative d’assassinat ; Une bombe explose à Kulungugu, au passage de son convoi.

La Conférence instituant l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) se tient du 22 au 25 mai 1963 à Addis-Abeba en Ethiopie et deux (2) thèses s’affrontent.

La première thèse qualifiéede « Pro-français » avec pour leaders Léopold Sédar Senghor du Sénégal et Félix Houphouët Boigny de la Côte d’Ivoire veulent faire de l’OUA, unoutil de coopération entre les Etats africains tout en maintenant, voire renforçant les relations économiques avec les Occidentaux pour faciliter l’obtention de prêts et autres soutiens.

L’autre thèse, les « Fédéralistes » ou « Progressistes » avec Kwame Nkrumah du Ghana et Sékou Touré de la Guinéecomme meneurs souhaitent que l’OUA mette en place un marché commun africain et une citoyenneté africaine pour réduire l’influence des Occidentaux en Afrique.

Le 24 mai 1963, le Président Kwame Nkrumah intervient à la tribune de l’OUA et tient ce discours : « Excellences,Mes chers Collègues,Mes frères,Mes Amis,Je suis heureux de me trouver à Addis-Abeba, en cette occasion hautement historique. J’apporte avec moi les espoirs et les félicitations fraternelles adressés par le gouvernement et le peuple du Ghana à Sa majesté Impériale Hailé Selassié et à tous les Chefs d’Etat africains rassemblés dans cette ancienne capitale, en ce jour qui fera époque dans notre histoire. Notre objectif, c’est, dès maintenant, l’unité africaine. Il n’y a pas de temps à perdre. Nous devons maintenant nous unir ou périr. Je suis certain que par des efforts concertés et notre ferme propos, nous allons jeter ici même les fondations sur lesquelles s’élèvera une union continentale des Etats africains.…. »(Lire l’intégralité du discours à la page 43).

A l’issue de la Conférence, Kwame Nkrumah qui souhaitait créer un gouvernement central africain est déçu des résolutions adoptées.

En effet, l’OUA est devenue après la Conférence, un simple outil de coopération entre Etats africains.

En politique intérieur, Kwame Nkrumah restreint l’indépendance du pouvoir judiciaire et se proclame Président à vie.

Au cours d’une visite, du 20 au 24 novembre 1958 du Président de la Guinée Sékou Touré à Accra pour demander au Président ghanéen de parrainer et appuyerla candidature de la Guinée aux Nations Unies, le Président Kwame Nkrumahs’est faitproclamer officiellement « Osagyefo ».

« Osagyefo »signifie en ethnie twile « Rédempteur ».

En janvier 1964, le Président Kwame Nkrumah instaure, après un référendum voté à 99 % des voix, le monopartisme au Ghana et érige son Parti politique, le CPP comme unique Parti au Ghana.

Les manifestations pour protester contre les mesures du Président ghanéen se multiplient.

Une seconde tentative d’assassinat en janvier 1964, l’oblige à renforcer sa sécurité et à mettre de côté les Officiers de l’armée qu’ils n’apprécient pas.

Le Président prend la direction de l’armée.

Après une autre tentative d’assassinat, le Président Kwame Nkrumah doute de la sincérité de tout son entourage et se renferme sur lui-même.

Bien que devenu impopulaire au Ghana, le Président ghanéen effectueune visite d’Etat au Vietnam du 23 février au 24 février 1966.

Le 23 février 1966, le Président ghanéen arrive au Vietnam sur invitation du Président Ho Chi Min et est accueilli par une foule en liesse mais le lendemain 24 février 1966, au Ghana, vers la résidence Flagstaff House du Président Kwame Nkrumah,des coups de feu sont entendus.

Au même moment, le major Akwasi Amankwaa Afrifa intervient en personne sur la radio nationale pour annoncer l’annulation du journal de 06 heures du matin et à 6H30, le Colonel Emmanuel Kwasi Kotoka fait une déclaration et annonce un coup d’Etat organisé simultanément par l’armée et la Police nationale.

Joseph Arthur Ankrah prend le commandement du Conseil de libération nationale.

La statue en bronze de Kwame Nkrumah installée au centre de la capitale Accra est détruite.

Un cercueil renversé, certainement celui du Président Kwame Nkrumah est conduit par un cortège funèbre formé pour la circonstance au cimetière d’Awudone.

Dès la prise du pouvoir, le Colonel Emmanuel Kwasi Kotoka bannit le Président Kwame Nkrumah et dissout son Parti politique.

Kwame Nkrumah se réfugie en Guinée où son ami, le Président guinéen Ahmed Sékou Touré lui propose en vain la Co-présidence de la Guinée.

L’ex-Président ghanéen choisit plutôt de créer une maison d’édition pour publier son autobiographie et ses théories révolutionnaires tels « L’Afrique doit s’unir » ; « Le Consciencisme » et « LeNéo-colonialisme ».

Le 27 avril 1972, Kwame Nkrumah, atteint du cancer du pancréas, décède dans un hôpital de Bucarest, capitale de la Roumanie.

Le 21 octobre 1977, la mère de Kwame Nkrumahdécède.

En 2007, à l’âge de soixante quinze (75) ans, Fathia, l’épouse de Kwame Nkrumah qui souffrait d’une congestion cérébrale décède.

En 1992,au Ghana, pour lui rendre hommage, un mémorial baptisé « Kwame Nkrumah Memorial Park » est construit sur un rectangle de 5 hectares, au centre d’Accra, face au Palais de justice.

DISCOURS TENU PAR LE PRESIDENT KWAME NKRUMAH
LE 24 MAI 1963 AU SOMMET DE L’OUA$
A ADDIS-ABEBA, EN ETHIOPIE

Excellences,

Mes chers Collègues,

Mes frères,

Mes Amis,

Je suis heureux de me trouver à Addis-Abeba, en cette occasion hautement historique. J’apporte avec moi les espoirs et les félicitations fraternelles adressés par le gouvernement et le peuple du Ghana à Sa majesté Impériale Hailé Selassié et à tous les Chefs d’Etat africains rassemblés dans cette ancienne capitale, en ce jour qui fera époque dans notre histoire.

Notre objectif, c’est, dès maintenant, l’unité africaine.

Il n’y a pas de temps à perdre.

Nous devons maintenant nous unir ou périr.

Je suis certain que par des efforts concertés et notre ferme propos, nous allons jeter ici même les fondations sur lesquelles s’élèvera une union continentale des Etats africains.

Lors de la première réunion des Chefs d’Etat africains, où j’avais l’honneur de recevoir nos hôtes, il n’y avait que huit représentants d’Etats indépendants.

Aujourd’hui cinq années plus tard, nous voici réunis à Addis-Abeba, comme représentants d’Etats Africains dont le nombre s’élève à trente deux, comme hôtes de Sa Majesté Impériale Hailé Selassié Premier et du Gouvernement et du Peuple de l’Ethiopie.

A Sa Majesté Impériale je tiens à exprimer, au nom du Gouvernement et du Peuple du Ghana, la profonde reconnaissance que j’éprouve pour un accueil si hautement cordial et une si généreuse hospitalité.

L’accroissement de nos effectifs, dans ce bref espace de temps, est un témoignage flagrant de l’indomptable et irrésistible élan de nos peuples vers l’indépendance. C’est également un signe de l’aspect révolutionnaire que revêtent les évènements mondiaux au cours de la seconde moitié de notre siècle. Dans la tâche qui s’étend devant nous pour l’unification de notre continent, nous devons prendre ce rythme, sous peine de rester en arrière.

Cette tâche ne saurait être abordée dans un rythme qui appartiendrait à une autre époque que la nôtre. Si nous restions en arrière, dans cet élan sans précédent qui entraine les actes et les évènements contemporains, cela signifierait que nous allons au devant de l’échec et que nous consumons notre propre ruine.

Tout un contient nous a imposé le mandat de jeter les fondations de notre union à cette conférence. La responsabilité nous incombe d’exécuter ce mandat en créant ici même et dès maintenant les bases sur lesquelles doit s’élever la superstructure indispensable.

Sur notre continent, il ne nous a pas fallu longtemps pour découvrir que la lutte contre le colonialisme ne prend pas fin lorsqu’on a réalisé l’indépendance nationale. Cette indépendance n’est que le prélude d’un combat nouveau et plus complexe pour la conquête du droit de diriger nous-mêmes nos questions économiques et sociales, en dehors des entraves écrasantes et humiliantes de la domination et de l’intervention néo-colonialiste.

Dès le début, nous avons été menacés d’être frustrés dans nos efforts lorsqu’un rapide changement était une nécessité impérative, et nous avons risqué de sombrer dans l’instabilité, lorsque des efforts soutenus et des règles précises étaient indispensables. Il n’est pas d’actes sporadiques, il n’est pas d’intentions pieuses qui puissent résoudre nos problèmes actuels. Rien ne pourra nous servir, en dehors d’une action comme exécutée par une
Afrique unie.

Nous sommes déjà parvenus au stade où nous devons nous unir ou sombrer dans cet état où de l’Amérique latine est devenue, contre son gré, la triste proie de l’impérialisme, après un siècle et demi d’indépendance politique.

En tant que continent, nous avons émergé dans l’indépendance à une époque différente, où l’impérialisme est devenu plus fort, plus implacable, plus expérimenté, plus dangereux aussi dans ses associations internationales. Notre évolution économique exige la fin de la domination colonialiste et néo-colonialiste en Afrique.

Mais si nous avons compris que la prise en main de nos destins nationaux exigeait que chacun d’entre nous possédât son indépendance politique et si nous avons concentré toute notre force pour y parvenir, de même nous devons reconnaître que notre indépendance économique réside dans notre Union Africaine et exige la même concentration sur les réalisations d’ordre politique.

Or, l’Unité de notre continent, ainsi que notre indépendance seront retardés, si tant est que nous ne les perdions pas, si nous cédons au colonialisme. L’Unité africaine est, avant tout, un royaume politique qui ne peut être conquis que par des moyens politiques. L’expansion sociale et économique de l’Afrique ne se réalisera qu’à l’intérieur de ce royaume politique, et l’inverse n’est pas vrai.

Les Etats-Unis d’Amérique, l’Union des républiques socialistes soviétiques, ont résulté des décisions politiques que prirent des peuples révolutionnaires, avant de devenir de puissantes réalités de force sociale et de richesses matérielles.

Comment, sinon par nos efforts conjoints, les parties les plus riches et encore asservies de notre continent seront-elles libérées de l’occupation coloniale et pourront se joindre à nous pour le développement total de notre continent ?

Chaque étape dans la décolonisation de notre continent a suscité un surcroit de résistance dans les secteurs où le colonialisme dispose de garnisons coloniales. Vous tous qui êtes ici, vous le savez.

Le grand dessein des intérêts impérialistes est de renforcer le colonialisme et le néo-colonialisme et nous nous tromperions nous-mêmes de la façon la plus cruelle, si nous devons considérer que leurs actions sont distinctes et sans rapports entre elles.

Lorsque le Portugal voile les frontières du Sénégal, lorsque Verwcerd consacre un septième du budget de l’Afrique du Sud à l’armée et à la police, lorsque la France construit comme partie intégrante de sa politique de défense une

force d’intervention qui peut intervenir plus particulièrement dans l’Afrique francophone, lorsque Welensky parle de joindre la Rhodésie du Sud à l’Afrique du Sud, lorsque la Grande Bretagne envoie des armes à l’Afrique du Sud, tout cela fait partie d’un plan d’ensemble élaboré avec le plus grand soin, et orienté vers un seul objectif : la continuation de l’asservissement de nos frères encore dépendants et un assaut contre l’indépendance de nos Etats africains souverains.

Contre ces plans, disposons-nous d’une autre arme que de notre Unité?

Cette Unité n’est-elle pas essentielle pour sauvegarder notre propre liberté et pour conquérir la liberté de nos frères opprimés, les combattants de la libération?

N’est-ce pas l’unité seule qui pourra nous forger pour nous intégrer en une force effective, capable de créer sa propre progression et d’apporter une contribution précieuse à la paix mondiale ?

Quel est l’Etat africain indépendant ?

Quel est celui d’entre vous qui prétendra que sa structure financière et ses institutions bancaires sont intégralement consacrées à son développement national ?

Quel est celui d’entre vous qui pourra prétendre que ses ressources matérielles et ses énergies humaines sont disponibles pour ses propres aspirations nationales ?

Quel est celui d’entre vous qui ne viendra pas avouer un degré substantiel et désappointement et de désillusion dans l’exécution de ses plans d’évolution agricole et urbaine ?

Dans une Afrique indépendante, nous recommençons déjà à ressentir l’instabilité et la frustration qui existaient sous la domination coloniale.

Nous apprenons rapidement que l’indépendance politique ne suffit pas à nous libérer des conséquences de cette domination coloniale.

Le mouvement des masses de l’Afrique pour la libération de cette sorte de domination n’était pas seulement une révolte contre les conditions qu’elles imposaient.

Nos peuples nous ont apporté leur appui dans notre lutte pour l’indépendance parce qu’ils croyaient que l’avènement des gouvernements africains guérirait les maux du passé d’une façon qu’il n’aurait jamais été possible de réaliser sous la domination coloniale.

Par conséquent, si, maintenant que nous sommes indépendants, ne laissons subsister les mêmes conditions qui existaient à l’époque coloniale, tout le ressentiment qui renversera le colonialisme mobilisera contre nous.

Les ressources sont là.

Il nous appartient de les mobiliser pour les consacrer au service actif de nos peuples. Si nous ne le faisons pas au moyen d’efforts concertés, dans le cadre de notre planification commune, nous ne progresserons pas au rythme qu’exigent les évènements d’aujourd’hui et la volonté de nos peuples. Les symptômes de nos troubles ne feront que croitre et ces troubles eux-mêmes deviendront chroniques.

C’est alors qu’il sera trop tard même pour que l’Unité panafricaine, nous assure la stabilité et la tranquillité, dans les efforts que nous déployons pour créer un continent de justice sociale et de bien-être matériel. Si nous ne créons pas dès maintenant l’Unité africaine, nous qui siégeons ici aujourd’hui, nous serons demain les victimes et les martyrs du néo-colonialisme.

De toutes parts, tout vient nous prouver que les impérialistes ne se sont pas retirés. Il arrive parfois, comme au Congo, que leur intervention est manifeste, mais généralement elle se dissimule sous le masque de nombreuses institutions qui se mêlent de nos affaires intérieures pour fomenter de la dissension sur notre territoire et créer une atmosphère de tension et d’instabilité politique.

Tant que nous n’avons pas extirpé les racines qui nourrissent ce mécontentement, nous apporterons une aide à ces forces néo-colonialistes et nous deviendrons nos propres exécuteurs. Nous ne saurions laisser de côté les enseignements de l’histoire.

Notre continent est probablement le plus riche du globe, au point de vue de la production de minéraux et de matières premières pour l’industrie et l’agriculture.

Du seul Congo, des firmes occidentales ont exporté du cuivre, du caoutchouc, du coton et bien d’autres produits encore, à concurrence de 2.773.000.000 de dollars, au cours de la décennie 1945-1955 de l’Afrique du Sud, les sociétés qui exploitent les mines d’or ont tiré, au cours des six années 1947-1951, des bénéfices de 814 milliards de dollars.

Très certainement, notre continent dépasse tous les autres dans son potentiel d’énergie hydro-électrique, qui, d’après l’évaluation de certains experts, représente 42 pour 100 du total mondial. Quel besoin avons-nous de rester employés à couper le bois et à puiser l’eau pour les zones industrialisées du monde ?

Evidemment, on dit que nous n’avons pas de capitaux, de techniques industrielles, de voies de communication, de marchés intérieurs, et que nous ne parvenons même pas à tomber d’accord entre nous sur la meilleure façon d’utiliser nos ressources pour nos propres besoins sociaux.

Et pourtant toutes les bourses du monde se préoccupent de l’or, des diamants, de l’uranium, du platine, des minerais de cuivre et de fer qui existent en Afrique. Nos capitaux coulent en véritables torrents pour irriguer tout le système de l’économie de l’Occident. On considère que cinquante deux pour cent des réserves d’or détenues actuellement à Fort Knox, où les Etats-Unis d’Amérique emmagasinent ces réserves, proviennent de nos côtes.

L’Amérique fournit plus de 60 pour 100 de l’or mondial. Une grande quantité de l’uranium employé pour l’énergie nucléaire, du cuivre employé pour l’électronique, du titanium utilisé pour les projectiles supersoniques, du fer et de l’acier utilisés par les industries lourdes, des autres minéraux et des autres matières premières employés par les industries les plus légères – en fait les bases mêmes du pouvoir économique des puissances étrangères – proviennent de notre continent.

Des experts ont estimé qu’à lui seul le bassin du Congo peut produire suffisamment de récoltes alimentaires pour satisfaire aux besoins de près de la moitié de la population du monde entier.

Et nous sommes assis ici à parler de régionalisme, de progression graduelle, d’une étape après l’autre. Avez-vous peur de saisir le taureau par les cornes?

Pendant des siècles, l’Afrique a été la vache à lait du monde occidental. N’est-ce pas notre continent qui aida l’Occident à construire ces richesses accumulées ?

Il est vrai qu’en ce moment, nous rejetons aussi vite que nous le pouvons le joug du colonialisme, mais parallèlement à notre succès dans cette direction, l’impérialisme déploie un effort intensif pour continuer l’exploitation de nos ressources, en suscitant des dissensions entre nous.

Lorsque les colonies du continent américain ont cherché, au cours du 18ème siècle, à se libérer de l’impérialisme, il n’existait aucune menace de néo-colonialisme, au sens où nous le connaissons aujourd’hui en Afrique.

Les Etats américains étaient donc libres de former et de modeler l’Unité qui était la mieux assortie à leurs besoins et de rédiger une constitution qui puisse maintenir leur Unité, en dehors de toute forme d’intervention extérieure, tandis que nous, nous avons à tenir compte de ces interventions étrangères. Dans ces conditions, combien avons-nous besoin plus encore de nous rassembler dans l’Unité africaine, qui peut seule nous libérer des griffes du néo-colonialisme et de l’impérialisme.

Nous avons les ressources. C’est en premier lieu le colonialisme qui nous a empêchés d’accumuler le capital effectif, mais par nous-mêmes, nous ne sommes pas parvenus à utiliser pleinement notre puissance dans l’indépendance, pour mobiliser nos ressources afin de démarrer de la façon la plus efficace dans une expansion économique et sociale aux profondes répercussions.

Nous sommes trop exclusivement consacrés à guider les premiers pas de chacun de nos Etats pour comprendre pleinement la nécessité fondamentale d’une union dont les racines puisent dans une résolution commune, une planification commune, et des efforts communs. Une union qui ne tient pas compte de ces nécessités fondamentales n’est qu’un leurre.

C’est seulement en unissant notre capacité de production et les richesses qui en résultent que nous pouvons amasser des capitaux. Une fois déclenché, cet élan ne fera que croître.

Avec des capitaux gérés par nos propres banques, consacrés à notre véritable expansion industrielle et agricole, nous pourrons progresser.

Nous accumulerons le matériel industriel, nous pourrons créer des aciéries, des fonderies de fer et des usines ; nous unirons les divers Etats de notre continent en créant des voies de communication ; nous étonnerons le monde avec notre puissance hydro-électrique ; nous assécherons les marais et les marécages, nous purifierons les zones infestées, nous nourrissons ceux qui sont carencés, nous débarrasserons nos populations des parasites et les maladies.

Il est au pouvoir de la science et de la technique de faire fleurir le Sahara lui-même et de le transformer en un vaste champ cultivé, porteur d’une végétation verdoyante pour notre expansion agricole et industrielle. Nous dompterons la radio, la télévision, les presses géantes d’imprimerie, pour faire sortir nos peuples des sombres abîmes de l’analphabétisme.

Il y a dix ans seulement, tout cela n’aurait représenté que les paroles de visionnaires, des fantaisies de rêveurs oisifs. Mais nous sommes à l’époque où la science a transcendé les limites du monde matériel et où la technique a envahi le silence de la nature.

Le temps et l’espace ont été réduits à des abstractions dénuées d’importance. Des machines géantes percent des routes, éclaircissent nos forêts, construisent des barrages, des aérodromes, des camions monstrueux et des avions répartissent tous les produits ; de puissants laboratoires fabriquent des remèdes ; des relevés géologiques les plus complexes sont mis au point ; de puissantes stations d’énergie électrique sont construites, de colossales usines se dressent vers le ciel – et tout cela à une vitesse incroyable.

Le monde a cessé de progresser le long de sentiers de brousse, à dos d’ânes ou de chameaux.

Nous ne pouvons plus nous permettre de régler nos besoins, notre développement, notre sécurité, sur le rythme de marche des chameaux et des ânes. Nous ne pouvons plus nous permettre de ne pas ne pas abattre la brousse exubérante des attitudes périmées qui obstruent notre voie vers les grands chemins modernes des réalisations les plus amples et les plus rapides d’indépendance économique et d’élévation au plus haut degré du mode de vie
de nos peuples.

Même pour les autres continents qui ne disposent pas de ressources de l’Afrique, l’heure est venue qui doit voir la fin de la détresse humaine. Pour nous, il s’agit tout simplement de saisir avec certitude notre légitime héritage, en utilisant la puissance politique créée par notre unité : tout ce dont nous avons besoin, c’est de développer avec notre puissance commune les énormes ressources de notre continent.

Une Afrique unie offrira un secteur stable aux investissements étrangers dont nous encourageons l’apport tant qu’ils ne se comporteront pas en ennemis de nos intérêts africains, car de tels investissements doivent renforcer l’expansion de l’économie de notre continent, l’emploi de notre main d’œuvre, la formation technique de nos travailleurs et l’Afrique les accueillera favorablement.

En traitant avec une Afrique unie, ceux qui apportent des capitaux n’auront plus à évaluer avec inquiétude les risques de négocier, au cours d’une période, avec des gouvernements qui pourraient ne plus exister dans la période immédiate. Au lieu de traiter ou de négocier avec un si grand nombre d’Etats séparés, ils traiteront avec un seul gouvernement uni qui poursuivra une harmonieuse politique continentale.

Est-il un autre moyen que celui-là ? Si nous échouons à ce stade et si nous laissons s’écouler le temps qui doit permettre au néo-colonialisme de consolider sa position sur notre continent, quel sera le destin de nos combattants de la libération ? Quel serra enfin le destin des autres territoires africains qui ne sont pas encore libres ?

A moins que nous puissions créer en Afrique de puissants complexes industriels – ce qui n’est réalisable que dans une Afrique unie – nous devons laisser notre paysannerie à la merci des marchés étrangers qui achèvent leurs récoltes et nous devrons faire face à la même impatience qui renversa les colonialistes.

A quoi servent, pour les cultivateurs, l’enseignement et la mécanisation ? A quoi sert même le capital, si nous ne pouvons pas assurer au paysan un paysan, les travailleurs, le cultivateur, qu’auront-ils gagner dans l’indépendance politique, aussi longtemps que nous ne pourrons leur assurer un rendement équitable de leurs travaux et un niveau de vie plus élevé ?

Aussi longtemps que nous ne pourrons créer de grands complexes industriels en Afrique, quels bénéfices le travailleur des villes et des pays qui cultivent des terres surchargées d’habitants auront-ils retirés de l’indépendance politique ? S’ils doivent rester chômeurs ou attachés à des tâches réservées à la main d’œuvre non spécialisée, à quoi leur serviront les installations perfectionnées créées pour l’enseignement, la formation technique, au service de l’énergie et de l’ambition que l’indépendance nous permet de leur offrir ?

C’est à peine s’il existe un seul Etat africain qui n’ait un problème de frontière avec les Etats limitrophes. Il serait inutile que je les énumère, car ces problèmes vous sont déjà familiers.

Mais que vos Excellences me permettent de suggérer que ce vestige fatal du colonialisme risque de nous entrainer dans des guerres intestines, au moment où notre expansion industrielle se déroule sans plan et sans coordination exactement comme il en est advenu en Europe.

Tant que nous n’aurons pas réussi à mettre un terme à ce danger, par la compréhension mutuelle des questions fondamentales et par l’unité africaine qui rendra périmées et superflues les frontières actuelles, c’est en vain que nous aurons combattu pour l’indépendance. Seule l’Unité africaine peut cicatriser cette plaie infectée des litiges frontaliers entre nos divers Etats. Excellences, le remède à ces maux est entre nos mains mêmes.

Il nous confronte à chaque barrière douanière, il crie vers nous du fond de chaque cœur africain. En créant une véritable union politique de tous les Etats indépendants d’Afrique, dotée de pouvoirs exécutifs pour exercer une direction politique, nous pouvons avec espoir et confiance répondre à chaque circonstance critique, à chaque ennemi, à chaque problème complexe.

Non pas que nous soyons une race de surhomme, mais parce que nous sommes parvenus à l’époque de la science et de la technique, de la pauvreté, l’ignorance et la maladie auront cessé d’être les maîtres mais ne seront simplement plus que des ennemis fuyants de l’humanité.

Nous sommes parvenus à l’âge de la planification socialisée, où la production et la répartition des biens auront cessé d’être régies par le chaos, l’intérêt personnel, mais seront dirigées par les besoins sociaux.

En même temps que le reste de l’humanité, nous nous éveillons des rêves de l’utopie pour mettre sur le papier des plans pratiques de progrès et de justice sociale.

Avant tout, nous sommes arrivés à une époque où une masse territoriale d’un continent comme l’Afrique, avec sa population proche de 300 millions d’humains, est nécessaire à la capitalisation économique et au rendement des méthodes et des techniques de production moderne.

Nul d’entre nous, travaillant seul et individuellement, ne peut parvenir à réaliser son développement intégral.

Certainement, dans les circonstances actuelles, nous n’aurons pas la possibilité d’apporter une assistance suffisante aux Etats frères qui s’efforcent, contre les conditions les plus difficiles, d’améliorer leur structure économique et sociale.

Seule une Afrique unie fonctionnant sous un gouvernement d’union peut avoir la puissance de mobiliser les ressources matérielles et morales de nos divers pays et de les utiliser efficacement et énergiquement, de manière à susciter un changement rapide dans la condition de notre peuple.

Si nous n’abordons pas les problèmes de l’Afrique avec un front commun et une résolution commune, nous perdrons notre temps en marchandage et en arguments vides jusqu’au moment où nous serons de nouveau colonisés et nous serons devenus des instruments d’un colonialisme bien plus puissant de celui dont nous avons souffert jusqu’à présent.

Cette union, nous devons la réaliser, sans sacrifier nécessairement nos diverses souverainetés, grandes ou petites, nous avons, dès maintenant et ici même forgé une union politique fondée sur une défense commune, des affaires étrangères et une diplomatie commune, une nationalité commune, une monnaie africaine, une zone monétaire africaine et une Banque centrale africaine. Nous devons nous unir afin de réaliser la libération intégrale de notre continent. Il nous faut créer un système de défense commune, dirigé par un commandement suprême africain, pour assurer la stabilité et la sécurité de l’Afrique.

Nous avons été chargées de cette tâche sacrée par nos peuples ; nous ne pouvons leur manquer et trahir leur confiance. Nous tournerions en dérision les espoirs de nos peuples si nous montrions la plus minime hésitation ou si nous apportions le moindre retard à aborder objectivement cette question de l’Unité africaine.

La fourniture d’armes ou d’autre aide militaire aux oppresseurs coloniaux de l’Afrique doit être considérée non seulement comme une aide à ceux qui cherchent à triompher des combattants de la libération, dans leur lutte pour l’indépendance africaine, mais comme un acte d’agression contre toute l’Afrique.

Comment pouvons-nous faire face à cette agression, sinon par le poids intégral de notre puissance unie ?

Plusieurs d’entre nous ont fait du non alignement un article de foi sur notre continent.

Nous n’avons aucun désir, aucune intention d’être entrainés dans la guerre froide, mais étant donné l’état actuel de faiblesse et d’insécurité où se trouvent nos Etats, dans le contexte de la politique mondiale, cette recherche de bases

et de sphères d’influence fait pénétrer la guerre froide en Afrique, avec ses dangers d’extermination nucléaire.

L’Afrique doit être déclarée zone franche dénucléarisée, à l’écart des exigences de la guerre froide. Mais nous ne pouvons pas donner un caractère impératif à cette exigence, si nous ne la formulons pas du haut d’une position de force que nous ne pouvons réaliser que par notre Unité.

Or, au lieu d’adopter une telle attitude, plusieurs Etats africains indépendants sont liés par des pactes militaires avec les anciennes puissances coloniales. La stabilité et la sécurité que de tels procédés cherchent à établir sont illusoires, car les puissances métropolitaines saisissent cette occasion pour appuyer leur domination néo-colonialiste en impliquant la puissance africaine dans une entente militaire.

Nous avons vu de quelle façon les néo-colonialistes utilisent leur base pour se retrancher et même pour attaquer les Etats voisins indépendants. De telles bases sont des centres de tension et des points de danger potentiel de conflits militaires.

Elles menacent la sécurité non seulement du pays où elles sont situées, mais aussi des pays limitrophes. Comment pouvons-nous espérer faire de l’Afrique une zone franche dénucléarisée et libre de toute pression exercée par la guerre froide, lorsque notre continent est impliqué de cette façon dans les questions militaires ?

Ce n’est qu’en équilibrant une force commune de défense par un désir commun de réaliser une Afrique libre de tout lien imposé par un diktat étranger ou une présence militaire et nucléaire.

Il faudra pour cela un commandement suprême africain dont l’autorité s’exerce sur tout le continent, tout particulièrement si l’on doit renoncer aux pactes militaires conclus avec les impérialistes.

C’est le seul moyen de parvenir à briser ces liens directs entre le colonialisme du passé et le néo-colonialisme que ………… actuellement entre nous des dissensions.

Nous n’avons pas l’intention de créer et nous ne concevons pas un commandement suprême africain conçu d’après les pouvoirs politiques qui régissent maintenant une grande partie du monde, mais par un instrument essentiel et indispensable à la stabilité et à la sécurité en Afrique.

Nous avons besoin d’une planification économique unifiée pour l’Afrique. Tant que la puissance économique de notre continent ne se trouve pas concentrée entre nos mains, les masses ne peuvent avoir aucun intérêt réel, aucune préoccupation réelle pour collaborer à la sauvegarde de notre sécurité, pour maintenir la stabilité de nos régimes, et pour mettre leur force au service de nos objectifs.

Avec le rassemblement de nos ressources, de nos énergies et de nos talents, nous avons les moyens, dès que nous en manifestons la volonté, de transformer les structures économiques de nos divers Etats et de les faire passer de la pauvreté dans l’abondance, de l’inégalité à la satisfaction des besoins de nos peuples. C’est seulement sur une base continentale que nous aurons la possibilité d’établir un plan pour la juste utilisation de toutes nos ressources et pour leur consécration à la pleine expansion de notre continent.

Par quel autre moyen pourrons-nous conserver nos propres capitaux pour notre propre développement économique ? Par quel autre moyen pourrons-nous créer un marché intérieur consacré aux services de nos propres industries ?

Si nous appartenons à des zones économiques différentes, comment pourrons-nous abattre les barrières qui s’opposent au mouvement de devises et des échanges entre Etats africains et comment ceux qui sont économiquement plus forts parmi nous seront-ils en mesure d’aider les Etats les plus faibles et les moins développés?

Il est important de se rappeler qu’un financement et un développement indépendant sont irréalisables sans une monnaie indépendante. Un système monétaire qui est soutenu par les ressources d’un Etat étranger est ipso facto subordonné aux arrangements commerciaux et financiers de ce pays étranger.

Du fait que nous n’avons pas de barrières douanières et monétaires pour avoir été soumis aux différents systèmes monétaires des puissances étrangères, la fissure qui nous sépare en Afrique s’est automatiquement élargie. Comment, par exemple, des communautés apparentées et des familles liées par des liens commerciaux peuvent-elles s’aider l’une l’autre avec succès si elles sont divisées par des frontières nationales et des restrictions monétaires ?

Le seul moyen qui leur est offert dans ces conditions est d’employer des devises de contrebandes et d’enrichir des rackets et des escrocs internationaux qui prospèrent sur nos difficultés financières et économiques.

Aucun Etat africain indépendant n’a aujourd’hui par lui-même la possibilité de suivre une voie indépendante de développement économique, et plusieurs d’entre nous qui s’y sont efforcés ont été presque ruinés ou ont dû se laisser ramener au bercail de leurs anciens maîtres coloniaux. Cette situation ne changera pas tant que nous n’aurons pas une politique unifiée opérant sur le plan continental.

Une première démarche vers une économie cohérente devrait consister en la création d’une zone monétaire unifiée, débutant par un accord sur la parité de nos monnaies.

Pour faciliter cet arrangement, le Ghana accepterait d’adopter le système décimal.

Lorsque nous constaterons que notre accord sur une parité fixe commune fonctionnera avec succès, il semble qu’il n’y aura aucune raison pour ne pas créer une monnaie commune et une seule banque d’émission.

Lorsque nous disposerons d’une monnaie commune émise par une seule banque d’émission, nous devrions être capables de tenir par nos propres forces, car un tel arrangement serait pleinement appuyé par le produit national combiné des Etats qui composent notre union.

Après tout, le pouvoir d’achat de la monnaie dépend de la productivité et de l’exploitation productive des ressources naturelles, humaines et physiques de la nation.

Tandis que nous assurerons notre stabilité par un système de défense commune et que notre économie sera orientée en dehors de toute domination étrangère au moyen d’une devise commune, d’une zone monétaire et d’une banque centrale d’émission, nous pourrons déterminer si nous possédons le plus vaste potentiel d’énergie hydro-électrique et si nous pouvons l’exploiter, ainsi que les autres sources d’énergie, au bénéfice de nos propres industries.

Nous pourrons commencer à dresser le plan de notre industrialisation à l’échelle du continent et à construire un marché commun pour près de trois cent millions d’êtres humains.

Cette planification continentale commune, au service du développement agricole et industriel de l’Afrique, est une nécessité vitale.

Tant de bénédictions doivent provenir de notre Unité, tant de désastres doivent découler du maintien de notre désunion, que si nous ne parvenons pas aujourd’hui à nous unir, cet échec ne sera pas imputé par la postérité uniquement à un défaut de raisonnement lié à un manque de courage, mais au fait que nous avons capitulé ayant les forces conjuguées du néo-colonialisme et de l’impérialisme.

L’heure de l’histoire qui nous a amenés dans cette assemblée est une heure révolutionnaire. C’est l’heure de la décision. Pour la première fois, l’impérialisme économique qui nous menace se voit lui-même jeter un défi par l’irrésistible volonté de notre peuple.

Les masses des peuples d’Afrique crient vers l’Unité. Les peuples d’Afrique exigent que l’on abrite les frontières qui les divisent.

Ils exigent entre des Etats africains frères, la cessation des litiges de frontières qui proviennent des barrières artificielles dressées par un colonialisme qui avait l’intention formelle de nous diviser. C’est sa volonté qui nous a laissé en proie à cet irrédentisme de frontière et qui a repoussé notre fusion ethnique et culturelle.

Nos peuples appellent de leurs vœux cette Unité, afin qu’ils ne risquent pas de perdre leur patrimoine au service perpétuel du néo-colonialisme. Dans cette fervente pression qu’ils exercent dans le sens de l’Unité, ils comprennent que seule cette réalisation donnera son plein sens à leur liberté et à notre indépendance africaine.

C’est ce ferme propos populaire qui doit nous amener à une Union des Etats africains indépendants. Dans le moindre retard réside un danger pour notre bien-être et pour notre existence même en tant qu’Etats libres. On a suggéré que notre marche vers l’Unité soit graduelle et progresse en ordre dispersé.

Ce point de vue consiste à concevoir l’Afrique comme une entité statique chargée de résoudre des problèmes « gelés » susceptibles d’être éliminés l’un après l’autre, si bien qu’une fois cette tâche terminée, nous allons nous réunir et déclarer : « maintenant tout est bien ; réalisons maintenant notre Union ».

Cette conception ne tient aucun compte de l’impact des pressions extérieures et n’est pas consciente de ce danger qu’un retard peut intensifier notre isolement ou notre exclusion et élargir nos divergences, tant et si bien que seront davantage encore lancés à la dérive, plus loin encore les uns des autres pour tomber dans les rets du néo-colonialisme, si bien que notre Union ne sera plus qu’un espoir évanescent et que le Grand Dessein de l’intégrale rédemption de l’Afrique s’écroulera peut-être à jamais.

Certains ont également exprimé l’opinion que nos difficultés peuvent être résolues simplement par une plus grande collaboration réalisée au moyen d’une association coopérative, sur le plan de nos relations intra-territoriales. Cette façon de considérer nos problèmes consiste à nier la juste conception de leurs rapports intérieurs et réciproques. Elle consiste à dénier toutefois dans un avenir ouvert à la progression africaine dans l’indépendance africaine.

Elle trahit le sentiment qu’une solution ne peut être trouvée que dans la continuation d’une confiance envers les sources extérieures, au moyen d’accords bilatéraux qui organisent une assistance, sous une forme économique et diverses autres formes.

Un fait est certain bien que nous ayons collaboré et que nous nous soyons associés dans divers secteurs d’entreprises communes même avant l’ère coloniale, cela ne nous a pas donné l’identité continentale et la force politique et économique qui pourraient nous aider à résoudre efficacement les problèmes complexes que doit affronter l’Afrique aujourd’hui.

S’il s’agit de l’assistance extérieure, une Afrique unie se trouverait dans une position beaucoup plus favorable pour l’attirer. Il existe aussi dans un arrangement de cette nature, ce nouvel avantage qui impose davantage encore cette voie, que l’assistance affluera de toutes parts vers une Afrique unie parce que nos possibilités de marchandage seront infiniment plus fortes. Nous cesserons de dépendre plus longtemps d’une aide accompagnée de conditions restrictives. Le monde entier sera à notre disposition.

Qu’attendons-nous maintenant en Afrique ? Attendons-nous des chartes conçues à l’exemple de celle des Nations-Unies ? Attendons-nous un type d’Organisation réalisé sur le modèle des Nations-Unies dont les décisions sont fondées sur des résolutions dont l’expérience nous apprend qu’elles ont été parfois tenues pour nulles et non avenues par des Etats Membres ?

Doit-il s’agir d’une organisation à l’intérieur de laquelle des groupes se constitueront et des pressions s’exerceront conformément aux intérêts des différents groupes ?

Ou bien, a-t-on l’intention que l’Afrique se transforme en une organisation assez lâche d’Etats sur le modèle des Etats américains, où ceux qui seront les plus faibles risquent d’être à la merci, sur le plan politique ou économique, des plus forts ou des plus puissants, et où tous les Etats seront à

la merci de quelques puissantes nations ou de quelques groupes de nations étrangères est-ce une association de cette nature que nous voulons réaliser Excellences, permettez-moi de vous poser une question :

Est-ce un cadre ?

Un arrangement qui à l’avenir pourrait permettre par exemple au Ghana, au Nigéria, au Soudan, au Libéria, à l’Egypte ou à l’Ethiopie d’employer la pression que confère une puissance économique ou une puissance politique supérieure, pour imposer, par exemple, au Burundi, au Togo ou au Nyassaland, une direction de leurs échanges commerciaux vers le Mozambique ou Madagascar ?

Nous voulons tous une Afrique unie, et non seulement dans le concept qu’indique ce terme d’unité, mais encore par notre désir d’aller de l’avant tous ensemble en résolvant tous les problèmes qui ne peuvent l’être que sur une base continentale.

Quand le premier congrès des Etats-Unis s’est réuni, il y a plusieurs années à Philadelphie, l’un des délégués fit vibrer la première corde d’unité en déclarant qu’ils se réunissaient dans « l’état de nature ».

En d’autres termes, il ne se trouvait pas à Philadelphie en qualité de Virginiens ou de Pennsylvaniens, mais bien d’Américains représentaient à cette époque une nouvelle et étrange expérience.

Puis-je me permettre d’attester également aujourd’hui, Excellences, que nous ne sommes pas réunis en qualité de Ghanéens, de Guinéens, d’Egyptiens, d’Algériens, de Marocains, de Maliens, de Libériens, de Congolais ou de Nigériens, mais en qualité d’Africains.

Ce sont des Africains qui se trouvent réunis dans le ferme propos de rester rassemblés jusqu’à ce qu’ils aient décidé entre eux quelles sont les garanties qu’un nouvel accord de gouvernement continental peut leur assurer actuellement et dans l’avenir.

Si nous réussissons à mettre sur pied une nouvelle série de principes comme base d’une nouvelle charte ou d’un statut portant création de l’unité continentale de l’Afrique et d’un progrès social et politique pour nos peuples, alors, à mon avis, notre conférence doit sonner la fin de nos divers groupes et blocs régionaux.

Mais si nous échouons et si nous laissons s’écouler cette noble et historique occasion qui nous est offerte, nous déclencherons alors un renforcement de dissension et de division que le peuple africain ne nous pardonnera jamais.

Nous serions condamnés par les forces et les mouvements populaires et progressistes qui existent à l’intérieur de l’Afrique. Aussi, suis-je certain que nous n’allons pas décevoir ces espérances.

Excellences, si j’ai parlé un peu longuement, c’est parce qu’il est nécessaire que nous expliquions la situation réelle, non seulement à chacun de ceux qui sont présents ici, mais aussi aux peuples qui nous ont confiés le sort et la destinée de l’Afrique. Nous ne devons donc pas partir d’ici tant que nous n’aurons pas mis sur place tout un mécanisme efficace pour la réalisation de l’Unité africaine. A cette fin, je propose à votre examen les mesures suivantes :

Comme première démarche, une déclaration des principes qui nous unissent et qui nous lient, à laquelle nous devrons tous adhérer fidèlement et loyalement et qui posera les fondations de l’Unité.

Nous devons également une déclaration officielle, aux termes de laquelle les Etats indépendants d’Afrique décident eux-mêmes et dès maintenant la création d’une Union des Etats africains.

Une seconde mesure, également urgente, pour la réalisation de l’unification de l’Afrique, c’est la création, dès maintenant, d’un comité panafricain des ministres des affaires étrangères, avant que nous partions de cette Conférence, une date devra être fixée avant la réunion de ce comité.

Ce comité doit créer au nom des Chefs de nos gouvernements, un organe permanent de fonctionnaires et d’experts chargés de mettre en œuvre l’organisation qui doit assurer le fonctionnement du gouvernement d’union africaine.

Cet organisme de fonctionnaires et d’experts doit être composé de deux meilleurs cerveaux de chaque Etat africain indépendant. Les diverses chartes des groupements actuels et les autres documents pertinents pourront être présentés à ces fonctionnaires et experts.

Un présidium composé de Chefs de gouvernement des Etats africains indépendants devra alors être convoqué pour adopter une Constitution et d’autres recommandations qui déclencheront le lancement du gouvernement de l’union de l’Afrique.

Nous devons également nous prononcer sur le choix de l’emplacement où travaillera cet organe de fonctionnaires et d’experts, qui constituera le nouveau siège central, ou la capitale de notre Gouvernement d’union. Les suggestions les plus équitables pourraient portées sur une cité centrale, soit à Bangui, dans la République du Centre Afrique, soit à Léopoldville, au Congo. Nos collègues peuvent avoir d’autres propositions. Quoi qu’il en soit, ce Comité des ministres des Affaires étrangères, de fonctionnaires et d’experts doit pouvoir créer :

1) une commission chargée d’élaborer une Constitution pour un gouvernement d’union des Etats africains ;

2) une commission chargée d’élaborer un plan d’envergure continentale qui organiserait un programme économique et industriel unifié et commun pour l’Afrique ; ce programme doit comporter des propositions sur la création :

a) d’un marché commun pour l’Afrique ;

b) d’une monnaie africaine ;

c) d’une zone monétaire africaine ;

d) d’une Banque centrale africaine ;

e) d’un système continental de télécommunications ;

3) Une commission chargée d’élaborer un plan détaillé de politique extérieure et de diplomatie commune ;

4) Une commission chargée de présenter des plans de systèmes communs de défense ;

5) Une commission chargée de présenter les propositions de création d’une citoyenneté africaine commune.

Ces commissions feront rapport au Comité des ministres des Affaires étrangères qui, à son tour, soumettra dans les six mois, leurs recommandations au présidium.

Celui-ci, réuni en conférence au Siège de l’union étudiera et approuvera les recommandations du Comité des ministres des Affaires étrangères.

Afin d’assurer les fonds immédiatement nécessaires pour les travaux des fonctionnaires et experts permanents du Siège de l’Union, je suggère qu’un comité spécial soit constitué pour mettre au point un projet de budget.

Excellences, au moyen de ces mesures, je considère que nous serons irrévocablement engagés sur la voie qui nous permettra de créer un Gouvernement d’Union pour l’Afrique.

Seule une Afrique unie, dotée d’une direction politique centrale pourra donner avec succès un appui matériel et moral effectif à nos combattants de la libération qui luttent dans la Rhodésie du Sud, et l’Angola, le Mozambique, l’Afrique du Sud-ouest, le Betchouanaland, le Swaziland, le Bassoutoland, la Guinée portugaise, etc., etc. et naturellement l’Afrique du Sud.

L’Afrique tout entière doit être libérée maintenant. Il est donc impérieux pour nous de créer ici même et dès maintenant un Bureau de libération au service des combattants africains.

Son principal objectif, auquel doivent souscrire tous les gouvernements, sera d’accélérer l’émancipation du reste de l’Afrique qui se trouve encore soumise à la domination et à l’oppression coloniale et raciste. Nous devons assumer en commun la responsabilité d’aider et de financer ce bureau. Lors de leurs accès à l’indépendance, ces territoires viendront automatiquement rejoindre l’union d’Etats africains et renforcer ainsi la structure de ……… L’Afrique.

Nous partirons d’ici en ayant jeté les fondements de notre Unité.

Excellences, rien ne saurait convenir davantage que la naissance de l’unification de l’Afrique sur le sol de l’Etat qui s’est dressé pendant des siècles comme le symbole de l’indépendance africaine.

Revenons à nos peuples d’Afrique, non pas les mains vides ou chargées de résolutions claironnantes, mais avec le ferme espoir et la certitude absolue qu’enfin l’Unité africaine est devenue une réalité.

Nous entreprendrons alors la marche triomphale vers le Royaume de la personnalité africaine, et vers un continent de prospérité, de progrès, d’égalité, de justice, d’activité et de bonheur. Ce sera là notre victoire, réalisée au sein d’un gouvernement continental d’une Union d’Etats africains. Cette victoire donnera à notre voix une force plus grande dans les affaires mondiales et nous permettra de peser plus fortement du côté de la paix dans le plateau de la balance.

Le monde a besoin d’une paix où il pourra bénéficier au maximum des bienfaits de la science et de la technique. Un grand nombre de maux dont souffre actuellement le monde réside dans l’insécurité et la peur engendrées par la menace de guerre nucléaire. Les nouvelles nations
ont, tout particulièrement besoin de la paix pour leur frayer un chemin dans une vie de bien-être économique et social dans une atmosphère de sécurité et de stabilité qui permettra des ………. morales, culturelles et spirituelles.

Si nous pouvons en Afrique donner l’exemple d’un continent uni et une politique et une résolution commune, nous aurons apporté la paix à laquelle aspirent aujourd’hui tous les hommes et les femmes, la plus belle contribution qui soit en notre possession qui dissipera immédiatement et à jamais l’ombre croissante de destruction globale qui menace l’humanité.

L’AFRIQUE DOIT S’UNIR.